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Les gagnants du concours d'écriture de L'écorce fabuleuse 2018

Montage des 8 gagnants de L'écorce fabuleuse. Ismaël El Ouafi, Agathe Plourde, Sophie Bérubé, Victor Chamberland-Trudel, Sophie Boily-Kemp, Naïm El Ouafi, Vicky Théberge, Yasmeen Morin

Le Carrefour de la littérature, des arts et de la culture a dévoilé les gagnants de la 12e édition de L'écorce fabuleuse. Présenté par Radio-Canada et avec le soutien spécial de la Fédération des caisses Desjardins, L'écorce fabuleuse souhaite favoriser l'émergence de la relève littéraire dans la région en offrant une expérience d'écriture complète aux jeunes des écoles secondaires et aux étudiants inscrits à un programme de littérature à l'Université du Québec à Rimouski.

Sous le thème Ville et villages de demain, les jeunes devaient composer un texte de fiction intégrant une série de mots parmi ceux proposés (autonomie, inspirer, agora, permaculture, artistique, communauté, collaborer, élu, initiative, mobilisé), tout en respectant la longueur de texte demandée.


L’éveil planétaire

Ismaël El Ouafi, 2e secondaire
Gagnant, catégorie 1re et 2e secondaire
École Saint-Jean, Rimouski
Commission scolaire des Phares

Alors que la planète bleue filait droit à sa perte, alors que chaque cité gerbait une quantité astronomique de nuages nauséabonds, alors que tout semblait perdu, un scientifique tenta le tout pour le tout et d’un croisement cellulaire désespéré, une plante naquit. Elle semblait tout à fait banale, mais en grandissant, sa capacité d’absorption de gaz carbonique fut démultipliée.

Il n’en fallut pas moins pour que l’humanité saute sur l’occasion.

Aujourd’hui, on retrouve cette végétation partout où l’on pose le regard, que ce soient sur les petits formats présents sur les toits ou les titans majestueux qui peuplent les forêts. La fumée noire qui planait au-dessus de la tête de tous, telle une épée de Damoclès, s’est entièrement résorbée pour ne laisser place qu’à un ciel de saphir orné d’un soleil radieux. Chaque étendue d’eau, autrefois grouillante de corps inertes et de détritus déplorables, est maintenant miroitante et gorgée d’alevins grâce aux travaux de nettoyage entrepris par l’ensemble de la population.

Sur les routes, plus aucune voiture à essence ni même à électricité ne circule. Leurs fabricants ayant été inspirés par la poussée écologique mondiale, elles sont à présent toutes habillées de panneaux solaires. Les maisons et immeubles, aux fenêtres adamantines, sont équipés d’un ingénieux système de récupération d’eau pluviale directement relié au réservoir de la ville. Pendant ce temps, sous leurs pieds, plusieurs milliers de plantes voient le jour et grandissent dans ce qui fut appelé autrefois la permaculture souterraine, là où les minéraux abondent et où le climat est idéal. Partout au Québec, des chambres sismiques semblables ont été érigées, dans l’espoir de pouvoir alimenter les citoyens plus sainement.

Des tonnes d’habitats ont été reconstruits, permettant aux communautés animales de retrouver leur autonomie d’antan. Le concept de dépotoir a été annihilé et la production de ressources non renouvelables, interdite. Tout est maintenant recyclé, puis réutilisé afin de laisser le temps à la planète de régénérer les ressources dans lesquelles l’humain a autrefois puisé excessivement. Chacun des anciens fléaux a été analysé, puis domestiqué, avant de disparaître, le tout dans une reconnaissance écologique.

Il n’est pas encore trop tard. Cela dit, c’est maintenant ou jamais.


Hier, aujourd’hui, demain

Agathe Plourde, 2e secondaire
Mention spéciale du jury
École Saint-Jean, Rimouski
Commission scolaire des Phares

