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Le marché de la musique du Québec ouvert à la diversité francophone du pays
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Le marché de la musique du Québec ouvert à la diversité francophone du pays

Un texte de Rose Nantel

Des membres de l'industrie québécoise de la musique s'entendent pour dire que la « recette gagnante » menant vers le succès d'un artiste n'existe plus. Selon eux, le marché musical d'il y a quelques années était beaucoup plus restreint, alors que, maintenant, il s'ouvre aux autres. De nombreux artistes, peu importe d'où ils viennent, sont donc en mesure de se tailler une place au sein du plus grand marché francophone du pays.

Au mois d’août 2018, l’artiste Lord Byrun a remporté le Festival international de la chanson de Granby. Il est le premier Fransaskois à avoir triomphé à ce festival qui accueille chaque année des artistes francophones hors Québec, et ce, depuis plusieurs décennies.

Laurent Saulnier à la caméra.Laurent Saulnier pense que la scène musicale francophone canadienne est de plus en plus diversifiée. Photo : Radio-Canada

Sans nécessairement faire référence à la victoire de Lord Byrun, Laurent Saulnier estime que l’ouverture des Québécois envers les artistes francophones de tout le pays vient peut-être du fait que le Québec est moins concentré sur la souveraineté. Celui qui est le vice-président à la programmation du Festival international de jazz de Montréal, des Francofolies de Montréal et de Montréal en lumière croit qu’un des éléments déclencheurs de cette ouverture à la musique francophone du reste du Canada est l’arrivée, vers 2006, du groupe originaire de la Nouvelle-Écosse Jacobus et Maleco, qui plus tard deviendra Radio Radio.

« Autour de [ce groupe hip-hop], s’est greffé une grosse scène acadienne super importante. Lisa LeBlanc évidemment, Les Hôtesses d’Hilaires et Les Hay Babies », précise Laurent Saulnier.

J’ai l’impression que c’est cette scène-là qui a fait en sorte que le reste du Canada a été contaminé et que ça a beaucoup décomplexé les jeunes artistes francophones canadiens.

Laurent Saulnier

De son côté, le directeur général adjoint du Festival international de la chanson de Granby et coordonnateur du Réseau national des Galas de la chanson, Érick-Louis Champagne, admet que l’engouement général envers les autres artistes de la francophonie a semblé plutôt soudain. Cependant, la présence de francophones de partout au pays a toujours été très importante pour son organisation, soutient-il.

La victoire en 2010 de la Néo-Brunswickoise Lisa LeBlanc au festival de Granby a ouvert les yeux de ceux qui n’étaient « peut-être pas conscients » que l’intégration des artistes hors Québec pouvait être possible et facile. « Les gens, à partir de là, se sont mis à trouver quelque chose d’intéressant dans ça. Ça a attisé la curiosité des gens », dit Érick-Louis Champagne.

Érick-Louis Champagne à la caméra.Érick-Louis Champagne croit qu'il se passe des choses intéressantes en musique francophone à l'extérieur du Québec. Photo : Radio-Canada

Franchir les frontières

Laurent Saulnier sélectionne les artistes des Francofolies depuis 20 ans. « On a des préjugés d’abord et avant tout parce qu’on pense que Montréal, des fois, c’est le nombril du monde et qu’il n’y a rien de mieux qui se fait qu’à Montréal. Mais il y a de bonnes affaires partout », tient-il à préciser. Il croit que le public est prêt à accueillir la différence chez les artistes, entre autres, ceux de l’Ouest canadien.

Laurent Saulnier affirme que la plus grande difficulté pour un artiste est de quitter sa région et de se faire entendre ailleurs. C’est donc, entre autres, grâce à des festivals comme le Festival international de la chanson de Granby ou le Festival en chanson de Petite-Vallée que le public découvre de nouveaux artistes. Cependant, pour les membres de l’industrie aussi, il est difficile de dénicher ces artistes venus d’ailleurs. « Il y en a toujours qui nous échappent, mais on cherche. On travaille. Qui cherche trouve, comme ils disent », ajoute Laurent Saulnier.

