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Alexandre Soljenitsyne n'est plus

Mise à jour le lundi 4 août 2008 à 22 h 56

Alexandre Soljenitsyne

Photo: AFP/POOL

L'écrivain russe Alexandre Soljenitsyne, mort dans la nuit de samedi à dimanche à Moscou, à l'âge de 89 ans, sera inhumé, conformément à ses souhaits, dans un cimetière orthodoxe de la capitale, mercredi.

La Fondation Soljenitsyne a précisé que la dépouille mortelle du célèbre écrivain sera exposée mardi à l'Académie des Sciences de Moscou pour une cérémonie d'adieu. Par la suite, celui qui a dévoilé au monde la réalité des camps de travaux forcés de l'ex-Union soviétique, sera conduit au cimetière du monastère Donskoï pour y être inhumé.

Alexandre Soljenitsyne, surtout connu pour ses oeuvres Une journée d'Ivan Denissovitch et L'archipel du goulag, est décédé à la suite d'une insuffisance cardiaque aiguë.

(...) il nous a rendu un service extrêmement précieux en nous révélant toute la brutalité du communisme soviétique. Il nous a appris que le système soviétique n'était pas seulement un système différent qui a échoué, mais une expérimentation fondamentalement cruelle.

— Stephen Harper, premier ministre

Le cours difficile et courageux de sa vie, qui l'a fait survivre au goulag et lui a fait connaître l'exil intérieur et extérieur, a fait de lui l'une des voix les plus importantes du XXe siècle dans la lutte contre la tyrannie des régimes totalitaires.

— Condoleezza Rice, secrétaire d'État américaine

Un homme au destin unique qui fut l'un des premiers à dénoncer à voix haute le caractère inhumain du régime stalinien et de ceux qui l'ont connu, mais n'ont pas été brisés.

— Mikhaïl Gorbatchev, dernier président soviétique

Je considère qu'il a été extrêmement tendancieux et partial dans son appréciation de l'époque soviétique.

— Guennadi Ziouganov, chef du Parti communiste russe

Le prix Nobel de littérature a été un grand et important écrivain, un citoyen engagé (...), un moraliste, un combattant de l'arbitraire qui n'avait pas peur et qui s'est engagé pour les droits de l'Homme.

— Angela Merkel, chancelière allemande

Le parcours d'un combattant

En février 1945, peu avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il a été arrêté, alors qu'il était au front, et condamné à huit ans de détention dans un camp de travaux forcés pour avoir critiqué la politique de Staline. Dans une lettre, il accusait le gouvernement soviétique et Staline d'être davantage responsables qu'Adolf Hitler des malheurs du peuple soviétique.

Après son long séjour dans un goulag sibérien et un exil de trois ans en Asie centrale, Soljenitsyne peut revenir en Russie.

Profitant des efforts du dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev pour « déstaliniser » le régime, il peut ainsi publier, en 1962, dans une revue littéraire soviétique, l'un des morceaux les plus considérables de son oeuvre, Une journée d'Ivan Denissovitch.

Le livre, qui raconte la réalité des camps de travaux forcés, sert dans un premier temps un régime qui pensait trouver, dans l'oeuvre de Soljenitsyne, des munitions pour en finir avec l'héritage sanglant de Joseph Staline, mort quelques années plus tôt, en 1956.

Toutefois, il devient rapidement évident que l'auteur échappe à tout contrôle, une impression qui sera confirmée, en 1967, par la publication d'un autre livre magistral, Le pavillon des cancéreux.

En 1970, le monde reconnaît l'immense talent d'un homme qui devient le premier des écrivains russes contemporains en lui remettant le Prix Nobel de littérature. Il ne pourra toutefois se rendre en Suède pour la remise de son prix, craignant que la dictature communiste n'autorise plus son retour.

En 1972, il publie pour la première fois en URSS son oeuvre phare, L'Archipel du goulag.

Deux ans plus tard, en 1974, il est arrêté par le KGB et, devant l'impossibilité pour le régime de maintenir enfermé un homme jouissant d'une telle notoriété internationale, il est dépouillé de sa citoyenneté et expulsé d'URSS.

Il vivra ensuite en Allemagne, en Suisse et aux États-Unis, avant de revenir en Russie en 1994. Trois ans auparavant, en 1990, le réformiste Mikhaïl Gorbatchev lui avait redonné sa citoyenneté soviétique.

En 2007, l'ex-président russe Vladimir Poutine lui a décerné le prestigieux prix d'État russe.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press, Le Monde et Reuters

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