Toi qui n’auras jamais la chance de voir ce que le monde est devenu, ayant seulement la permaculture pour survivre… Toi qui ne vivras jamais le futur, notre futur, mon futur. Lorsque Dieu a décidé d’arrêter la danse de ce petit organe, il t’a fait disparaître de ce Nouveau monde. Une partie de la Terre meurt à chaque souvenir de toi qui s’éteint de ma mémoire, comme si tu étais l’élu. Chaque goutte de pluie était une larme de Dieu qui pleurait pour nous, il connaissait notre destin. Le murmure de la pluie, nous l’avons oublié, cette mélodie qui nous berçait a disparu. Le ciel, celui que tu voyais au moment où ton âme s’est envolée vers l’éden, n’est plus qu’un dessin que l’on efface au fil du temps. Boule de feu rouge andrinople, notre peau fond au contact de sa chaleur, qui augmente à chaque année. L’autonomie a pris place dans notre cœur, survivre est notre but. Nos nombreux plants de légumes sont nos enfants et l’eau, notre argent. Notre dépendance à ce bijou affecte le puits de notre communauté qui baisse de contenance. Le monde, notre mode de vie et nos valeurs ont changé. Construire nos maisons simplement afin de sauver nos ressources, l’eau n’est pas la seule à diminuer. Douze mois déjà, une explosion à l’aéroport est devenue le créateur d’un brasier, les résidences et de nombreux hommes rencontraient leur dernier sommeil. Nous pensions, avec notre tête souffrante et abattue, que c’était la fin du monde, mais ce n’était que le début de l’époque que nous traversons avec effort maintenant. Alors depuis ce drame, nous vivons en petits groupes, dispersés dans différents villages et travaillons du levant au couchant avec affliction. Force. Tolérance. Courage. Ces mots, nous les répétons sans cesse. Mais ton prénom est celui qui me traverse le plus souvent l’esprit : Hunter. Ma raison de continuer. Je pense à toi chaque jour, je me souviens de ton sourire bellissime, de tes yeux d’une beauté mirifique, de tes lèvres si fines et satinées. Ce visage. Il me manque. Tu me manques. Ton atroce ennemie : la maladie rénale chronique. Cela fait déjà deux ans que tu m’as quitté, mais moi je ne te quitterai jamais. Aujourd’hui, en soufflant tes quinze bougies, je célèbre le jour de ta naissance. Mon petit ange, joyeux anniversaire ! Je t’aime et t’aimerai éternellement.


Bob à la rescousse!

Sophie Bérubé, 3e secondaire
Gagnante, catégorie 3e et 4e secondaire
Polyvalente Forimont, Causapscal
Commission scolaire des Monts-et-Marées

Il était une fois, au-delà des montagnes de Causapscal, un royaume submergé de couleurs automnales. Dans ce lieu extraordinaire résidait Bob, un ver de terre. Il était mineur pour le village de Sainte-Terre. Son travail consistait à creuser le sol pour donner place à de futures maisons. Ainsi, il collaborait avec tout le monde.

Malheureusement, un matin, alors que Bob allait au travail, il vit que les travailleurs étaient arrêtés. En fait, depuis longtemps, la terre se recouvrait de plus en plus de déchets. Voilà pourquoi, en ce lundi matin, il ne restait plus de terrain. Tous les vers de terre de Sainte-Terre furent donc appelés à l’hôtel de ville.

— La situation est grave, dit le maire. Tous nos mineurs sont au chômage. Miner, c'est notre spécialité!

Après un long consensus, Bob, reconnu pour son autonomie et son initiative et, de surcroît, élu maire de Sainte-Terre depuis peu, dut trouver un lieu habitable.

Tout d'abord, il devait explorer la forêt enchantée. Celle-ci était renommée pour sa faune variée et sa flore magique. Bob dut marcher pendant plusieurs heures, mais il l'atteignit enfin. Soudainement, il sursauta! Martine, la corneille diabolique, venait de pousser un cri à faire saigner les oreilles. Elle fonçait droit dessus quand le brave invertébré se réfugia sous terre.

— Cet endroit n'est pas pour nous, se dit-il.

Or, il continua jusqu'à la vallée maudite, un village humain. Quand il y arriva, sous la pluie, le courageux ver de terre ne pouvait continuer sous nos pieds. C'est alors qu'il sortait, qu'une petite fille l'attaqua avec une boîte magique nommée cellulaire. Bob continua en courant, un peu traumatisé.

Après ces échecs, Bob était désespéré. Il ne savait plus où aller. C'est à ce moment-là qu'il se rendit compte du décor étrange qui l'entourait. Autrement dit, Bob venait d'atteindre la vallée de la MRC. Ce lieu fantastique, ayant senti la tristesse du ver de terre, fit apparaître une petite créature magique. C'était la fée des déchets!

