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Cinéma Documentaire

Un manifeste contre le droit d'auteur

Mise à jour le jeudi 26 février 2009 à 10 h 39

Un texte de Lili Marin

Rip: remix manifesto

Photo: Bridget Maniaci © 2008 EyeSteelFilm

Rip: remix manifesto

Plutôt que de protéger les créateurs, comme c'était son but à l'origine, la loi actuelle sur la propriété intellectuelle entrave leur créativité, de même que le progrès scientifique. C'est ce que démontre RiP: remix manifesto, un film inventif réalisé par le Montréalais Brett Gaylor.

Il part du cas de son artiste préféré, Girltalk, qui fait du recyclage musical en composant de nouvelles chansons à partir d'échantillons de grands succès. Une pratique totalement illégale, en vertu du copyright.

En fait, pour qu'un album comme le sien respecte la législation américaine, plus de un million de dollars en droits d'auteurs auraient dû être versés aux maisons de disques et aux distributeurs des pièces originales utilisées.

Pour le cinéaste, cela est aussi absurde que les poursuites intentées contre les particuliers qui ont téléchargé de la musique gratuitement. Il montre l'exemple d'une mère monoparentale du Minnesota, condamnée à payer des amendes atteignant plus de 100 000 $ pour l'équivalent de deux disques qui ne lui auraient pas coûté 30 $ dans une grande surface.

Brett Gaylor a aussi rencontré un bédéiste poursuivi par Disney pour avoir détourné l'image de Mickey Mouse et créé le Mouse Liberation Front, un mouvement artistique subversif.

Brett Gaylor

Photo: Mark Elam

Brett Gaylor

RiP: remix manifesto démontre que, de tout temps, les artistes ont puisé dans les oeuvres passées pour créer. Le groupe Led Zeppelin a ainsi repris un air popularisé par Muddy Waters. Ce n'est qu'au XXe siècle qu'un oligopole américain, c'est-à-dire un petit groupe constitué aujourd'hui de six grands studios et de quatre étiquettes de disques, a tenté d'avoir la mainmise sur les idées et les images. Parallèlement, du côté scientifique, on a breveté tout et n'importe quoi, y compris le vivant, freinant la recherche.

Cinématographiquement, le film de Brett Gaylor use énormément du collage et de l'animation, dans un montage ultrarapide, qui a nécessité plus de neuf mois de travail. Il prend également un malin plaisir à détourner des archives ou encore à reconstituer la chanson Imagine, de John Lennon, avec la voix de George W. Bush.

Pour déployer son argumentation, il se sert du principe de l'usage loyal des oeuvres et de la liberté d'expression. Il appelle d'ailleurs le public à remixer son film sur le web.

Le copyleft

Le réalisateur, né en même temps qu'Internet, prétend que le copyleft (un système plus ouvert que le copyright qui permet de diffuser, de commercialiser et de modifier librement un contenu) représente l'avenir de l'art et de la culture. Il souhaite un nouveau modèle économique, prenant l'exemple du Brésil, qui a fait tomber les brevets des médicaments contre le sida afin de soigner plus de gens.

Ironiquement, Brett Gaylor laisse la parole à un conseiller de l'ancien président américain qui se demande si l'administration n'aurait pas dû miser sur la protection de l'environnement plutôt que de la propriété intellectuelle.

RiP: remix manifesto
À l'auditorium de la Grande Bibliothèque, le 25 février à 16 h, suivi d'une conférence avec des experts en droit d'auteur et en production multimédia (dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois)
En salle, dès le 6 mars

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