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Marie de l'Incarnation

Nouvelle France du lundi 18 décembre 2006


Marie de l'Incarnation


Une enfant émerveillée
Marie Guyart est née à Tours en 1599. Elle a une enfance heureuse dans une famille de petits commerçants. Si elle aime les processions et les prédicateurs, c'est pour leur côté théâtral. Elle est reconnue pour ses élans de charité : elle prend du pain à la boulangerie de son père pour le distribuer aux pauvres.

Une jeune veuve
À 17 ans, son père la marie à Claude Martin, un jeune homme de 18 ans qui tient un commerce de soieries. Marie Guyart a un enfant trois ans plus tard. Mais Claude Martin meurt d'une grippe. Le commerce fait faillite.

Le point tournant
En mars 1620, elle a sa première vision mystique. Pendant qu'elle marche dans la rue, elle a une absence. Elle voit du sang partout, celui de la Rédemption. Cette vision est d'une telle intensité qu'elle en restera marquée pour le reste de ses jours.

Du talent pour les affaires
Elle refuse de se remarier et s'installe chez sa soeur, mariée à Paul Buisson, propriétaire d'une entreprise de transport. Elle est d'abord domestique, cuisinière, puis prend de plus en plus de place dans l'administration de l'entreprise. Elle a le génie du financement et de la gestion du personnel. Elle élève son fils, mais ne lui manifeste pas d'affection.

L'appel du large
En janvier 1631, Marie Guyart entre au couvent des Ursulines, abandonnant ainsi son fils à une congrégation de religieux. En 1634, elle lit les Relations des Jésuites et rêve d'aller au Canada. Elle s'embarque en 1639, avec trois ursulines, un voyage financé par Madeleine de la Peltrie.

Un poste de traite
À l'arrivée de Marie de l'Incarnation, Québec est une bourgade de quelque 300 habitants mal logés, mal nourris et déprimés. Les soeurs s'installent dans une petite cabane. Très vite, les colons et les Amérindiens amènent leurs filles pour qu'elles reçoivent une éducation.

Une témoin de son temps
Après quelques années, le premier couvent en pierres est érigé sur le site du couvent actuel. Marie de l'Incarnation ne sort jamais de son cloître, mais elle sait tout ce qui se passe dans la jeune colonie. Elle est seule à saisir que la conversion des Indiens est une illusion. Elle pose un regard réaliste dénué de préjugés.

La force intérieure
Marie de l'Incarnation entretient son réseau grâce aux multiples lettres qu'elle écrit. Elle obtient ainsi du financement pour maintenir les activités de la congrégation. Elle n'est jamais émue, du moins en apparence. Elle mène une vie active : elle enseigne, elle cuisine, elle gère et elle conseille. Elle trouve l'énergie et la sérénité dans ses contemplations. Un personnage beaucoup plus riche qu'on ne l'a imaginé.

La « Thérèse » de la Nouvelle-France
C'est ainsi que Bossuet appelait Marie de l'Incarnation, Serge Bouchard raconte l'histoire de cette femme, mère de famille, gérante et administratrice de talent, éducatrice, mais surtout un grand esprit, une religieuse mystique. Sans elle et ses compagnes, la petite colonie de Québec n'aurait pas tenu le coup.

Le contexte de l'histoire

• En 1627 : le cardinal de Richelieu crée la compagnie des Cent-associés pour coloniser le Canada. Elle détient le monopole de la traite des fourrures et contribue aux efforts de colonisation.

• En 1634 : le sieur de Laviolette fonde Trois-Rivières.

• En 1636 : Charles Huault de Montmagny devient gouverneur de Québec.

• En 1639 : Jean-Jacques Olier, Paul Chomedey de Maisonneuve, Jeanne Mance et Angélique de Bullion fondent la Société Notre-Dame de Montréal. La compagnie des Cent-Associés concède l'île de Montréal comme seigneurie à la société.

• Le 1er août 1639, les Ursulines arrivent au Québec.

L'héritage
Marie de l'Incarnation meure en 1672. Elle laisse huit ouvrages d'écrits spirituels et 13 000 lettres qui font le bonheur des historiens.

Elle a été déclarée bienheureuse par le pape Jean-Paul II, le 22 juin 1980.

À Québec, le plus haut édifice de la colline Parlementaire porte son nom. En 1993, on a créé le Centre d'études sur Marie de l'Incarnation et, chaque année, un séminaire a lieu sur sa correspondance.

Invité en deuxième heure :

Jean-Daniel Lafond, un passionné de Marie de l'Incarnation

Références : bibliographie et hyperliens

Marie de l'Incarnation, de Francoise Deroy-Pineau, aux éditions Bellarmin.

Marie de l'Incarnation, d'après ses lettres, de soeur Marie Emmanuel publié aux Éditions de l'Université d'Ottawa.

Les délices de nos coeurs : Marie de l'Incarnation et ses pensionnaires amérindiennes 1639-1672, de Claire Gourdeau, Éditions du Septentrion, Québec, 1994.

Marie de l'Incarnation, de Dom Oury.

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