— Vous cherchez si loin, mais la réponse se trouve si près, murmura-t-elle.

Elle lui montra un lieu utopique pour ses semblables, le royaume des Bacs-Bruns. Bob se sentait incroyablement veinard et se mit en route immédiatement pour annoncer la bonne nouvelle à tous.

Finalement, toute la communauté vécut joyeusement dans ce vaste royaume. La morale de cette histoire? Il est important d'utiliser les bacs bruns pour donner une maison à Bob.


La terre a tellement changé

Victor Chamberland-Trudel, 3e secondaire
Gagnant, prix Fondation David Suzuki
École Paul-Hubert, Rimouski
Commission scolaire des Phares

« Dire qu’il a fallu des milliards de morts pour que les humains se réveillent. Dire qu’il a fallu des incendies, des tsunamis, des maladies, des ouragans, des cris et des pleurs pour que nous mettions nos tripes sur la table. Dire qu’il a fallu voir nos amis, nos cousins, nos sœurs, nos frères manger les pissenlits par la racine pour comprendre que le problème était réel, pour qu’on arrête d’en parler et qu’on agisse. Dire qu’il a fallu que tout nous soit enlevé pour comprendre qu’on avait besoin de si peu et que la véritable richesse était dans le partage et la clé dans la diversité. Dire que toutes les avancées technologiques dont nous étions si fiers n’étaient que des avancées vers notre perte, et que tout ce dont on avait besoin, c’était d’avancer l’un vers l’autre.

C’est une génération entière qui s’est mobilisée pour nous sauver, une génération qui n’avait rien demandé, mais qui est née dans la terreur. Ces hommes et ces femmes qui n’ont pas vécu, mais survécu pour redresser la situation, qui se sont sacrifiés pour nous, pour que nous puissions naître dans un monde libre. Ces hommes et ces femmes, ce sont nos arrière-grands-parents qui ont fait fi de leurs ethnies, de leurs traditions, de leurs langues et qui se sont pris la main pour avancer plus vite. Ils ont chacun pris leurs atouts les plus remarquables et en ont fait les valeurs d’une communauté. Ils nous ont donné le plus beau des héritages.... un avenir. »

Je repensais aux mots de la présidente du conseil en m’asseyant sur mon siège, j’étais ému de reprendre le flambeau, de profiter de l’initiative d’une si noble génération. C’est ici que ces sauveurs se sont rencontrés pour la première fois, dans cette agora où des représentants, élus par la population de leur territoire, discutent des besoins de l’environnement en essayant de respecter les humains et non le contraire. C’est tellement plus facile d’accompagner la nature plutôt que de la contrer, comme il est plus facile de descendre une rivière que de la monter à contre-courant.

Je ne suis pas ici pour chômer, les citoyens de ma région s’attendent à ce que j’apporte encore plus d'innovations, que je continue de souffler sur le brasier de l’espoir. Ma plus grande fierté, ce sont les immeubles énergétiquement autosuffisants, leurs façades sont recouvertes de plantes comestibles, dont chaque locataire doit s’occuper. Le principe est simple, plus ils jardinent, moins leur loyer est élevé. De plus, le chauffage est produit par géothermie et l’énergie est complètement éolienne, en d’autres mots, une autonomie complète. Mais il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. La prochaine étape ? Les moteurs alimentés à l’hydrogène, sortir de façon définitive l’usage du pétrole de la carte, bref diminuer notre empreinte écologique à zéro. Poursuivre un mouvement, écrire un avenir...


La tempête

Sophie Boily-Kemp, 4e secondaire
Mention spéciale du jury
École Paul-Hubert, Rimouski
Commission scolaire des Phares

Joshua rangea ses livres et ses cahiers dans son sac. Le cours était enfin terminé et il pouvait finalement rentrer chez lui. Il salua ses amis, sortit du bâtiment, prit un vélo et se mit à pédaler.

Pendant la dizaine de minutes qu’il lui fallait pour se rendre chez lui, il aimait bien regarder les maisons qui composaient le quartier. Il ne se lassait jamais de la vue des petites habitations colorées. Chacune était construite de façon artistique et unique. La seule ressemblance d’une maison à l’autre (à l’exception de posséder des murs et un toit) était le fait qu’elles étaient toutes alimentées en électricité par des panneaux solaires géants. Le garçon appréciait également la vue des montagnes ocre par-delà les limites de la ville. Il avait toujours voulu s’y rendre, mais l’occasion ne s’était jamais présentée.

