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Cinéma

Le film Les enfants du paradis, un chef-d'oeuvre censuré au Québec

Le vendredi 13 janvier 2017

Une scène du film <em>Les enfants du paradis</em>
Une scène du film Les enfants du paradis     Photo : Pathé

De 1947 à 1967, le bureau de la censure du Québec a empêché la projection en public du film français Les enfants du paradis, de Marcel Carné. Sous le régime de Maurice Duplessis, cette oeuvre a été jugée immorale parce que les personnages principaux y commettent l'adultère. Le professeur de cinéma Yves Lever raconte à Jacques Beauchamp l'histoire de cette censure, qui a donné lieu à un « incident diplomatique » avec la France. 
 
Dans les années 1940 et 1950, tous les films présentés au Québec doivent passer par le bureau de la censure pour obtenir un droit de projection. Souvent, des scènes de chambre à coucher, de baisers prolongés ou des discussions politiques sont enlevées des films. Il est plus rare qu'un film soit entièrement censuré. 
 
Un film classique sans scène de nudité ni de violence 
Les enfants du paradis est le sixième film où Marcel Carné et le poète Jacques Prévert font équipe. Il met en scène des personnages du milieu ouvrier dans des situations qui vont les transformer. Le film est tourné en pleine occupation de la France – d'abord à Nice, sur la côte d'Azur, à l'été 1943, puis à Paris, en 1944. Il se déroule en grande partie sur le boulevard du Crime, inspiré du boulevard du Temple, à Paris, un lieu évoquant une certaine perversion dans l'histoire du théâtre. 
 
Garance, le personnage principal, joué par Arletty, est une jeune femme libre qui couche avec qui elle veut et qui vit de petits larcins. Elle a une aventure avec trois hommes, dont un mime. À sa sortie en France, en avril 1945, le film connaît un énorme succès. 
 
Le libertinage ne passe pas 
En 1947, un groupe d'étudiants de l'Université de Montréal décide de projeter devant 800 personnes Les enfants du paradis. Pour en obtenir une copie, ils peuvent compter sur l'ambassade de France et l'appui du recteur de l'université. Mais le comité de censure s'oppose au passage du film au Québec en raison de son ton et de ses dialogues libertins. La raison officielle du refus est le fait que l'oeuvre prône une « thèse immorale et antifamiliale glorifiant l'amour libre. » 
 
La censure du film fait la manchette dans les journaux. Dans les jours qui suivent, l'ambassadeur de France au Canada envoie une lettre au premier ministre québécois, Maurice Duplessis, où il dit qu'il est méprisant pour le peuple français d'être censuré. Duplessis lui répond qu'il est méprisant de lui dicter quoi faire. Par la suite, l'ambassadeur organisera trois projections du film à Ottawa. Le film sera également diffusé à Radio-Canada dans les années 1960. 
 
Références 
 
L'histoire générale du cinéma au Québec, Yves Lever, Les Éditions du Boréal, 1995 
 
Dictionnaire de la censure au Québec, Yves Lever, Éditions Fides, 2006


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