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Mise à jour le jeudi 26 janvier 2006 à 9 h 05
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Entrevue-Littérature québécoise

Jean-François Beauchemin: «Parfois, il faut accepter de ne pas lutter»

Notre entrevue avec Jean-François Beauchemin, à l'occasion de la parution de La fabrication de l'aube, chez Québec Amérique.

Lire la critique de La fabrication de l'aube.

Qui a senti sur son visage l'aile de la mort ne peut qu'en sortir changé. Pragmatisme ou quête spirituelle, valeurs, affections, tout est souvent remis en cause, tout se retrouve sur la table. Pour l'écrivain Jean-François Beauchemin, cette presque mort fondatrice eut lieu à l'été 2004. C'est ainsi qu'un homme nouveau s'est extrait de la ganse sombre, en direction d'une autre vie, plus élevée, plus signifiante.

En entrevue, Jean-François Beauchemin explique qu'au départ, il a écrit ce récit, ce cheminement, pour lui seul. Il explique que c'est son éditeur qui l'a convaincu de publier : « Il est vrai que le récit dépasse ma petite histoire personnelle, qu'elle rejoint quelque part tous les êtres humains ».

Extraire la lumière
L'auteur précise qu'il n'a pas changé une ligne de son récit, un récit écrit à sa sortie de l'hôpital. Il évoque ses proches, sa femme, ses frères et sa soeur, tous ceux qui lui ont sauvé la vie par leur présence : « Ce livre est un hommage, ces personnes en sont le coeur. Sans eux, je ne serais plus là, à mes moments de désespoir, ils m'ont extirpé de la noirceur. » Et de cette noirceur, de cette terrible expérience, Jean-François Beauchemin est parvenu à extraire la lumière, accédant en quelque sorte à une nouvelle vie: « On ne peut s'approcher ainsi de la mort sans être transformé. Pour ma part, si j'ai perdu une chose, c'est l'enfance. Dans mes oeuvres précédentes, il y avait toujours un enfant, ou quelque chose du regard de l'enfance. Cela a disparu. ».

Si le beau est sorti de cette expérience, l'écrivain s'insurge contre l'idée qu'il faille absolument souffrir pour avancer, progresser. Du bonheur, estime-t-il, peut jaillir la grandeur. « Maintenant, je veux faire du beau avec la joie, c'est d'ailleurs le sens de la dernière phrase de mon livre ».

Lutter et accepter
On sent dans l'écriture de Jean-François Beauchemin une intensité incroyable. On y comprend aussi la force de l'instinct de survie de cet homme, qui n'a pas seulement combattu la mort, mais a aussi su accepter sa propre métamorphose, accepter de ne plus être même. Il confirme d'ailleurs que cette souplesse est l'une des grandes leçons à tirer de sa douloureuse expérience : « J'ai appris que si à certains moments il faut lutter, à d'autres on doit laisser aller, il y a des choses qui doivent nous quitter, certaines émotions, comme on doit accepter de voir les gens partir au moment de leur mort. »

La fabrication de l'aube
Jean-François Beauchemin
Québec Amérique