Imprimer cette page

Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Livres

Mise à jour le vendredi 15 février 2008 à 15 h 04
Envoyer à un ami

D. Y. Béchard

Parcours d'un premier roman

Un texte de Richard Raymond

L'auteur montréalais D. Y. Béchard (détail)

Photo: © Sahra Coyle / Random House

L'auteur montréalais D. Y. Béchard

Les racines d'un livre plongent souvent dans l'enfance de son auteur.

Pour son premier livre, Vandal love ou Perdus en Amérique, D. Y. Béchard ne fait pas exception.

Ce roman raconte deux errances à rebondissements.

Mais n'anticipons pas.

Lire et écrire, lire et écrire

Deni Yvan Béchard a une gueule, comme on dit, l'oeil clair et le cheveu blond de ses ascendants germano-irlando-écossais. En entrevue avec Radio-Canada.ca, il se montre ouvert, chaleureux, direct.

Il parle d'abondance. Notamment de son enfance marquée par la pauvreté. Mais aussi par les livres.

On avait toujours des livres. Ma mère nous encourageait à lire. Je lisais tout le temps. Pour moi, le monde, c'était les livres. — Deni Yvan Béchard

Parallèlement, l'enfant nourrissait un rêve. « J'ai toujours voulu être écrivain. Je ne peux pas vraiment dire pourquoi », dit l'écrivain qui se définit comme Montréalais. Et il écrivait: dix romans, de l'âge de 10 à 20 ans. Il se posait beaucoup de questions aussi sur l'identité française en Amérique.

Normal. Né d'un père d'origine gaspésienne et d'une mère américaine, il a été très tôt confronté à l'errance. Entraînée par son père qu'il a longtemps idéalisé parce que, dit-il, c'était un criminel, un voleur de banque, sa famille déménageait périodiquement, environ aux cinq ou six mois.

La quête d'identité

Cette errance l'a incité à chercher ses racines, à partir en quête de son identité.

Quand j'étais jeune, je voulais appartenir au Québec. — 

Mais il admet qu'à six ou sept ans, il ne connaissait rien du Québec, de son histoire, sinon ce que son père lui en racontait. Ses histoires évoquaient un pays de gens trop grands, trop forts, surhumains. « J'ai essayé de remettre le Québec dans ma vie. C'est quoi le Québec, d'où vient mon père? C'est quoi les États-Unis? »

Pour répondre à ces questions, il a étudié pendant sept ans: la philosophie, les langues, les littératures française, anglaise et américaine. « Pendant ma vingtaine, j'ai fait beaucoup de recherche sur la francophonie en Amérique du Nord, » dit D. Y. Béchard. Il découvre alors que l'exode a entraîné 900 000 Québécois aux États-Unis, qu'ils ont été forcés de s'assimiler, de changer d'identité.

Je voulais raconter l'histoire des francophones qui ont été absorbés aux États-Unis. Je veux reconstruire un monde. À la façon de Joyce. Chaque personnage devient métaphore pour une expérience et l'autre a juste besoin de faire référence à cette expérience pour la continuer. — 

Des géants et des nains

Pour raconter l'histoire des francophones, il imagine la descendance d'Hervé Hervé divisée en deux branches. Les géants et les nains, unis par une même condition: l'errance. Le roman est divisé en deux parties. La première est consacrée aux géants, la seconde aux nains.

On pourrait lire chaque section en disant: c'est l'esprit d'un personnage. — 

Dans chaque partie, l'esprit d'un protagoniste se perpétue de génération en génération. Et l'histoire devient celle d'une errance, d'une itinérance à rebondissements. On quitte l'individualité pour entrer dans le mythe. Finalement, D. Y. Béchard raconte moins l'histoire de personnages que de destins.

Pour moi, c'était un roman pour trouver ma voix, pour trouver mes idées. Les questions qui m'intéressaient pour me lancer à un autre niveau après. Moi, je voulais trouver un style littéraire avant de conter ma propre histoire. — 

Le style, c'est l'homme

D.Y. Béchard Vandal love ou perdus en Amérique

Le style de Vandal love ou Perdus en Amérique, a valu à son auteur le Commonwealth Writers' Prize pour un premier roman.

Ce prix, est-ce que ce n'est pas un peu lourd à porter pour un écrivain? Il répond avec assurance:« Je suis quelqu'un de très terre-à-terre, je vis ma vie et j'écris. Je ne pense pas à ça ».

L'écriture, il l'avoue, n'est pas chose facile, n'a jamais été facile. Depuis qu'il a 10 ans, il écrit sans relâche.

Il a, dit-il, une notion très concrète du travail.

Il se penche sur chaque mot, chaque phrase pour ciseler le texte. Il s'intéresse à la musicalité de ce qu'il écrit.

« J'ai lu le roman environ 25 fois à haute voix avant de le laisser être imprimé. Quand je lis à haute voix, c'est l'inconscient qui travaille. Pour moi, ça, c'est la religion, c'est vraiment la religion. Au commencement, quand on avait l'Église catholique, n'importe quelle église, c'était le son incantatoire qui revenait en vagues, en rythmes qui faisaient quelque chose à l'esprit, qui créaient un état de transe. Pour moi, c'est le mouvement du langage, des rythmes; où ça arrête, où ça commence. Pour moi, c'est vraiment la sonorité. »

En ce sens, il est content de la traduction de Sylvie Nicolas. Il n'a pas l'impression de lire un autre livre. « J'ai vu à quel point elle avait essayé d'entrer dans le texte et de saisir un autre rythme ». Mais il a appris une chose. Une chose importante: les faiblesses de son écriture.