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Trois danseurs de pow-wow (deux femmes et un homme) en habits traditionnels. Ils regardent tous vers la droite.
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Sur le chemin du pow-wow

Ils ont parcouru un long chemin pour se rendre jusqu’au cercle sacré. Ils ont préparé leurs habits à la main, en suivant leurs rêves et les signes qui croisent leur route. Ils sont sobres depuis plusieurs jours, leur esprit est clair. Ils danseront jusqu’à épuisement, et parfois au-delà.

Car le pow-wow n’est pas seulement une danse. C’est une manière d’honorer leurs ancêtres, de montrer qui ils sont et de renouer avec une culture éclatée, écorchée par le passé, que ces rencontres aident à reconstituer.

Texte et photos de Gabrielle Thibault-Delorme

Du 29 juin au 1er juillet, Wendake réunira des danseurs, venus de toute l’Amérique. Compétitif et situé au coeur de la ville, le pow-wow de Wendake s’inscrit dans un ensemble d’événements semblables, qui se déroulent chaque été dans toutes les provinces canadiennes et les États américains.

Pour les danseurs qui y participent, le pow-wow va au-delà du spectacle. Lorsqu’ils dansent, ils sentent une force invisible animer leurs mocassins et leur regalia, l’habit traditionnel qu’ils portent pour l’occasion.

Radio-Canada est allé à la rencontre de ces danseurs. Chacun d’eux, à sa manière, nous a raconté son parcours.


Un homme assis sur un canapé regarde une coiffe à plumes. Il porte des lunettes et un bandeau sur sa tête. Ses habits sont très colorés.

Denis Bluteau s'assure que ses plumes d'aigle soient bien accrochées à sa coiffe.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

Denis, l’aigle de sang mêlé

Son premier regalia était blanc et noir.

Denis Bluteau voulait représenter sur son habit la dualité qu’il ressentait. Métis, il n’a pas le statut d’Indien. Une réalité qui l’a longtemps freiné au sein de la communauté.

« Je ne m'accordais pas le droit de danser, dit-il. J’ai commencé sur le tard. »

Ce sont les Attikameks de Manawan qui l’ont poussé vers le cercle sacré. « Ils m’ont donné des pièces pour mon regalia », raconte-t-il.

Encore aujourd’hui, tous les ans, il va danser à Manawan pour respecter son engagement envers ceux qui l’ont adopté il y a plus de 10 ans… et qui l’ont baptisé « Aigle au gros ventre ». Ils devront le rebaptiser sous peu, mentionne-t-il en souriant, puisque le gros ventre a fondu.

Plus confiant maintenant, Denis a travaillé à fabriquer un nouveau regalia. « Cette fois, je n’ai laissé personne me dicter qui je suis. Aujourd’hui, mon regalia a plus de couleurs », explique-t-il.

Sa femme, Julie Gros-Louis, se tient à ses côtés. Ils s’aident mutuellement à s’habiller. De ses mains expertes, Denis tresse les cheveux de celle qui partage sa vie depuis plus de 30 ans.

Un homme en arrière-plan tresse les longs cheveux noirs d'une femme au premier plan. Elle est vêtue d'un habit traditionnel.

Denis tresse les cheveux de sa femme alors qu'elle revêt son habit traditionnel.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

Une oeuvre d’art personnalisée

Denis et Julie ouvrent une valise qui contient toutes les parties de leur regalia. Chaque pièce est examinée avant d’être ajoutée à leur habillement.

Fabriqué entièrement à la main, le regalia est une oeuvre d’art et un hommage à l’individu, à sa famille et à sa communauté.

Sur son habit, Julie a perlé un corbeau, emblème de sa famille. Denis montre sa coiffe, faite à partir d’écorce de bouleau et de poils de porc-épic. Sur ce couvre-chef, qui lui a été donné par les Attikameks, deux plumes d’aigle se dressent.

Pour les Premières Nations, les plumes d’aigle ont une importance capitale. Étant l’oiseau qui vole le plus haut dans le ciel, il est celui qui peut amener les prières le plus près des cieux. La perte d’une plume d’aigle est traitée avec le plus grand sérieux. « C’est comme un guerrier qui meurt au combat. C’est aussi grave que ça. Il faut que le pow-wow arrête », explique Denis.

Choisir sa danse

Denis et sa femme sont des danseurs traditionnels. Durant un pow-wow, on trouve cinq styles de danse distincts : la danse traditionnelle (hommes et femmes); la danse fancy (hommes), plus spectaculaire dans les mouvements et l’habillement; la danse du châle d’apparat (femmes), dans laquelle les femmes déploient leur châle pour imiter le mouvement sautillant d’un papillon; la danse des clochettes (femmes), qui favorise la guérison; et la danse des herbes sacrées (hommes).

La danse des herbes vient des peuples de l’Ouest, à l’époque où elles étaient interdites, sous peine de sanctions criminelles. Les danseurs partaient en éclaireurs pour s’assurer qu’ils pouvaient danser à l’abri des regards. Lorsqu’ils trouvaient un endroit convenable, ils piétinaient le sol pour créer le cercle.

