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«12»

Douze Russes en colère

Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Mise à jour le vendredi 20 mars 2009 à 15 h 17

cote du film : 3

Une critique de Michel Coulombe

Les 12 jurés du film de Mikhalkov

Twelve angry men (Douze hommes en colère) a d'abord été joué à la télévision. Il y a 55 ans. Trois ans plus tard, un réalisateur venu de la télévision, Sidney Lumet, portait le scénario de Reginald Rose au grand écran, avec, notamment Henry Fonda.

Bien qu'il n'ait pas fait courir les foules, le film est devenu, avec le temps, un classique du cinéma américain. Depuis lors, le texte a de nouveau été porté au petit écran. Il a aussi été joué de nombreuses fois à la scène.

Une joute verbale différente

C'est au tour d'un cinéaste russe, Nikita Mikhalkov, d'en tirer un film. Très différent de l'original. Dans 12, un jeune Tchétchène est accusé du meurtre de son père adoptif. Comme il s'agit d'un officier russe, cela complique les choses.

Il reviendra aux douze membres du jury d'établir le verdict de façon unanime. D'emblée, onze d'entre eux croient le jeune homme coupable. Un seul juré l'estime innocent. La discussion peut commencer.

Une joute verbale. Voilà exactement en quoi consiste cette histoire. Un premier juré argumente. Un deuxième dévoile un pan de sa vie. Un troisième relève un détail de la preuve. Et voilà qu'un quatrième change son fusil d'épaule.

Un film russe

Le réalisateur de Soleil trompeur, Les yeux noirs et Anna 6-18 s'est complètement approprié le scénario d'origine. Pour en faire quelque chose de profondément russe. Aussi est-il question des membres du parti communiste, d'un camp en Sibérie, des gens du Caucase, de Moscou qui a beaucoup changé et du conflit en Tchétchénie.

À l'exception d'un bref prologue et de la sortie des membres du jury, le film de 1957 était un huis clos. Pareil corset ne convient pas à Nikita Mikhalkov.

L'accusé du film « 12 »

L'accusé danse dans sa cellule pendant qu'il se remémore qu'il a dansé quand il était enfant.

Parallèlement aux délibérations, il illustre la vie de l'accusé. La mort de ses parents. La rencontre de son père adoptif. Ce qu'il fait dans sa cellule. Le film y gagne en profondeur. Il y perd en tension dramatique.

Nikita Mikhalkov n'aurait pu, comme Sidney Lumet, confiner ses personnages dans une salle exiguë. Il lui faut un vaste gymnase, des accessoires, du mouvement, de l'action. Un jeu très physique. Il en est lui-même l'observateur puisqu'il s'est distribué le rôle du jury qui mène la discussion. Celui à qui revient le mot de la fin.

Femmes écartées

Est-ce la mise en place de cet environnement macho qui a amené le cinéaste à écarter les femmes de ce jury? En 2009, ce choix paraît bien contestable. Quelques-unes d'entre elles auraient pu s'asseoir à la table de ce chirurgien, de cet homme d'affaires et de ce chauffeur de taxi sans que l'intrigue y perde au change. Rétrograde.

Dans son emportement, dans sa volonté de donner de l'ampleur à la mise en scène, le cinéaste russe en fait parfois trop. Lorsque les membres du jury s'emparent de l'arme du crime, la reconstitution conduit à des emportements peu justifiables. Lorsqu'il y a une panne de courant, il installe des changements d'éclairage exagérément dramatiques.

Tantôt emballant, tantôt exaspérant

Pas étonnant que le film fasse plus de deux heures trente. Une heure de plus que l'original. Avec des hauts et des bas. Tantôt emballant, tantôt exaspérant. N'empêche, à la toute fin, on doit convenir que l'adaptateur a eu raison de saisir ce drame judiciaire à bras-le-corps. Avec la Tchétchénie en toile de fond, on comprend, un demi-siècle plus tard, que ces douze hommes puissent être en colère.

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