Imprimer cette page

Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Livres

Mise à jour le jeudi 9 novembre 2006 à 13 h 39
Envoyer à un ami

Rencontre

La kermesse, ou la métamorphose au coeur de l'Homme

Une critique de Florence Meney

Si le septième livre de Daniel Poliquin a pour toile de fond la Première Guerre mondiale, s'il décrit une société au tournant du modernisme, La kermesse n'est pas pour autant un roman historique.

Daniel Poliquin

Photo: Luc Lavigne

L'auteur explique sa démarche en entrevue:« en fait, si l'histoire est là, ce n'est qu'une toile de fond. Pour ce roman, je suis parti d'une idée, celle que le révolu est romanesque. De là, je me suis dit: "je vais ramasser tout ce qu'il y a de révolu chez moi et dans mon passé également." C'est à partir de ces choix tout à fait affectifs, dit-il, que la trame romanesque s'est élaborée, un peu d'elle-même. »

Collage de souvenirs, d'anecdotes, d'inspirations diverses, d'emprunts à l'histoire, résultat aussi de beaucoup de recherche, La kermesse est avant tout l'histoire de destins qui se croisent; l'histoire tragique et drôle d'une poignée d'antihéros qui cherchent à transcender, chacun à leur manière, un destin terrible ou tout simplement médiocre.

Habillé en prêtre dès la petite enfance

Il y a Lusignan, tout d'abord, mécréant attachant que sa mère folle et dévote habillait en prêtre dès sa plus tendre enfance, et qui, « parce qu'il est la chair faite verbe » traverse la vie en cherchant à décrire et à comprendre. À comprendre et à chérir, aussi, lui qui avoue pourtant n'avoir jamais su aimer les femmes qui l'aimaient.

De l'avenir au passé, des terres lointaines à la ville guindée, flanqué sporadiquement de son fantôme ivre, Lusignan fera tous les métiers, journaliste, soldat, interprète. Il sera engagé dans la Légion étrangère et ira défendre l'Empire dans les tranchées, rédigeant les lettres destinées aux familles des soldats tombés.

Il y a aussi Concorde, la petite bonne laide mais étrangement aimable du quartier Flatte d'Ottawa, qui parle avec sérénité d'une enfance innommable, qui aimera Lusignan et lui apportera réconfort et éveil, à sa manière.

Il y a encore Amalia Driscoll, précieuse d'un autre âge issue de l'aristocratie irlandaise, amante épistolaire en perte de vitesse dans les grands salons d'Ottawa, que l'on croit perdue, mais qui apprend à faire peau neuve.

Et surtout, surtout, il y a Essiambre d'Argenteuil, cet éclat de lumière, l'homme d'exception qui bouleverse à jamais la vie de Lusignan.

La vie, cette métamorphose

Les personnages de Daniel Poliquin, même les plus humbles, trouvent en eux-mêmes la faculté de s'élever, de se transformer, de changer de lieu pour mieux se définir, parfois pour mieux retomber. Avec toujours une incroyable résilience. « C'est un thème récurrent chez moi », rappelle Daniel Poliquin, « cette idée de la métamorphose qui permet de conjurer la mort, et la vie, en fait. Les personnages qui m'intéressent sont ceux qui ont un parcours baroque. »

Baroque. S'il est un mot qui définit nettement ce palpitant roman, bien difficile à placer dans une case, c'est celui-là. Mais la kermesse n'est-elle pas justement le tableau baroque de la comédie humaine?

La kermesse
Daniel Poliquin
Boréal

À lire aussi