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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

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Mise à jour le mercredi 17 janvier 2007 à 11 h 21
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Onze septembre - Roman américain

Extrêmement fort et incroyablement près

cote du film : 3.5

Une critique de Florence Meney

Comment un enfant-génie appréhende-t-il l'incompréhensible d'une Amérique post-11 septembre, et avec elle une perte personnelle irréparable?

Oskar Schell n'a pas 10 ans, mais son quotient intellectuel défonce le plafond des gratte-ciel new-yorkais, il a 40 ans d'âge mental, la soif de tout comprendre et une imagination délirante.

Carte de visite d'Oskar Schell

Inventeur, entomologiste amateur, épistolier, francophile, pacifiste, consultant en informatique, végétalien, origamiste, percussionniste, astronome amateur, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles.

Il y a un an, un beau matin d'automne, cinq messages successifs tombent sur le répondeur téléphonique familial. 8 h 52, 9 h 12, 9 h 31, 9 h4 6, 10 h 04..... Oskar Schell a perdu son père, dans la fumée et la cendre d'un certain 11 septembre.

Ce père qui l'aimait, en pleine correspondance intellectuelle, et avec lequel il discutait physique quantique, philatélie et langues étrangères, qui seul peut-être comprenait la profondeur de cet enfant d'exception, ce père ne peut pas être parti sans laisser de trace.

Chasse à la mémoire

Une clé assortie d'un nom, Black, donnera à Oskar le point de départ d'une étonnante quête personnelle, familiale et collective, une reconstruction de la mémoire, étrange chasse aux trésors érudite de cet enfant à travers un New York fascinant et ses êtres variés, sublimes.

Mais que cherche donc à dire l'écrivain américain trentenaire avec cet objet littéraire étrange et prenant, déroutant?

Le deuxième livre de Jonathan Safran Foer mêle au texte narré par la voix de l'étrange enfant une foule de dessins, pictogrammes, photos, symboles, messages mystérieux. Parfois avec un peu d'insistance, voire de maniérisme, mais toujours avec originalité, l'auteur expose qu'une oeuvre, reflet de la complexité humaine, ne peut se limiter à un alignement de mots.

Les séquelles et la guérison

On y comprend aussi comment l'humain cherche à apprivoiser la peur, par les yeux d'Oskar qui ne peut plus prendre l'ascenseur, qui tremble devant les Arabes et les valises abandonnées, qui « flippe » au moindre turban, mais est capable de correspondre avec Stephen Hawking et d'arpenter seul Manhattan.

Une grande partie du temps j'avais l'impression d'être au milieu d'un immense océan noir, ou au coeur de l'espace, mais pas de la façon qui aurait été passionnante. Simplement tout était incroyablement, loin de moi. C'était pire la nuit. — 

Extrêmement fort et incroyablement près est une ode à l'individu, à la force du grain de sable (ce même grain de sable qui, déplacé, change pour toujours le Sahara mais aussi le visage de l'humanité), à l'inventivité humaine.

Après son retentissant Tout est illuminé (éditions de l'Olivier, 2003), voici là un autre étonnant objet que ce livre parfois trop long, mais d'une fraîcheur épatante.

Extrêmement fort et incroyablement près
Jonathan Safran Foer
Éditions de l'Olivier

Note de l'éditeur
Né en 1977 à New York, Jonathan Safran Foer a grandi à Washington et est diplômé de philosophie. Il habite à Brooklyn, dans la rue où vit un autre écrivain, Paul Auster.

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