Arrivé chez lui, Joshua alla déposer son sac dans sa chambre et s’allongea sur son lit. Pour tromper l’ennui qui s’annonçait, il prit l’initiative d’appeler un de ses amis via son projecteur d’hologrammes et l’invita à l’agora, centre névralgique de leur ville. Heureusement pour lui, son camarade n’avait rien de prévu pour sa soirée. Ils s’accordèrent donc pour se rejoindre à la station de monorail qui les conduirait de leur petit quartier résidentiel à la partie la plus animée de la cité.

Une fois à la station, ils firent quelques blagues et discutèrent de tout et de rien, le temps que leur transport arrive. Lorsqu’il arriva enfin quelque temps plus tard, les adolescents montèrent à bord du monorail. Ils s’apprêtaient à reprendre leur passionnante conversation quand un des passagers fit remarquer qu’une quantité considérable de gens s’étaient mobilisés sur l’une des rues adjacentes à la station. Intrigués, les deux compères allèrent voir de quoi il retournait. Ils se rendirent compte que les gens pointaient le ciel qui prenait une drôle de teinte. En effet, au lieu de sa traditionnelle couleur bleue, il était désormais d’un brun tirant sur le rouge, plongeant le quartier dans une semi-obscurité rougeâtre dans laquelle même les maisons semblaient monochromes.

Joshua entendit quelqu’un pester contre la tempête qui approchait. Il inspira, retint son souffle et se retourna pour regarder les lunes Phobos et Déimos à peine visibles derrière le grand dôme de verre qui surplombait la ville et les particules de sable rouge qui tourbillonnaient en altitude. La saison des tempêtes s’annonçait violente sur Mars cette année.


La marche du temps

Naïm El Ouafi, 5e secondaire
Mention spéciale du jury
École Paul-Hubert, Rimouski
Commission scolaire des Phares

Aussi inexpressives qu’une statue, ses mains crasseuses enfouies dans les poches trouées de sa veste en lambeaux, un jeune garçon marchait sur les traces de son village, à la recherche de réponses. Dansant sur la ligne du temps comme un funambule surnaturel, il parcourait les années en quelques pas, et tel l’élu d’une histoire rocambolesque, transperçait les âges de sa démarche tendue.

Le premier bâtiment qu’il entrevit se paraît d’échafauds vermoulus, cernés de cicatrices végétales. Les planches s’assemblaient, percées de pointes de métal, et formaient un tout timide mais harmonieux. En pleine construction, ses entrailles inertes répandues sur le sol encore vierge, la frêle maisonnette représentait l’initiative sauvage d’un jeune couple amoureux de la nature, qui venait s’installer là en quête de silence et de plénitude. Le gage d’une bourgade future, se dit le garçon, la graine de mon chez-moi. La demeure resta longuement solitaire sous les yeux de son observateur, simplement balayée par un doux zéphyr inquisiteur. Puis poussèrent autour d’elle de nouveaux sanctuaires tous de bois vêtus, qui se rassemblaient en une mignonne colonie d’insectes, une communauté naissante. Les cris des habitants invisibles, le babillement des enfants, la berceuse d’une mère vinrent briser le coma du jeune homme, lui arrachant un mince sourire, et il reprit son chemin.

Tel un fougueux typhon, la petite ville étendit ses tentacules vers tous les points cardinaux, s’étirant comme une plante cherchant la lumière. Et avec la taille s’amena un changement d’ingrédients inusité à la recette. Les voies se pavèrent de goudron, les murs se camouflèrent derrière une carapace d’acier, et on remplaça le soleil de nuit par d’horribles yeux luisants, qui grésillaient d’un éclat électrique. Partout, les gloussements se muaient en grognements, la joie en froide détermination, et la nature se voyait obligée de plier sous le poids de la poigne géante qu’était l’ego humain. Mais le pire, c’étaient ces gorges démoniaques, qui crachaient vers le ciel des giclées de brouillard obscur, les relents putrides du développement industriel. Crispant les poings de rage, le garçon ne supporta plus le spectacle et, laissant derrière lui les vestiges de son manteau déchiré, se mit à courir au milieu de l’enfer.

