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Ici, on parle français
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Trois grands défis de l’Amérique francophone

L’Amérique francophone, ce sont 33 millions de locuteurs, répartis sur un immense territoire reliant deux océans et deux pôles. Tous partagent une langue commune, mais leur réalité est diverse. Alors que certains se trouvent en majorité sur un territoire dont le français est la langue officielle, d’autres se battent pour recevoir des soins de santé dans leur langue.


Un partenariat de Radio-Canada


La francophonie d’aujourd’hui ne manque pas de défis, voici un aperçu de ses enjeux.

Le défi de la minorité : s’affirmer comme francophone

Parler sa langue, recevoir des services en français et pouvoir envoyer ses enfants à l’école française ne sont pas en soi des droits acquis. La grande majorité des francophones des Amériques se retrouvent en position minoritaire.

Des 11 millions de locuteurs aux États-Unis, une bonne partie vient de l’immigration canadienne. « Il y a eu des départs de millions de Canadiens français vers la Nouvelle-Angleterre, vers l’Ontario et l’Ouest canadien », raconte l’historien Serge Dupuis. De nombreux Franco-Américains sont également des descendants des Acadiens déportés.

Aujourd’hui, les francophones sont plus nombreux aux États-Unis qu’au Canada, mais ils n'y ont pas la même force politique. Dans le territoire canadien, il en est de même en Ontario, au Manitoba et ailleurs qu'au Québec, où les francophones n'ont pas la force du nombre.

La prise d’autonomie du Québec dans les années 60 les a renvoyés à eux-mêmes, explique Serge Dupuis. De Canadiens français, ils ont dû se redéfinir comme Franco-Manitobains, Franco-Ontariens, etc.

« Les Franco-Ontariens, Franco-Manitobains ont leurs propres stratégies de défense de la langue. Il faut respecter ça », affirme Denis Desgagné, président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques.

Un homme sourit à la caméra dans une pièce éclairée par les fenêtres. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Denis Desgagné, président-directeur du Centre de la francophonie des Amériques, prône le partenariat entre les territoires francophones pour atténuer les tensions.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

Dans les Antilles, la situation du français est bien différente. Fruit du colonialisme, la langue française est teintée par un lourd passé. Le créole, résultat du métissage antillais, symbolise une identité et une liberté chèrement gagnée.

Devant ces réalités diverses, le Centre de la francophonie des Amériques ne prône pas l’imposition d’un français dit pur. « Je pense que la maîtrise de la langue, c’est une bonne chose. Mais si on dit que la francophonie, c’est juste une question de maîtrise de la langue, je pense qu’on se tire dans le pied », affirme-t-il.

« On ne veut pas que les gens parlent français parfaitement, on veut qu’ils parlent français », et qu’ils parlent un français vivant, qui évolue et qui s’enrichit d’influences diverses, dit-il. « Il faut être inclusif. »

Le défi de la majorité : une francophonie endormie

« Il y a 40 ans, le Québec s’est donné la loi 101, et c’est comme si on avait donné la francophonie à l’État. Ce n’est plus l’affaire de monsieur et madame Tout-le-monde », affirme M. Desgagné. Plus les gens sont minoritaires, plus ils se sentent responsables de leur langue, ajoute-t-il. Et plus ils sont fiers de leur langue et de l’ensemble de la culture qui l’accompagne.

« Au Québec, on tient pour acquise la langue », affirme M. Desgagné, on se porte à la défense de la langue lorsqu’on la sent menacée par l’anglais.

Le Québec a la responsabilité de prendre sa place de leader au sein de la francophonie, constatent Serge Dupuis et Denis Desgagné, notamment auprès des autres Franco-Canadiens.

L'historien Serge DupuisAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'historien Serge Dupuis de passage dans nos studios afin de nous raconter la genèse de l'université franco-ontarienne

Photo : Radio-Canada / Louis Garon

« Par exemple, pendant 50 ans, les étudiants français ont eu droit à des frais de scolarité réduits, qui sont moins de la moitié de ceux ailleurs au Canada. Mais les Franco-Canadiens n’ont jamais eu droit à ça. En Ontario, 78 % des programmes universitaires sont en anglais. Pourquoi on n’ouvrirait pas la porte pour qu’ils viennent étudier au Québec », suggère Serge Dupuis.

Aujourd’hui, c’est la France, plus que le Québec, qui joue un grand rôle de francisation dans le monde. « La France est dans une offensive extraordinaire. Si ce n’était pas d’eux, je ne suis pas sûr qu’on aurait autant de locuteurs et de francophiles », indique Denis Desgagné.

Le défi des Amériques : bâtir des ponts

« Il faut que la francophonie soit un moyen et non une fin », affirme Denis Desgagné, président-directeur général du Centre de la francophonie des Amériques. Selon lui, le français doit être un moteur de changement, un outil de développement.

Cette approche permettrait de valoriser naturellement le français et de le rendre attrayant, non seulement pour les francophones, mais aussi pour les autres.

« Pour moi, un francophile, c’est aussi bon qu’un francophone », affirme-t-il, visant non seulement la revendication, mais l’expansion de la langue française.

La francophonie des Amériques, c’est :

  • 33 millions de locuteurs
  • 11 millions aux États-Unis
  • 9,6 millions au Canada
  • 9,7 millions dans les Caraïbes
  • 2,8 millions en Amérique latine