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Livres

Mise à jour le lundi 25 février 2008 à 10 h 48
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Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

Profondeurs

Henning Mankell: sonder l'insondable

cote du film : 3.5

Une critique de Danielle Laurin

Oui, c'est un nouveau roman d'Henning Mankell. Mais non, ce n'est pas un polar. Vous ne retrouverez pas dans Profondeurs, paru en 2004 mais tout juste traduit en français (Éditions du Seuil), le fameux enquêteur Kurt Wallender, son spleen, son empathie, son flair redoutable.

Oubliez la populaire série du romancier suédois vendue à plus de 25 millions d'exemplaires dans le monde et bientôt adaptée à l'écran pour la BBC. Pas de meurtres sordides à élucider ici. Pas d'enquête. Pas vraiment...

Un meurtrier

Bon. Il y aura des morts, oui. Et un meurtrier. Mais on saura d'emblée que c'est lui, justement, le meurtrier. Autrement dit, on suit un homme qui va en venir à tuer. Presque malgré lui. Comme si la bête tapie au fond de lui s'emparait à son insu de l'homme respectable qu'il est en façade.

Ça commence doucement. De petits signes. De petits mensonges, d'abord. Puis, peu à peu, la double vie. La perte des repères, l'engrenage de la folie. Tout se fissure en lui. Et autour de lui.

Henning Mankell

Photo: AFP/Florian Eisele

Henning Mankell (archives)

Il y a la mer. La Baltique. Il y a la guerre. Celle de 14-18. Et il y a cet homme, hydrographe de profession, chargé d'une mission secrète pour l'armée norvégienne. Il doit trouver de nouvelles voies navigables, tandis que la Norvège, qui revendique sa neutralité, est prise entre les flottes de la Russie et l'Allemagne, qui s'affrontent au large.

Donc, il sonde. Mesure les profondeurs, évalue les distances. C'est plus qu'un métier, c'est une obsession chez lui. C'est maniaque, sans fin. Ça remonte à loin.

« Ses tout premiers souvenirs étaient des distances: entre lui et sa mère, entre sa mère et son père, entre le sol et le plafond, entre l'inquiétude et la joie. Sa vie entière se résumait à des distances à mesurer, à raccourcir ou à rallonger. »

Cet homme-là est marié. Avec une femme bon chic bon genre qui l'attend à Stockholm. Qu'il croit aimer. Mais qu'il tient à distance, même dans l'intimité. Toutes ses relations, même celle-là, sont marquées par la froideur.

Ne pas se laisser percer à jour, ne pas perdre le contrôle, jamais. Quitte à ne pas savoir lui-même qui il est vraiment. « Aurait-il jamais le sentiment de ne ressembler enfin qu'à lui-même? »

Un désir irrépressible

Profondeurs

Et puis voilà. Un jour qu'il explore la mer brumeuse avec sa sonde, il tombe sur une petite île. Là vit une femme, seule. Une femme sauvage, sale, en haillons. Qui va éveiller chez lui un désir incompréhensible, irrépressible.

Tout va basculer. Il va toucher le fond, oui. Sonder l'insondable au fond de lui. Et se débattre avec ses pulsions. Incapable d'affronter l'homme qu'il est, incapable d'affronter ses mensonges à la face du monde, il sombre.

C'est un roman noir, oui, très noir. Et, serait-on tenté d'ajouter, un peu trop chargé. Dans l'intrigue, dans le ton. On pourrait reprocher à Mankell son manque de simplicité dans Profondeurs. Comme s'il voulait se départir de son image de romancier populaire, s'affirmer à tout prix comme auteur littéraire.

Mais on sera tout de même aspiré. Par le climat, l'ambiance. Par la brume, le mystère qui entoure le récit. Et par le doigté avec lequel l'auteur explore les profondeurs de l'âme humaine.

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