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«Crossing over»

La série noire de Harrison Ford

Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Mise à jour le vendredi 27 mars 2009 à 11 h 25

cote du film : 2.5

Une critique de Michel Coulombe

Crossing Over

Photo: Alliance Vivafilm

Le constat n'a rien d'agréable. Pourtant, il s'impose. Harrison Ford est en chute libre.

Dans les années 70 et 80, l'acteur américain était associé à des séries cultes (Star Wars et Indiana Jones) et à de bons films (Witness et Blade Runner).

Ces dernières années, les échecs se sont multipliés. Qui se souviendra, sinon pour s'en moquer, de The Devil's own, Six days seven nights ou Random hearts? De What lies beneath, Hollywood homicide ou Firewall?

La série noire se poursuit avec Crossing over. L'acteur pourra toutefois se consoler en se disant qu'il n'y est pour rien. D'ailleurs, il s'en tire nettement mieux que Ray Liotta, un autre de ces acteurs américains dont le visage, devenu improbable, semble avoir été massacré par la chirurgie esthétique.

Crossing over est un film à thème. Il y est question de la délicate situation des immigrants illégaux aux États-Unis. À Los Angeles. Que font ces presque Américains pour survivre et régulariser leur statut? Comment s'y prend-on pour leur mettre la main au collet? Quel est donc, aujourd'hui, le prix du rêve américain?

Il paraît à peu près impossible de résumer simplement Crossing over tant les personnages et les récits parallèles y sont nombreux. Les fils de leurs vies se croisent à l'occasion comme le font parfois les voies d'une autoroute, référence visuelle à laquelle recourt, plus d'une fois, le cinéaste.

Vaste programme...

Ce film choral a des allures d'inventaire. Tous les cas de figure y paraissent représentés. Comme d'ailleurs tous les continents. Le réalisateur et scénariste sud-africain Wayne Kramer reprend à sa façon la formule qui a fait le succès de Crash et de Traffic. Le talent en moins. Aussi, plutôt que de créer un effet de synergie, l'assemblage de toutes ces histoires laisse-t-il une impression de dispersion.

Le cinéaste semble s'être perdu dans un sujet trop grand pour lui.

Nourri de bonnes intentions, il essaie de tout dire, de tout montrer. Évoquer la responsabilité et le devoir des agents fédéraux. Montrer du doigt la discrimination et les injustices. Parler de ce qu'il en coûte pour certains de vouloir améliorer leur qualité de vie. Sacraliser la cérémonie de naturalisation.

Le sujet est complexe, l'approche simpliste. Sur de telles bases, peut-être aurait-il été préférable de tourner une série ou un documentaire.

Crossing over n'a pas de centre de gravité. Pas d'âme. Vu son statut de vedette, on est tenté de conclure que le vénérable Harrison Ford sera ce pivot dramatique. Son personnage est associé à la disparition d'une jeune femme et au meurtre d'une autre. Deux histoires sordides.

Lorsque ces affaires sont résolues, le film apparaît plus bancal que jamais. Car ce n'est pas terminé. Le cinéaste doit encore donner leur juste part de temps-écran à chacun de ses personnages. Exercice laborieux auquel il s'emploie jusqu'à ce que l'intérêt du spectateur se soit évaporé. Complètement.

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