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Livres Prix littéraires de Radio-Canada

Les gagnants sont...

Mise à jour le vendredi 27 février 2009 à 15 h 45

Un texte de Richard Raymond

Les lauréats des Prix littéraires de Radio-Canada.

Les lauréats des Prix littéraires de Radio-Canada: Bianca Joubert, Jonathan Harnois et Judy Quinn.

Les récipiendaires francophones des Prix littéraires Radio-Canada 2008 sont tous du Québec. Les lauréats ont été annoncés par Christiane Charette au cours de son émission de radio. Le concours comprend trois catégories. Deux gagnants sont choisis dans chaque catégorie, autant en anglais qu'en français.

Voici les lauréats francophones des Prix littéraires Radio-Canada 2008:

Dans la catégorie Nouvelle
1er prix: Money express de Bianca Joubert (Montréal)
2e prix: À la pêche de Jean-Sébastien Trudel (Québec)

Dans la catégorie Récit
1er prix: Sonam de Jonathan Harnois (Îles-de-la-Madeleine)
2e prix: Blou sued chouz de Guy Lalancette (Chibougamau)

Dans la catégorie Poésie
1er prix: Six heures vingt de Judy Quinn (Saint-Raphaël)
2e prix: Je demande pardon à l'espèce qui brille de Martine Audet (Montréal)

Le voyage au Tibet

En entrevue avec Radio-Canada.ca, Jonathan Harnois confie que son récit a été inspiré par un voyage qu'il a fait au Tibet, au Népal et en Inde. « C'est un peu la suite de mon roman Je voudrais me déposer la tête. Pour moi, c'est le même personnage qui continue sa quête de deuil, explique-t-il.

J'étais allé bien au-delà de la lassitude. Je cuvais les souvenirs de toi. Toi et ton suicide qui me faisait un trouble lancinant au plexus. Ta viande inanimée dans l'acajou. L'image de ta gueule surfaite à cause du maquillage des croquemorts. Le sinistre velours sur lequel ils t'avaient déposé. Tes paupières scellées dans le fond de teint, qui me refusaient l'accès à tes tréfonds. L'odeur suffocante des lys qui t'auréolaient et le murmure poli des condoléances.

Extrait de Sonam

C'est donc la deuxième fois que le jeune homme de 28 ans traite de la mort. Qu'est-ce qui l'intéresse dans ce sujet?

C'est la peur qu'on en a, puis le fait de réaliser qu'on n'a pas vraiment peur de la mort, on a peur de la vie. Ce qui nous fait peur, c'est de mourir sans avoir vécu, c'est d'avoir raté notre vie.

— Jonathan Harnois

En entendant, Jonathan Harnois jubile. Le prix qu'il vient de remporter, assorti d'une bourse de 6000 $, lui permettra de vivre un été de liberté. « Ça va me permettre de passer un été très jamaïcain aux Îles-de-la-Madeleine. » Sa définition d'« été jamaïcain »: musique et plage. De plus, le prix lui donne la confiance qu'il lui manquait pour achever un recueil de récits. Des récits inspirés de son voyage en Asie.

Dernière chose pour ceux et celles qui souhaiteraient souligner ce prix. Ne lui offrez surtout pas de chocolat.

La première chose qu'il faut savoir de moi, c'est que je n'aime pas le chocolat.

— Jonathan Harnois

À la question de savoir s'il a pensé à en faire le sujet d'un récit, il répond: « Je ne savais pas que ça provoquerait un raz-de-marée intérieur chez vous, mais je peux le faire. » Ce qui a provoqué l'hilarité chez Bianca Joubert et Judy Quinn. Et la sienne propre.

L'accouchement, thème poétique

Pour Judy Quinn aussi, ce premier prix de poésie, c'est un encouragement. « Ça fait longtemps que je travaille la poésie, parfois on se décourage », affirme-t-elle. La jeune femme 35 ans se dit très disciplinée. Même si elle parvient à se réserver des mois pour écrire, elle admet que la bourse assortie au prix lui permettra plus de liberté encore.

La naissance de sa fille le 6 décembre 1998 lui a inspiré son poème, Six heures vingt.

Plusieurs facteurs l'ont incitée à parler du thème de l'accouchement.

