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«Je me souviens»

La résurrection d'André Forcier

Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Mise à jour le lundi 9 mars 2009 à 13 h 33

cote du film : 3

Une critique de Michel Coulombe

On finissait par ne plus y croire. Même qu'on avait, sans trop l'avouer, cessé d'espérer. Depuis des années déjà, les films du cinéaste André Forcier n'étaient pas à la hauteur de ses oeuvres des années 70 et 80. Les Bar salon, L'eau chaude l'eau frette, Au clair de la lune.

La comtesse de Bâton Rouge n'avait pas les moyens de ses ambitions. Les États-Unis d'Albert laissait voir un fossé immense entre l'imaginaire du cinéaste et sa transposition à l'écran. Acapulco Gold était tout au plus une forme de blague dont il ne reste aujourd'hui plus de traces. Bref, il était temps qu'il se produise quelque chose.

Et le miracle vint...

Je me souviens

Roy Dupuis et Hélène Bourgeois-Leclerc

Justement, voici Je me souviens. Variation caustique sur la devise nationale. Exploration moqueuse d'une époque et des travers de la société québécoise.

Un homme se souvient. Il raconte son enfance en Abitibi. Son père qui tente de mobiliser ses collègues mineurs pour former un syndicat. Sincennes opposé symboliquement à Bombardier. Sa mère, standardiste, qui enregistre les conversations compromettantes de Maurice Duplessis avec Monseigneur. Sa demi-soeur Némésis demeurée muette jusqu'au jour où elle se met à l'apprentissage du gaélique. Le cinéma de Forcier collectionne depuis longtemps les enfants étranges.

Oeuvre en noir et blanc

Je me souviens est en noir et blanc. Ce choix esthétique rappelle que l'histoire se passe dans les années 40 et 50. Le cinéaste dresse, à sa manière, le portrait du Québec sous la « grande noirceur » duplessiste. En y ajoutant une touche fantaisiste, et du mordant. Aucun risque de confondre le 11e long métrage d'André Forcier avec
Le curé de village ou Le rossignol et les cloches.

Dans Je me souviens, il est question de la syndicalisation des travailleurs, du pouvoir économique des anglophones, de l'exploitation des orphelins de Duplessis et de la collusion entre l'Église catholique et le gouvernement québécois. De l'émancipation des peuples et des pulsions sexuelles de ses citoyens.

Le cinéaste signe son film le plus politique, jetant un pont entre les revendications identitaires des Québécois, les Canadiens français, et celles des Irlandais.

Une distribution prestigieuse

André Forcier a une quarantaine d'années de métier. Néanmoins, il a tourné son film avec les moyens du cinéma artisanal. Aussi, il n'offre pas une reconstitution historique très soignée.

En revanche, il s'est entouré d'une distribution impressionnante. Céline Bonnier et Roy Dupuis. France Castel et Michel Barrette. Pierre-Luc Brillant, David Boutin, Rémy Girard, Hélène Bourgeois-Leclerc, Gaston Lepage et Mario Saint-Amand. Cela fait beaucoup de personnages.

Ce film n'est pas sans défaut. Raideur de la mise en scène. Manque de naturel de certains dialogues. Rebondissements dramatiques sortis de nulle part. Narration sur un ton lymphatique assurée par le cinéaste. Jeu parfois outrancier (France Castel!). Inutile vulgarité. Recours peu convaincant à la musique classique.

Pourtant, on a bel et bien l'impression de retrouver André Forcier. Son humour décalé, sa poésie, sa nature irrévérencieuse. Il ne sera donc plus nécessaire de parler de lui en recourant à la devise du Québec. Je me souviens...

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