Une femme vêtue d'un habit traditionnel regarde en souriant son mari au premier plan, lui aussi vêtu d'un habit traditionnel.

Julie Gros-Louis et Denis Bluteau sont mariés depuis plus de 30 ans.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

De génération en génération

Le choix du style de danse est propre à chaque danseur. « Le châle fancy, les clochettes, ça demande beaucoup de souffle. Je n’en ai pas beaucoup, je suis asthmatique », dit Julie.

Elle a donc opté pour le style traditionnel, et Denis lui a offert son premier regalia. « Elle l’a mis, je pleurais, se rappelle Denis. Elle a dansé toute la fin de semaine. »

Maintenant, toute la famille participe aux pow-wow. « Un jour, mon fils m’a demandé : “Papa, pourquoi on danse?” Je lui ai dit : “On n’est pas supérieurs à personne. On n’est pas inférieurs à personne. On est différents. Et aujourd’hui, le seul endroit où on peut vivre cette différence-là, c’est là. Au pow-wow!”

« Tout ce que tu apprends, il faut que tu le partages. Sinon, ça meurt avec toi. »

Une femme et un homme, portant des habits traditionnels autochtones, sont debout à l'extérieur. Une haie de cèdre est derrière eux. Elle tient un éventail de plumes dans sa main et lui tient une tête d'aigle.

Chaque année, Julie et Denis rajoute des éléments à leurs regalias.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

C’est comme si chaque nation avait sa pièce du puzzle. Les pow-wow nous aident à reconstruire le casse-tête.

Denis Bluteau

Un femme en habit traditionnel grimpe les escaliers. Derrière elle, on peut voir un homme en habit traditionnel.

Sarah grimpe les escaliers avant le spectacle.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

Sarah : vivre son rêve

Sarah Cleary est une artiste. Sur sa dernière toile, elle a peint une danseuse qui ouvre son voile à franges et le fait tournoyer. Les danseurs de pow-wow l’ont toujours fascinée. Pendant de nombreuses années, elle les a observés à travers l’objectif de son appareil-photo.

« Depuis que je suis jeune, je sais que je suis une danseuse. Mais j’avais de la misère, toute seule, à mettre ce rêve en application », raconte Sarah Cleary.

Jusqu’à ce que, à son tour, elle se joigne au tourbillon.

« Après le décès de mon frère, j’ai décidé d’arrêter de rêver mes rêves pour me mettre à les vivre », confie-t-elle.

C’était il y a 10 ans.

Cette année, c’est elle qui sera la danseuse de tête au pow-wow de Wendake. Elle sera chargée d’accompagner tous les autres danseurs et de s’assurer du bon déroulement de l’événement. « Au début, je voulais refuser, mais je vais accepter cet honneur avec une grande humilité », dit-elle.

Pour l’occasion, elle fabriquera un tout nouveau regalia. Danseuse de style libre du châle d’apparat, elle tissera à la main son voile à franges, ainsi que sa robe.

Une femme en habit traditionnel de pow-wow étend son châle.

Sarah Cleary étend son châle pendant un spectacle de danse à Wendake.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

Un objet sacré

En plus de se préparer pour le pow-wow de Wendake, Sarah travaille sur une autre création : une robe à clochettes.

Elle envisage une transition d’une danse vers l’autre. Cette nouvelle voie s’est imposée lors d’un pow-wow. « Je me sentais très proche des danseuses à clochettes et de leurs chants de guérison. J’étais en appui et j’ai su alors qu’il fallait que je fasse ce cheminement-là, explique-t-elle. Ce n’est pas nous qui choisissons notre style, c’est le style qui nous choisit. Je sais que je vais le savoir quand il sera temps de sortir ma robe à clochettes », ajoute-t-elle.

Un regalia n’est jamais terminé, selon Sarah. À l’image de la personne qui le porte, il est toujours en évolution. Il revêt aussi un caractère sacré. Lors du pow-wow, il est déconseillé de toucher à un regalia, de même qu’aux plumes et aux clochettes.

Une femme en habit traditionnel de pow-wow étire sa jambe, en appui sur un comptoir..

Sarah étire sa jambe avant un spectacle de danse à Wendake.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

Cheminement spirituel

Avant le pow-wow, les danseurs se soumettent à un rituel, qui varie d’une personne à une autre. L’élément essentiel, souligne Sarah, est la sobriété. L’alcool ne doit pas troubler l’esprit ni le corps des danseurs.

Quelques jours avant, elle se purifiera en visitant une tente à sudation. La veille, elle fera brûler de la sauge à proximité du regalia, pour l’envelopper de volutes de fumée. Ces rituels assurent que les danseurs sont disposés à entrer dans le cercle sacré.

Dès qu’elle se met à danser, Sarah oublie tout. Elle entre dans une sorte de transe et dépasse souvent ses capacités. Très exigeant, le pow-wow requiert une bonne forme physique, et un entraînement est nécessaire. C’est un véritable marathon auquel se soumettent les danseurs, qui sautillent et tournent pendant des heures.

