Jeudi 16 janvier 2014 15 h 46 HNE

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Festival des films du monde

Un Banquet désenchanté

Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

cote du film : 3

Une critique de Michel Coulombe

La banquet

Photo: Alliance Vivafilm

Le banquet est le troisième long métrage de Sébastien Rose. Le cinéaste québécois s'est d'abord intéressé aux rapports familiaux et à la façon dont les hommes de sa génération mènent leur vie. Son premier film s'intitulait Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause. Le second, La vie avec mon père. La mère, le père. Avec son troisième film, le cinéaste s'intéresse toujours à la transmission. Il élargit ses champs d'intérêt.

Les personnages du Banquet traversent une période de turbulence. Une mère célibataire cocaïnomane est à court d'argent. Deux leaders étudiants opposés l'un à l'autre tentent de rallier leurs troupes au moment d'affronter le gouvernement. Un professeur est ébranlé par le harcèlement d'un étudiant insaisissable et perturbé. Un recteur joue les Machiavel en coulisse. Les destins de tous ces individus sont étroitement liés.

La montée du chaos

Le film s'organise autour d'un événement dramatique dont il est préférable de ne pas connaître la teneur pour apprécier le film. On l'entraperçoit en ouverture du film sans connaître précisément la nature, un type d'accroche narrative de plus en plus fréquent.

Qu'importe ce qui suivra, s'il y a une chose dont on est absolument certain, c'est que l'ordre a fait place au chaos. À cela, le discours fédérateur du recteur lors d'un banquet ne changera rien. L'heure est aux manifestations, à la répression policière, à la contestation de l'ordre établi.

Sébastien Rose a coscénarisé ce film avec son père, Hubert-Yves Rose, professeur de cinéma. Père et fils sont cinéphiles. Aussi font-ils plusieurs références au cinéma québécois. Ce qui va de soi, puisque le personnage du professeur enseigne le cinéma. Au tableau, on a écrit les noms des Jutra, Brault, Groulx et Labrecque.

Dans le décor, une photographie d'Hubert Aquin. Le cinéaste insère dans son film des extraits de classiques du cinéma québécois. Le chat dans le sac et 24 heures ou plus de Gilles Groulx. Mon oncle Antoine de Claude Jutra et Pour la suite du monde de Michel Brault et Pierre Perrault. Le film est notamment accompagné de la musique de John Coltrane. Encore Le chat dans le sac.

On peut aussi relier ce film à un court métrage de Sébastien Rose. Dans Vous n'avez pas votre place ici, il abordait déjà la relation maître élève. Alexis Martin, le professeur du Banquet, était de la distribution. Le film rappelle également un film québécois populaire des années 70, Bingo de Jean-Claude Lord. Il y était déjà question d'agitation sociale et de la récupération des activistes.

Réflexion désenchantée

Le film se divise en deux parties distinctes. Il prend d'abord l'apparence d'une oeuvre chorale où l'on suit, en parallèle, les parcours de quelques individus. Puis un événement tragique joue un rôle de trait d'union entre les personnages.

La banquet

Photo: Alliance Vivafilm

Le banquet est à contre-courant de la cinématographie nationale. Ce drame aux couleurs de l'UQAM propose une réflexion désenchantée sur la société québécoise. Dur constat. Il y est question, notamment, de la contestation de l'enseignement, du tissu social et des liens familiaux qui se défont, de l'hypocrisie des élites, d'une illusoire liberté d'expression, de corruption, de détresse psychologique.

Projet courageux. Film ambitieux. Résultat qui ne convainc pas toujours. Ainsi en va-t-il des banquets. On y trouve souvent de bonnes choses, mais il faut apprendre à composer avec l'abondance.

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