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Biographie

Redécouvrir Dédé

Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Mise à jour le vendredi 13 mars 2009 à 8 h 27

cote du film : 3.5

Une critique de Michel Coulombe

Des deux côtés de l'Atlantique, les films biographiques ont la cote. Le cinéma s'intéresse tout particulièrement aux personnalités du monde musical. Édith Piaf chez les Français. Johnny Cash chez les Américains. Bientôt, John Lennon, Miles Davis, Serge Gainsbourg et Yves Montand revivront au grand écran. Au Québec, il y a eu Alys et il y aurait bientôt Gerry. En attendant, voilà Dédé. Dans un film de Jean-Philippe Duval.

Dédé à travers les brumes

Photo: Pierre Dury

Dédé, c'est-à-dire André Fortin, le chanteur des Colocs. Sa vie n'avait rien d'exceptionnel. Des études en cinéma. Des amis qui font de la musique. Des chansons remarquées qui mènent à un disque. La renommée, mais pas la richesse. Un ami qui meurt du sida. Des rencontres et des infidélités. Un dernier disque dont la mise au monde est difficile. La ferveur indépendantiste. La désillusion post-référendaire. Le suicide comme porte de sortie. En mai 2000. Cela fait moins de neuf ans.

Souvent, les films biographiques s'organisent autour d'un pivot dramatique, un moment charnière. Dans Walk the line, c'est Johnny Cash qui donne un spectacle en prison. Dans Dédé à travers les brumes, il s'agit de l'enregistrement de Dehors novembre. Ce choix narratif met l'accent sur la création. Il permet de découvrir les gens qui gravitent autour du chanteur, notamment les membres des Colocs, un groupe à géométrie variable. Cela permet aussi de confronter André Fortin à différents moments de sa vie. Séparation, trahison, amitié inconditionnelle, engagement social.

Ce qui fait la force de ce film, c'est d'abord le choix de l'acteur principal. Non seulement Sébastien Ricard interprète Dédé Fortin, le fait revivre à l'écran, mais il le chante. De manière très crédible.

Marion Cotillard a joué Piaf sans reprendre son répertoire. Sébastien Ricard, qui domine la distribution, remporte ce pari haut la main. Ce qui, aujourd'hui, paraît aller de soi. Comment ne pas établir une filiation naturelle entre le Batlam de Loco Locass et le Dédé des Colocs.

Dédé à travers les brumes

Photo: Pierre Dury

16 chansons et une foule de détails

Dédé à travers les brumes est un long film. Deux heures vingt. Plutôt que de s'en tenir au coeur dramatique du film, autour de Dehors novembre, le cinéaste a voulu accompagner le chanteur jusqu'à son dernier souffle. Il n'y manque rien. Le concert sur les Plaines à Québec. Le repli sur soi. Le suicide. Les fleurs des admirateurs sur le pas de sa porte, rue Rachel. Ainsi en va-t-il de ce drame biographique.

On pourrait s'en tenir à une poignée de chansons des Colocs, les incontournables. Non, on en reprend seize. Et on les fait entendre de toutes les façons. En gestation, en répétition, en studio, sur scène et même sous forme de clip. D'ailleurs, le film commence par un clip animé (très réussi) qui plonge immédiatement le spectateur dans l'univers musical des Colocs.

Le scénariste et réalisateur Jean-Philippe Duval a pris ce Dédé tourmenté, passionné, inspiré, énergique, à bras-le-corps. Dix ans après son premier long métrage, Matroni et moi, il revient à la fiction en grande forme et par la grande porte. Celle de la création.

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