Je trouve que c'est un thème qui n'a pas été abordé beaucoup en poésie. Parce que les poètes, j'ai remarqué qu'ils n'ont pas d'enfant.

— Judy Quinn

Bianca acquiesce. Judy enchaîne: « Je voulais en parler d'une façon qui n'est pas "politically correct" ».

Tu t'attendais au ciel,
ne le cherche pas.
Sens les draps souillés
de vomissures et de sang,

ces langes ici-bas
sans plus d'en-haut.

Il aurait fallu que tu naisses
ailleurs dans le temps.
Ici, ils ont mis
un plafond à nos espérances.

extrait de Six heures vingt

Elle voulait souligner l'épreuve de l'accouchement alors que tout le monde en souligne le côté merveilleux: « Au début, j'ai été frappée par l'aspect réel de mettre un enfant au monde. Tu deviens un animal, tu perds ton identité carrément. Il y a quelque chose en toi qui te sépare de ton enfant. »

Mais, de son propre aveu, ce n'est pas ça qu'elle veut transmettre à sa fille de 10 ans. Comme Jonathan, elle désire laisser un message d'espoir: « Oui, le monde est absurde, mais on peut faire de belles pirouettes dans la vie, avant de mourir, comme acte poétique. »

Le poème est écrit dans un style très simple.

Je veux que les gens commencent à s'intéresser à la poésie.

— Judy Quinn

Elle croit que les poètes sont un peu coupables du désintérêt pour la poésie, « parce qu'on rend ça inaccessible, superformel ».

Elle avoue qu'une de ses grandes inspiratrices est Hélène Dorion, particulièrement son dernier recueil, Le hublot des heures. Elle termine l'entrevue en enjoignant Bianca et Jonathan de lire ce recueil qui parle du voyage.

L'immigration clandestine

Pour Bianca Joubert, son premier prix dans la catégorie nouvelle est « une tape dans le dos dont j'avais besoin, je crois. » La jeune femme de 36 ans a publié dans des revues littéraires. Elle a approché des éditeurs, mais ça n'a pas encore porté ses fruits. « C'est vraiment l'encouragement pour continuer. »

Bianca Joubert s'est inspiré, comme Jonathan, d'un sujet venu d'ailleurs: l'immigration clandestine des Sénégalais.

C'est un sujet qui ne peut pas manquer de toucher tout le monde, de voir des gens qui cherchent une vie meilleure au point de partir sur des petits bateaux pour atteindre l'Europe au péril de leur vie.

— Bianca Joubert

Puis il n'est resté que moi. Ma tête trop faible pour la relever quand la lumière d'une ville immense est passée sur mes paupières. Mes oreilles remplies du chant de grâce d'un moteur. Alhamdoulilah. Sur la terre comme au ciel. On me pêche. Repêche. Dans les filets de la garde civile, rescapé des eaux territoriales. En territoire mythique. Des îles qui constituaient jadis les confins du monde occidental. L'extrémité du monde connu de l'Antiquité.

extrait de Money express

Son texte touche donc aux thèmes du déracinement et de la quête identitaire. Bien qu'elle soit née au Québec, elle se sent un peu déracinée.

J'ai toujours cherché un peu ailleurs. Je ne sais pas ce que je cherche exactement.

— Bianca Joubert

Elle s'intéresse au rapport à l'autre, aux liens qui se développent entre des étrangers, aux valeurs qu'on peut aller chercher dans ces rapports. Et ce n'est pas vaines paroles: son mari est sénégalais.

Le prix qu'elle vient de remporter lui donnera, à elle aussi, un espace pour respirer comme écrivain. Elle aura du temps pour rassembler des textes et pousser une pointe vers le roman.

Des prix qui valent leur pesant d'or

Si les premiers prix sont accompagnés d'une bourse de 6000 $, les seconds recevront 4000 $. Les textes des six lauréats seront publiés par le magazine EnRoute, entre mars et août 2009.

Du côté anglophone, les oeuvres venaient essentiellement de l'Ontario, de la Nouvelle-Écosse et de la Colombie-Britannique. Les lauréats anglophones ont été dévoilés par Shelagh Rogers à l'émission « Q » de Jian Ghomeshi, sur les ondes de CBC Radio One.

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