Le firmament s’éteignait à vue d’œil, remplacé par un voile de ténèbres qui assombrissait toute la métropole. Mobilisé par la folie des hommes, le nuage sanguinaire faisait flétrir la moindre parcelle de vie, la moindre plante, le moindre animal. Les plaintes devinrent des hurlements, couplés au grincement du métal qui continuait de se démultiplier, et les larmes qui coulaient des yeux du jeune homme en fuite évoluèrent en torrents émotionnels coupés de sanglots tandis qu’il observait la décrépitude de son foyer.

Puis, plus rien. Il était sorti de la ville. Reniflant, il n’osait regarder en face les ruines qui fumaient derrière lui, irrémédiable symbole du temps traversé, lorsque sa vision fut attirée par une perle à ses pieds, un trésor artistique d’une simplicité déroutante. Une fleur, qui avait poussé dans les cendres en toute autonomie, étirait ses pétales opalescents vers un astre inexistant, comme si elle lui priait de revenir. Son corps souple, d’une couleur émeraude saisissante, se tenait droit comme une présidente, tendant ses feuilles irisées vers le visage de son visiteur. Devant tant de beauté, le garçon se tut. Puis, il comprit. Délicatement, il déracina la pousse, et l’emporta avec lui en rebroussant chemin. Évitant les pieux et les flammes qui jonchaient son passé, il brava ses souvenirs jusqu’au centre de l’histoire, là où sa veste était tombée. Et trouvant un coin de terre meuble, il y planta son trésor, croisant les doigts pour un futur meilleur.

Et la lumière fut.


Le dernier des derniers

Vicky Théberge, 5e secondaire
Gagnante Bourse Télé-Québec
École secondaire du Transcontinental, Pohénégamook
Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs

En 2018, les experts avaient informé la communauté des problèmes environnementaux concernant la planète. Dès lors, la population, les écologistes, les scientifiques et les politiciens avaient plongé tête baissée dans la résolution de ce problème imminent, depuis nombre d’années, dont ils venaient tout juste prendre conscience. Chacun avait affirmé qu’il allait collaborer et prendre l’initiative de réduire son empreinte écologique. De vraies promesses en l’air.

J’arrivai à la centrale. Je composai le numéro à 12 chiffres me permettant d’y pénétrer et j’enfilai la combinaison stérilisée spécialement pour moi durant mon absence. Rien n’était laissé au hasard. Jour après jour, je me devais de surveiller cet immense dôme surplombant le dernier arbre sur terre. Du haut de mon observatoire, j’aperçus, par une étroite fenêtre, le monde extérieur duquel j’étais complètement déconnecté. Dehors, les voitures à essence roulaient sans cesse, les déchets virevoltaient sur le sol au gré du vent et les enfants s’amusaient et chantaient devant une agora, portant tous des masques antipollution. C’était désormais la réalité du monde dans lequel nous vivions. Trente-deux ans s’étaient écoulés depuis l’alerte environnementale et rien n’avait encore changé.

Quelque temps plus tard, les scientifiques chargés d’assurer la survie du rescapé vinrent nous informer d’une de leurs dernières idées. Selon leur hypothèse, il serait bénéfique pour l’arbre de retrouver son autonomie et d’être remis dans un habitat plus naturel que celui dans lequel il se trouvait présentement, et ce, en étant extrêmement encadré par des spécialistes. Dans ces conditions, il y aurait donc quelques probabilités que l’arbre soit capable de se reproduire, assurant ainsi le repeuplement de l’espèce. Une tonne de professionnels se rencontrèrent par la suite afin de peser les pour et les contre de cette possibilité. Plusieurs arguments pertinents repoussant l’idée ressortirent du lot. Mais avait-on vraiment le choix? Nous ne pouvions plus retourner en arrière, nous devions assumer les nombreuses conséquences de nos actes insensés. D’ailleurs, la quantité d’oxygène baissant à vue d’œil en faisait partie. Les chercheurs avaient enfin trouvé une alternative à ce problème, il fallait l’accepter. Nous consacrâmes les jours suivant cette annonce à préparer le terrain qui allait accueillir notre seul espoir. La communauté mobilisée et les personnalités connues mirent la main à la pâte. C’était maintenant le moment d’enclencher la dernière étape du processus : la transplantation.