Quand elle danse, Sarah sent qu’elle communie avec ses ancêtres. Le pow-wow et son art lui servent à s’exprimer, à transmettre sa culture et à tisser des ponts entre les Nations.

« Partout, on se rassemble pour danser, pour échanger, pour créer des alliances, rappelle-t-elle. Des fois, les pratiques sont endormies. Il faut les réveiller. »

Petite histoire d’un survivant

Au Canada, les pow-wow ont été l’objet d’interdictions dès l’adoption de la Loi sur les Indiens, en 1876. Des amendements à la Loi n’ont fait que diminuer davantage les libertés entourant les pow-wow. Les danses devaient être tenues uniquement durant les congés des non-Autochtones.

En 1914, il était interdit de pratiquer la danse hors des réserves sous peine de sanctions criminelles. En 1925, ces sanctions ont été appliquées à l’intérieur même des réserves. Les cérémonies des tentes à sudation et la danse du soleil étaient aussi bannies.

Pendant 75 ans, les Premières Nations ont tenu des pow-wow clandestinement.

C’est en 1951 que les interdictions entourant les pow-wow ont finalement été levées, au terme de longues batailles menées par les communautés autochtones. Mais ces restrictions législatives ont cédé le pas à des répressions culturelles. Les pensionnats autochtones ont coupé les jeunes générations de leur héritage et les plus vieux ont encore le souvenir des répressions passées. Il aura fallu attendre les années 60 pour que les mouvements des droits des Autochtones redonnent au pow-wow la place prépondérante qui lui revient.


Une femme en habit traditionnel danse dans un cercle. Autour d'elle, l'image est floue.

Aroussen danse lors d'un spectacle.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

Aroussen : pour l’amour de la danse

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Aroussen a toujours dansé. Sur scène, elle s’exprime, elle rayonne. Elle connaît parfaitement ses pas, elle n’a plus besoin d’y penser. Il ne lui reste qu’à laisser les émotions l’envahir.

« Quand je suis sur une scène en train de danser pour ma culture, il n’y a pas de moment où je me sens mieux », affirme-t-elle.

La danse l’a fait voyager. Elle a notamment fait partie de la troupe de danseurs autochtones qui ont pris la scène d’assaut lors de la cérémonie des Jeux olympiques à Vancouver. Là-bas, entourée des membres de toutes les Nations du Canada, Aroussen s’est sentie en famille.

Une femme de dos en habit traditionnel soulève un éventail de plumes.

Aroussen, pendant sa danse des clochettes

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

L’appel du pow-wow

Faire rayonner sa culture, c’est ce qui anime Aroussen. Pourtant, pendant longtemps, le pow-wow ne l’intéressait pas, notamment en raison de son aspect compétitif. De plus, le travail manuel nécessaire pour créer son regalia ne l’attirait pas.

Il y a trois ans, un rêve l’a fait changer d’idée. « Il y avait beaucoup de détails : les couleurs, les motifs... Le lendemain, j’étais en train de dessiner ma robe comme je l’avais rêvée. »

Elle a suivi le processus. Chaque jour, elle fabriquait une clochette avec le couvercle d’une boîte de tabac et la fixait à sa robe : 365 clochettes pour 365 jours. La préparation de chaque clochette lui demandait 15 minutes.

Lors de la fabrication, elle insufflait une prière de guérison dans chaque clochette. Quand elle danse, le tintement de la robe relâche les prières.

Gros plan sur le visage d'une femme en habit traditionnel huron-wendat

Aroussen grimpe les escaliers avant un spectacle de danse à l'hôtel-musée de Wendake.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

Réparer la blessure

Depuis qu’elle s’est jointe au cercle, elle a ouvert un groupe Facebook et organisé un groupe de danse. Jusqu’à récemment, celui-ci se réunissait tous les mercredis pour danser au centre communautaire. « Je sens vraiment un engouement dans notre nation. Les jeunes ont vraiment un désir d’apprendre à danser. Il y a 20 ans, ce n’était pas comme ça, se souvient Aroussen.

« À un moment donné, il faut que la blessure émotionnelle se guérisse et qu’on tourne la page. Les jeunes générations n’ont pas été atteintes par ça. Eux, ils sont fiers, ils s’affirment. Ça nous donne de la force à nous aussi.

« Je suis pour qu’on ouvre le cercle et qu’on partage. Qu’on invite les gens dans nos cérémonies. C’est important que les autres nations viennent nous voir. Ça fait partie de notre culture, du Canada. »

Mode d'emploi pour les non-initiés

Les pow-wow sont ouverts aux non-Autochtones et ces derniers peuvent même se joindre à la danse durant certains moments-clés. Mais pour faire honneur à leur hospitalité, encore faut-il respecter certaines règles. Voici un aperçu :

  • Écouter l’annonceur. Il vous indiquera les règles à suivre et les moments appropriés pour vous joindre à la danse ou pour prendre des photos. De plus, il est une mine d’informations sur la signification et les rites du pow-wow.
  • Ne pas toucher. Le regalia et le tambour sont sacrés. Évitez donc d’y toucher. Il en va de même si une plume ou une clochette tombent du regalia.
  • Rester à l’écart.