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Ben Johnson est suivi par Carl Lewis, Linford Christie et Calvin Smith sur la piste du 100 m des Jeux olympiques de Séoul.
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La lutte antidopage : un problème scientifique, une portée sociale

En 1969, au cœur de la Révolution tranquille, est fondé l’Institut national de recherche scientifique (INRS). Sa mission : promouvoir la recherche et l’enseignement pour développer les cerveaux qui contribueront à transformer le Québec. Aujourd’hui, l’INRS célèbre ses 50 ans. Pour souligner l’occasion, nous vous présentons 5 réalisations scientifiques qui ont révolutionné le Québec :

Texte : Gabrielle Thibault-Delorme / CONTENU PARTENARIAT


Le 24 septembre 1988, l’athlète canadien Ben Johnson s’élance comme une fusée aux Jeux de Séoul. En franchissant la ligne d’arrivée, il fracasse le record du monde avec la marque de 9,79 secondes. Deux jours plus tard, il est disqualifié pour dopage. On lui retire sa médaille et ses commanditaires l’abandonnent. Si le succès a été spectaculaire, la chute l’a été plus encore.


Les Jeux de Séoul ont frappé l’imaginaire. Les années 80 ont marqué un tournant important dans la lutte antidopage. Surtout au Canada, où l’INRS et la chimiste et directrice du Laboratoire de contrôle du dopage sportif, Christiane Ayotte, se sont positionnés comme leaders mondiaux.


Fille d’un père chimiste, elle se joint à l’INRS lors de ses études postdoctorales en chimie, au moment même où débute la lutte antidopage. L’INRS avait effectué les tests pour les Jeux de Montréal, en 1976, et pour ceux de Lake Placid, en 1980.


En 1983, le Canada met en place sa première politique antidopage, à la suite du scandale des Jeux panaméricains de Caracas. Deux haltérophiles canadiens y avaient été disqualifiés.

La directrice du laboratoire de contrôle du dopage de l'INRS-Institut Armand Frappier, Christiane Ayotte.

La directrice du laboratoire de contrôle du dopage de l'INRS-Institut Armand Frappier, Christiane Ayotte

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes


Une nouvelle méthode


En travaillant à l’INRS, Christiane Ayotte a cherché à développer une nouvelle méthode pour détecter les anabolisants. Elle se tournera vers le spectromètre de masse, « qui était beaucoup plus sensible et pertinent que la méthode immunométrique », raconte-t-elle. « J’ai développé cette méthode à temps perdu, en parallèle. » Sa méthode a permis de détecter deux résultats positifs, qui n’apparaissaient pas sur les tests officiels.


Au départ, la lutte antidopage se restreignait aux haltérophiles, avant d’être étendue aux autres disciplines. « Les anabolisants, c’était dans le standard pour l'haltérophilie. C’était vraiment lourd à l’époque. » Alors que les méthodes se raffinent et que la technologie évolue, le dopage se modifie aussi. Les substances changent, les doses diminuent. Il se crée un véritable jeu de chat et de la souris entre les dopeurs et les scientifiques.


Mais les difficultés ne viennent pas que de l’entourage des athlètes. « Il y a eu beaucoup de réticences en Amérique du Nord. Les tests hors compétition étaient vus comme une invasion de la vie privée. »


Le scandale Ben Johnson a changé les perceptions sur les tests hors compétition. Avec chaque scandale, la lutte antidopage avance. Mais il devient rapidement clair, et ce, dès les débuts, que le dopage est un véritable système. « Ce n’est pas une décision éclairée de se doper. Ce sont des médicaments puissants dont l’utilisation thérapeutique est détournée. Ce sont des apprentis sorciers qui jouent avec la santé des athlètes », décrit Mme Ayotte. « C’est un lavage de cerveau complet. L’athlète a juste à faire ce qu’on lui dit de faire, c’est un état de grande vulnérabilité. »

Une femme avec des lunettes parle dans un micro.

Christiane Ayotte

Photo : Radio-Canada / Ronald Georges


Résistance des grandes instances


Selon Christiane Ayotte, la résistance des gouvernements et des fédérations sportives est continuelle. « Je suis restée estomaquée de la réaction de nos autorités politiques canadiennes lorsque Ross Rebagliati a été déclaré positif à la marijuana et que le gouvernement canadien au complet s’est porté à sa défense, au même moment où on continuait d’interdire la marijuana. Le message qui ressortait, c’était : “Tant que tu es premier, on va t’exonérer.” Mais s’il était arrivé 15e, on l’aurait traité de loser. »


Elle se réjouit toutefois des avancées en Amérique du Nord pour les athlètes, indiquant que les doses massives ont nettement diminué. « On a réduit les dommages », indique-t-elle. Et de plus en plus, les fédérations sportives perçoivent le dopage comme une tache sur leur image.


Mais les dangers de l’usage abusif de produits pharmaceutiques dépassent l’univers du sport professionnel. La consommation de produits pour augmenter ses performances est monnaie courante dans les salles de musculation et les médicaments sur ordonnance causent de véritables problèmes de santé publique, comme la crise des opioïdes.


« On se ferme les yeux souvent pour ne pas voir un problème. On ne vaincra pas le dopage tant qu’on ne sera pas cohérent », dit-elle.