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Mise à jour le mercredi 28 juin 2006 à 11 h 29
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La soeur de Mozart

cote du film : 3

Une critique de Florence Meney

C'est l'année du 250e anniversaire de naissance de Mozart. Et peut-être la façon dont cette figure majeure de la musique est exploitée partout, accommodée à toutes les sauces, y compris dans les livres, vous agace-t-elle. Bienvenue au club.

Ceci dit, La soeur de Mozart, publié au Seuil et récemment sorti au Canada, est comme une goutte de fraîcheur dans nos lectures d'été que l'on ne saurait trop recommander.

Ce premier roman sans prétention est né sous la plume de Rita Charbonnier, critique musicale italienne et grande amoureuse de Mozart. Pour cette fiction légère, éminemment digeste, l'auteure puise dans l'histoire vraie d'une relation privilégiée, celle de Mozart enfant et de sa soeur aînée Maria Anna Walburga Ignatia Mozart, dite Nannerl.

Un génie musical étouffé

Faits avérés, documentés: Nannerl, tout comme son jeune frère, était un génie de la musique. Les deux enfants ont été de grands complices pendant leurs jeunes années. Sous la houlette du père Mozart, ils ont donné ensemble des concerts et récitals dans les grandes villes européennes.

Mais avec les années, le talent du petit Mozart a explosé, savamment nourri par le père, tandis que celui de Nannerl était étouffé à petit feu, et qu'elle se voyait écartée du chemin de la reconnaissance publique.

Où s'arrête la vérité et où commence la fiction? Rita Charbonnier en estompe habilement les contours. Son roman dépeint un Leopold Mozart très antipathique, tyrannique, déterminé à tuer dans l'oeuf le talent et la créativité de sa fille, au nom de la bienséance, parce qu'une fille ne joue pas du violon, ne compose pas, une fille se contente de donner des leçons aux gamines de l'aristocratie. Avec des relents de comtesse de Ségur, et à un point tel que le lecteur se demande comment un père peut être aussi abject.

Extrait:
Leopold les fixait de ses yeux dont le bleu semblait avoir acquis la noirceur de la poix, puis, fermement, il s'approcha de sa fille.« Nannerl, c'est la dernière fois que tu touches à un violon. Rends-le-moi », dit-il en tendant la main.Les mains de Nannerl refusèrent de lui obéir. Elles étaient paralysées et faisaient corps avec la caisse.« Le violon n'est pas un instrument pour les petites filles. Tu n'en joueras plus jamais. Tu m'as compris, Nannerl ? »

Le coeur de la petite fille cessa de battre. À sa place, il n'y eut que vide, absence, silence.

Toucher le fond

Nannerl apparaît sous les traits d'une jeune fille puis d'une femme follement douée, pleine de caractère, de culture, de valeurs humanistes et de sensibilité, aimant profondément un frère pour lequel elle jugulera sa musique, finançant les coûteux voyages du petit prodige, puis sombrant dans l'amertume sous un joug familial trop lourd. Touchant le fond, reniant ses créations, avant de renaître à la vie, à l'amour et surtout à la musique.

Ce récit, qui est parfois franchement fleur bleue, est un charmant voyage dans le temps, dans une histoire teintée d'imaginaire, au coeur d'une Europe de musique et de salons.

C'est aussi un réquisitoire contre l'éducation des filles, qui était sûrement très contraignante à l'époque. On y voit les aspirations et les débordements féminins impitoyablement réprimés, dans une perspective féministe un petit peu caricaturale, mais qu'importe! Reste au final un sentiment agréable, une foi en l'Humanité, en l'art qui sauve et qui rassemble ce qui a été désuni.

La soeur de Mozart
Rita Charbonnier
Seuil
Traduit de l'italien par François Maspero
Mai 2006

À lire aussi:

Sur les pas de Mozart
Jean des Cars
Frédéric PfefferPerrin
2005

Mélomanes, lisez aussi

Jazzman, de Stanley Péan. Chronique d'une passion, d'une vision de la vie à travers la musique. Stanley Péan est écrivain, chroniqueur et président de l'Union des écrivaines et écrivains du Québec.

Publié chez Mémoire d'encrier.

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