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Musique Rumeurs

Impénétrable Clutchy

Mise à jour le lundi 24 novembre 2008 à 12 h 20

Un texte de Vincent Grou

Depuis quelques semaines, l'arrivée d'un nouvel album sur les tablettes des disquaires alimente des rumeurs qui filaient déjà bon train.

Clutch Of The Tiger

Clutch of the tiger

Avec Clutch of the tiger, l'étiquette californienne Ubiquity Records nous présente les fruits de l'union de deux de ses protégés: le prolifique Shawn Lee et le mystérieux Clutchy Hopkins.

Shawn Lee, un compositeur électro-folk originaire du Midwest américain, a déjà une dizaine d'albums à son actif. Grand explorateur sonore, il sait mélanger avec bonheur la cithare, indienne ou chinoise, aux bongos, ou encore, nous faire croire que le banjo, les tablas et le vibraphone sont des partenaires naturels.

Sur la plupart de ses disques, Lee joue accompagné du soi-disant Ping Pong Orchestra, orchestre dont il est, dans les faits, lui-même chacun des musiciens. On lui doit notamment un disque de Noël funk psychédélique (A very ping pong Christmas), la trame sonore du documentaire Under the Sun, sur l'industrie du surf en Australie et aux États-Unis, ainsi que Hits the hits, album où il cuisine à sa sauce des tubes de Britney Spears, d'Amy Winehouse, de Gorillaz et de Kylie Minogue, entre autres.

Mais qui est Clutchy Hopkins?

Si Shawn Lee est un artiste en chair et en os, il en va tout autrement de Clutchy Hopkins. Une véritable aura de mystère enrobe le personnage, situé quelque part entre Réjean Ducharme, Émile Ajar et L'Affaire Bronswik.

Selon la version officielle, il serait le fils d'un ingénieur de son des studios Motown, de qui il aurait appris les rudiments des techniques d'enregistrement.

Épris d'aventure, il aurait fait le tour du monde afin d'étudier les divers aspects de la conscience et sa relation avec la musique. Il aurait travaillé dans plusieurs studios d'enregistrement, de Bombay au Caire. Il aurait côtoyé des moines zen japonais, auprès de qui il aurait étudié la notion de silence en musique.

Ses périples l'auraient également mené au Nigeria où, en plus d'étudier auprès d'un percussionniste, il aurait été trafiquant d'armes pour le compte de groupes rebelles.

Une équipe d'Ubiquity Records, sillonnant les routes à la recherche de découvertes musicales, aurait trouvé un véritable trésor, il y a quelques années. Elle serait tombée sur une boîte de bobines remontant aux années 1970, simplement identifiées « C. Hopkins », dans une boutique californienne d'articles de seconde main.

Leurs recherches pour retrouver l'auteur de ces pièces ayant été vaines, les gens d'Ubiquity auraient lancé un appel à tous sur le web. Kelli Hopkins, la fille de Clutchy, les aurait contactés, pour leur apprendre que son père vivait maintenant en ermite dans une grotte du désert Mojave.

Deux albums ont été produits à partir de ces bobines: The life of Clutchy Hopkins (2006) et Walking backwards (2008).

Un mystère bien entretenu

Clutchy Hopkins, sur la pochette de Walking Backwards

Clutchy Hopkins, sur la pochette de Walking Backwards

Les spéculations ont toujours cours sur l'identité du personnage. Beaucoup croient qu'il s'agit d'un prête-nom derrière lequel se cache un artiste connu. Les noms de l'artiste hip-hop Madlib, du DJ Cut Chemist et de DJ Shadow sont parmi ceux qui circulent le plus. Même celui des Beastie Boys a été évoqué, bien que plusieurs croient que le son de Clutchy colle trop à la côte ouest américaine pour être celui du trio new-yorkais.

Notons que la majorité des experts penchent pour la théorie du canular. Selon eux, la sonorité et les arrangements s'approchent trop du hip-hop pour dater des années 1970.

Chose certaine, la toile regorge de forums de discussions, parfois très animés, où les mélomanes y vont de leurs hypothèses. On peut même voir une série de vidéos, les « Clutchy Hopkins sightings » (Clutchy Hopkins a été aperçu), dans lesquelles divers individus racontent leurs rencontres avec le mystérieux musicien.

Une collaboration

La parution de Clutch of the tiger soulève donc la question suivante: connaît-on maintenant la véritable identité de Clutchy Hopkins? La réponse est non. Shawn Lee a visiblement choisi de jouer, lui aussi, la carte du mystère.

Il raconte avoir croisé, dans une boutique d'articles de seconde main (lui aussi!), un vieillard qui, le trouvant sympathique, lui a remis un masque de tigre, lui demandant de le porter chaque soir de pleine lune. C'est lorsqu'il portait le masque que Lee aurait découvert, à l'intérieur de celui-ci, une cassette audio identifiée
« C. Hopkins »...

Dans une vidéo où Lee raconte sa rencontre, on voit pendant un bref moment un graffiti qui dit ceci: « Clutchy Hopkins and Shawn Lee are one! » (Clutchy Hopkins et Shawn Lee ne font qu'un). Rien pour dissiper le mystère.

Par ailleurs, pour continuer d'alimenter la machine à spéculations, notons qu'on doit à Shawn Lee la composition de la trame sonore du jeu vidéo Bully. Fruit du hasard? Le jeu, qui se déroule sur le campus d'un high school de la Nouvelle-Angleterre, met en vedette un personnage nommé Jimmy... Hopkins!

Et l'album, dans tout ça? Clutch of the tiger rassemble 12 pièces instrumentales qui peuvent effectivement laisser penser que les deux hommes ne font qu'un. Les sonorités acoustiques du triangle, de la flûte à bec et du mélodica côtoient notamment la basse électrique, le Fender Rhodes et quelques pièces d'échantillonnage.

Le tout donne un surprenant résultat, qui défie les classifications, mais qui puise tour à tour dans plusieurs genres: le funk, le folk, le hip-hop, la trame sonore de film noir et la musique du monde.

Prête-nom, canular, ou véritable artiste? Peu importe. Le plaisir, lui, est bien réel.

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