•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Projet M

Menstruée verte : « Tu n’as pas à être parfaite dans ta culotte »

La blogueuse vancouvéroise Amandine Correia pratique le flux instinctif libre depuis quatre ans pour des raisons environnementales, mais aussi pour mieux maîtriser son corps.


La blogueuse vancouvéroise Amandine Correia pratique le flux instinctif libre depuis quatre ans pour des raisons environnementales, mais aussi pour mieux maîtriser son corps.

Un texte d’Anaïs Elboujdaïni et Sarah Murphy

Tu n’as pas à être parfaite dans ta culotte, dit la femme de 32 ans. Elle considère cependant qu’apprendre à contrôler les muscles de son vagin pour retenir son sang menstruel ne doit pas relever de la performance.

Portrait d'Amandine Correia dehors, avec des arbres en arrière-plan.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La blogueuse vancouvéroise Amandine Correia pratique le flux instinctif libre pour retenir son sang menstruel.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Il m’a fallu environ un ou deux ans pour avoir suffisamment confiance en moi, témoigne Amandine Correia. Je ne le fais pas au travail parce que j’ai un boulot assez stressant et je pense qu’il faut être assez attentif à ce que font ces muscles.

Le free bleeding, ou saignement libre, surtout popularisé par le mouvement féministe des années 1970, consiste à laisser son sang menstruel couler sans protection. Le flux instinctif libre, lui, exige un contrôle de son flux menstruel pour être capable de l’évacuer comme l’urine.

Contrairement à Amandine Correia, qui admet pratiquer le flux instinctif libre uniquement quand elle est à la maison, l’entrepreneure Sara Jonsdottir a choisi de pratiquer le saignement libre en tout temps et d’utiliser des sous-vêtements adaptés qui ne requièrent aucun produit hygiénique.

Sara Jonsdottir et une couturière de sa compagnie regardent une des pièces confectionnées. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sara Jonsdottir a abandonné les tampons jetables il y a quelques années pour fonder sa compagnie de sous-vêtements menstruels lavables qui gagnent en popularité.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Dans son modeste atelier en banlieue de Vancouver, la créatrice de Revol Girl, qui confectionne des sous-vêtements antimicrobiens faits avec du tissu en bambou, explique que c’est grâce à sa compagnie qu'elle a commencé à essayer le saignement libre.

L’ancienne étudiante en design de mode, originaire d’Islande, sans doute le pays le plus féministe du monde, dit-elle avec le sourire, veut désormais consacrer sa vie à promouvoir des solutions de rechange écologiques aux produits d'hygiène menstruelle.

Sara et Mayo debout dans l'atelier tenant une affiche indiquant le nom de l'entreprise.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sara Jonsdottir croit fondamentalement que les hommes comme les femmes doivent être éduqués sur la question des menstruations. D’ailleurs, sa fierté : Mayo Santos est son partenaire d’affaires à Revol Girl et dans la vie.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Un contrôle accentué sur les muscles du vagin

L’utilisation de la coupe menstruelle, comme la DivaCup, a mené Amandine à mieux connaître sesmuscles du dedans, soit les muscles du plancher pelvien, dont le périnée.

Je me suis rendu compte qu’entre deux passages aux toilettes, j’arrivais à retenir mon flux. C’est donc par hasard que ça a commencé.

Amandine Correia
Un contenu vidéo est disponible pour cet article

La gynécologue Nathalie Gamache démystifie les menstruations

Selon elle, il suffit de maîtriser la contraction et le relâchement de ces muscles pour retenir son sang menstruel.

Mille et une nuances de vert

Sara et Amandine se réjouissent d’avoir adopté des méthodes non conventionnelles pour continuer à faire leur part pour l’environnement. Car l’impact écologique des produits d'hygiène menstruelle n’est pas négligeable.

En Amérique du Nord, près de 20 milliards de tampons, d'applicateurs en plastique et de serviettes sanitaires se retrouvent à la décharge chaque année, dont 771 248 400 au Canada seulement.

Un amas d'applicateurs de tampons en plastique.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'automne dernier, un nettoyage de la plage de Turtle Grove, à Dartmouth en Nouvelle-Écosse, a permis de ramasser 381 applicateurs de tampons en plastique sur une plage de 150 mètres.

Photo : Radio-Canada / Simon Ryder-Burbidge

Les risques environnementaux de ces produits sont substantiels, estime la professeure en médecine de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) Jerilynn Prior, qui déplore le manque d’études sur le sujet.

Non seulement ils polluent, mais le fait que des produits d'hygiène menstruelle comportent des pesticides ou sont associés au syndrome du choc toxique constitue une aberration pour Sara Jonsdottir, qui s’inquiète pour la santé des femmes.

Au cours d’une vie, une femme utiliserait environ 14 000 tampons ou serviettes hygiéniques jetables. Ces dernières se décomposent en moyenne après 500 ans, selon la créatrice des serviettes hygiéniques écologiques Luna Pad, Madeleine Shaw.

Madeleine Shaw dans sa boutique. Derrière elle, des étagères avec les serviettes écologiques.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La pionnière des serviettes écologiques, Madeleine Shaw, a créé Luna Pad en 1993. Ils sont maintenant vendus dans 22 pays.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Mais les solutions de rechange vertes peuvent toutefois être plus chères, comme le souligne Taq Bhandal, doctorante à l’UBC et militante pour la santé des femmes à Vancouver.

Être au Canada, c’est déjà être dans un pays peu écologique. Je pense qu’il faut éviter de juger celles qui ne peuvent pas adopter ces pratiques [...] et traiter les gens avec compassion, dit-elle, en faisant référence à certaines personnes du mouvement vert qu'elle trouve trop revendicatrices.

Une jeune femme souriante portant des lunettes fumées pose devant un mur coloré en bleu jade et jaune.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Taq Bhandal reconnait qu’une barrière se dresse pour les femmes qui veulent faire un virage vert notamment lorsqu’il s’agit de débourser le coût d’une coupe menstruelle ou de sous-vêtements spécialisés.

Photo : Jag Nagra

Le prix d’une petite culotte menstruelle réutilisable varie entre 35 et 50 $ environ. Pour les serviettes hygiéniques réutilisables, les prix oscillent entre 10 et 25 $.

Des serviettes de couleurs et de formats différents déposées sur une surface blanche. Une culotte Revol Girl à droite. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les serviettes lavables Luna Pad (à gauche) existent depuis 1993 et sont toujours fabriquées à Vancouver. Une culotte Revol Girl (à droite) : consciente de la barrière du prix, Revol Girl encourage les femmes de toutes les classes sociales en offrant des rabais sur ses sous-vêtements pour celles qui ont peu de moyens financiers.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Le principal, comme le note Amandine Correia, c’est d’éviter de mettre une pression supplémentaire sur les femmes. Elle estime d’ailleurs que la pratique du flux instinctif libre constitue un processus. Même si on n’y arrive pas, ce n’est pas grave, l’important, c’est de continuer d’en parler ouvertement.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Image-titre d'une vidéo vox pop, gros plan sur le visage d'une femme et titre écrit sur l'image.

Micro-trottoir : parlons menstruations!

Photo : Radio-Canada


ÉQUIPE : Anaïs Elboujdaïni, journaliste. Sarah Murphy, journaliste. Colin Roch, graphiste. Eric Tremblay, réalisateur technique. Marylène Têtu, réalisatrice numérique. Alexandre Lamic, vidéaste. Mylène Briand, édimestre. Remerciements spéciaux : Charles Desmarais, Samuel Charpentier, Martin Bruyère, Fanny Bédard.