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Livres / Sylvain Lelièvre

Chanteur libre

Mise à jour le mercredi 4 juin 2008 à 8 h 52

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Un texte de Richard Raymond

Sylvain Lelièvre

« J'ai promené mes chansons de ville en ville

Mais j'ai jamais chanté à Drummondville. »

Est-ce possible pour un auteur-compositeur-interprète québécois?

Ceux qui en doutent ne connaissent pas Sylvain Lelièvre. Peut-être trop jeunes pour l'avoir entendu chanter, peut-être un peu sourds à sa poésie du quotidien et aux accents blues et jazzés de ses mélodies.

Un phare de la chanson d'ici

Peu importe, Typo éditeur propose de nous familiariser avec un des phares de la chanson québécoise pendant 30 ans.

Le chanteur libre est le titre qu'on a donné à l'intégrale des chansons écrites par le natif de Québec, mort en 2002 d'une embolie gazeuse cérébrale. Voici 300 pages pour apprécier la « qualité constante » de ces textes, comme l'écrit Robert Léger dans sa préface. Ce dernier nous défie, d'ailleurs, « de prendre le parolier en défaut ».

Bonheurs de lecture

Le livre contient, bien évidemment, le texte des chansons les plus connues et les plus célébrées de Sylvain Lelièvre, Petit matin et Marie-Hélène. Mais le lecteur trouvera pour son plus grand bonheur une quarantaine de chansons inédites écrites dans les années 60 et 70. Car, et c'est là le plaisir de ce livre, chaque chanson est rattachée à son époque par la date inscrite à la fin du texte.

Bonheur supplémentaire, certaines chansons sont accompagnées de commentaires tirés d'entretiens avec l'auteur, d'un mot d'un coauteur ou de celui d'un interprète. On assiste, après coup, à la naissance de certaines chansons. Comment Daniel Lavoie a convaincu son ami Sylvain de vider ses fonds de tiroir et de lui refiler un texte ou deux. C'est ainsi qu'il a écrit la musique pour Le joueur de piano et pour Je n'y suis pour personne.

Petits bonheurs de lecture

Parmi les autres bonheurs que procure ce livre, soulignons le Contrepoint musical signé par le frère de Sylvain, Denys Lelièvre. Dans ce fort beau texte, où l'on sent l'amour fraternel, Denys raconte l'éveil et la formation musicale de son frère. De la chanson française des années 50, Charles Trenet en tête, jusqu'au jazz, en passant par Félix, Mozart, Cole Porter et Irving Berlin, « Sylvain tend l'oreille à tout ce qui se donne à entendre », écrit Denys.

Musiques du monde qui le conduiront à vouloir apprendre le piano. Qui le conduiront jusqu'à Versant Jazz, concert donné en novembre 2001 au Lion d'Or, au cours duquel le jazzman qu'il est donne sa mesure.

Autre bonheur: la postface de Jean Royer, intitulée Sylvain Lelièvre, poète d'aujourd'hui. D'entrée de jeu, Royer ne parle pas d'auteur ni de parolier, mais de poète, en parlant de Sylvain Lelièvre. « Ici, écrit Jean Royer, la chanson... met à disposition du plus grand nombre ce qu'on appelle l'art poétique ». Et de se lancer dans une analyse des grands thèmes lelièvresques pour montrer qu'au coeur du musicien habitait un humaniste: érotisme, amour, préoccupations sociales, solitude de l'adolescence, enfance, bonheur, et j'en passe. Analyse qui nous fait saisir sur le vif le talent du poète. « Lui qui prend le temps de vivre et de rêver, le temps de sa conscience et de sa colère. » Définition à méditer.

Quelques bonheurs en bonis

Un dossier comprenant une chronologie, une discographie, une bibliographie et une réception critique complète l'information sur cet amoureux du mot juste.

Bonheur enfin que la couverture. Quel autre qualificatif employer que « magnifique »? Sylvain Lelièvre laisse parler son bonheur de vivre. Sur une photo en noir et blanc. Le tout sous un glacis qui relève la qualité de la couverture de ce livre de poche.

« Moi, j'aime les choses inutiles
Les bonheurs tranquilles », chantait le poète.

Ce livre n'est pas inutile, qui déploie l'éventail du talent d'un des grands auteurs-compositeurs-interprètes qu'a connu le Québec. C'est même un bonheur tranquille.

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