Une énorme machine prit place tout près du dôme afin de le soulever. Tous les responsables du projet étaient sur le qui-vive. Après tout, c’était l’avenir du monde entier qui s’étalait devant nos yeux. L’immense paroi de verre commença doucement à se hisser lorsque, à l’instant même où elle quitta le sol, le dernier poumon de la planète s’en alla en fumée. Ce que les scientifiques appréhendaient arriva. L’arbre n’avait pas survécu au choc que lui avait causé le contact avec notre monde, un monde complètement pollué.

Nous venions de voir s’éteindre, sous nos yeux, une espèce. L’humain, en voulant tout avoir, et ce, sans se soucier de rien, avait anéanti ce qui nous était seulement prêté : LA VIE!


Lettre du futur

Yasmeen Morin, 5e secondaire
Gagnante, stage d’écriture numérique à ICI Radio-Canada Bas-Saint-Laurent
École secondaire du Transcontinental, Pohénégamook
Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs

28 octobre 2054

Salut, moi du passé!

Si tout s’est passé comme prévu, tu recevras cette lettre à exactement 14 h 24 minutes, 52 secondes, le 28 octobre 2018. Ou du moins, c’est ce que le messager du temps m’a dit lorsque je lui ai remis cette lettre. En fait, si je t’écris aujourd’hui, c’est pour te parler du futur. De TON futur, plus précisément. Et crois-moi, je sais ce que tu penses en ce moment : « Mais bon sang, c’est quoi, ce délire? » Commence par relaxer, prends-toi un bon petit thé à la brioche fruitée comme je sais que tu les aimes et lis attentivement ce que je m’apprête à te révéler. Avec un peu de chance, le continuum espace-temps ou la ligne du temps, si tu préfères, ne se brisera pas et tu continueras à vivre ta vie comme si tu n’avais jamais reçu cette lettre. N’essaie surtout pas de changer le destin ou alors on se retrouvera avec deux réalités différentes, quelque chose qu’on veut à tout prix éviter.

Bon, alors voilà. L’histoire que je m’apprête à te raconter date d’il y a 21 ans. J’avais alors 31 ans et ma vie, ou plutôt notre vie était parfaite. Le monde connaissait une ère de paix mondiale qui durait depuis plus de dix ans et tous les pays étaient à leur apogée technologique. Et puis, il a fallu que ça arrive : La Guerre Nucléaire. En moins d’un mois, elle avait ravagé toute la planète, dont la surface n’était plus que noirceur et pourriture. Les trois quarts de la population furent décimés et le reste d’entre eux (dont toi) dut former des communautés partout dans le monde pour survivre. Quelques mois plus tard, le gouvernement s’était mobilisé, mais pas comme on le pensait. Les hommes qu’il avait envoyés nous disaient qu’ils venaient nous sauver de la Zone Radioactive, l’endroit le plus radioactif en Amérique du Nord. Nous croyions en eux et, pour la première fois depuis un bon moment déjà, l’espoir flottait autour de nous, imperturbable. Mais c’était un piège. Tout ce que les gouvernementaux voulaient, c’était nous utiliser comme des cobayes pour tenter de détruire, dans une initiative douteuse, le phénomène de radioactivité grave qui sévissait partout dans le monde. J’avais (tu avais, nous avions, peu importe!) heureusement réussi à m’échapper avec d’autres de cet enfer. Leur truc a dû finir par marcher puisque, quelque temps plus tard, la radioactivité avait presque totalement disparu et les rares survivants commençaient à rebâtir les cités. C’est ainsi que nous entrâmes dans une nouvelle ère où guerres et pollutions n’existaient plus : l’ère verte.

Depuis ce temps-là, tout est beaucoup plus facile. Nous n’avons plus besoin de collaborer tous ensemble pour survivre, tout marche à l’électricité et, en plus, on a de nouveau des maisons propres à chacun, ce que l’on n’avait pas eu depuis longtemps. L’autonomie que nous avions tous dû adopter dans le but de survivre n’a plus de raison d’être et on reconstruit de plus en plus de villages, les rendant toutefois écologiquement sécuritaires. Les gouvernements n’existent plus et les progrès en matière de technologie sont prodigieux. L’humanité a profité de cette seconde chance qui lui était offerte pour changer la face du monde, et ce, de façon positive. Dans l’espoir que ce texte sera capable de t’inspirer pour ne pas perdre espoir en l’humanité, quoi qu’il arrive, car la foi est parfois la seule chose qui nous permette d’avancer encore et encore.