France Beaudoin sourit.France Beaudoin est sensible à la réalité des francophones, peu importe où ils sont, en sachant la difficulté supplémentaire qu'ils ont à percer dans le milieu. Photo : Radio-Canada

L’équipe de l’émission En direct de l’univers, diffusée sur les ondes d’ICI Radio-Canada Télé, admet avoir rencontré des obstacles quand est venu le temps de sélectionner des artistes pour une émission spéciale sur la francophonie canadienne. « On a trouvé des perles, des talents extraordinaires et des gens fantastiques, mais il a fallu chercher. On s’est aperçu qu’on ne connaissait pas tant ce qui se faisait dans l’ouest du pays en musique francophone », observe l’animatrice et productrice France Beaudoin. D’après elle, son émission démontre « une sensibilité envers les francophones, peu importe d’où ils sont ».

Une bonne toune, c’est une bonne toune.

Laurent Saulnier
Guy Brouillard jette un coup d'oeil à des disques.Guy Brouillard croit qu'il pourrait y avoir plus de programmes sur le plan fédéral pour développer la musique francophone. Photo : Radio-Canada

Pour l’ancien directeur musical et discothécaire de la radio CKOI, à Montréal, Guy Brouillard, un artiste qui sait bien s’entourer, avec une équipe qui mise sur son originalité et son authenticité, a des chances de réussir. Celui qui a travaillé dans le milieu musical durant 40 ans avant de prendre sa retraite ajoute qu’un artiste qui ose être différent, c’est payant, entre autres à la radio commerciale.

Après tout, les goûts ont évolué au cours des dernières années. Il n’y a plus de « recette miracle du succès » et davantage de possibilités pour les artistes, comme l’a souligné Érick-Louis Champagne. Une équipe, une démarche artistique intéressante, une singularité et « une bonne toune » sont des éléments qui changent vraiment les choses.

Le reportage de Rose Nantel

Le web et la musique en continu : la grande révolution

Impossible de parler de l’évolution de l’industrie musicale au cours des dernières années sans aborder la question de l’écoute en continu. Il s’agit d’un aspect du marché de la musique qui a des répercussions au Québec, et son importance n’est pas vue de la même façon par tous. Certains artistes estiment que c’est un couteau à double tranchant : davantage de reconnaissance, mais moins de revenus.

Pour le rappeur Shawn Jobin, de la Saskatchewan, cela signifie que les artistes ne sont plus « rattachés à un patelin ou à une ville ». « Maintenant, on a la chance de continuer notre art, peu importe où on habite, tant qu’il y a Internet, poursuit-il. Aujourd'hui, le but ultime quand tu sors un album, c’est qu’au moins une de tes chansons se retrouve sur une playlist qui est écoutée, avec plusieurs abonnés. C’est là que tu te fais découvrir. »

Se faire prendre et se faire mettre dans une playlist officielle de Spotify, c’est un peu une carte de visite incontournable.

Shawn Jobin

L’auteure-compositrice-interprète Anique Granger, elle aussi de la Saskatchewan, demeure positive. « Moi aussi, je suis abonnée à Spotify, et c’est comme ça que j’écoute de la musique maintenant. C’est là qu’on s’en va. » Elle souligne toutefois que le système de diffusion pour ce type de plateforme pourrait être mieux pensé. « Il faut que ça se fasse mieux et de façon plus juste pour les artistes. Il faut remplacer une perte par quelque chose [...] Je sens que ça va s’équilibrer au niveau des redevances. On n’est pas encore là, mais je sens que ça s’en vient. »

« Si le streaming et le web en général n’étaient pas arrivés, on n’aurait jamais eu cette attention-là sur ce qui se fait ailleurs », estime pour sa part le vice-président à la programmation du Festival international de jazz de Montréal, des Francofolies de Montréal et de Montréal en lumière, Laurent Saulnier.

Érick-Louis Champagne, Laurent Saulnier, Guy Brouillard et France Beaudoin s’accordent tous pour dire que, n'eût été la musique en continu, les artistes francophones hors Québec n'auraient peut-être pas pu percer sur le marché québécois avec autant de succès.