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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Cinéma

Mise à jour le vendredi 28 septembre 2007 à 13 h 32
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Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

J'ai serré la main du diable

Roy Dupuis est Roméo Dallaire

cote du film : 3

Une critique de Michel Coulombe

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Émission

Un génocide. L'histoire récente du Rwanda est marquée par ce mot terrible. Cette cicatrice. Impossible de penser à ce pays sans revoir l'image de centaines de milliers de victimes. Des hommes, des femmes et des enfants trouvés coupables d'appartenir à une autre ethnie. Difficile de fermer les yeux sur l'indifférence des pays occidentaux.

Cette tragédie a déjà inspiré quelques films. Il y a eu Hotel Rwanda. Le film québécois Un dimanche à Kigali, inspiré d'un roman de Gil Courtemanche. Le film anglais Shooting Dogs. Aujourd'hui, un cinéaste canadien, Roger Spottiswoode, transpose à l'écran le récit de l'un des acteurs les plus importants de cette triste page d'histoire, le lieutenant-général Roméo Dallaire.

Un regard extérieur

Comme d'autres films portant sur le sujet, celui-ci adopte le point de vue d'un étranger. Ni Hutu ni Tutsi. Regard extérieur auquel le spectateur étranger au Rwanda arrive, peut-être plus aisément, à se référer. Ce qu'il y a de différent cette fois, c'est que l'homme qui relate les événements y a joué un rôle capital. Il a rencontré les chefs rivaux. Il a été l'interlocuteur des Nations Unies. Il a vu Kigali se faire prendre en otage par une horde de meurtriers. Et il s'est senti coupable et impuissant. Voilà, à la fois, la force et la faiblesse de cette adaptation du livre publié par Roméo Dallaire.

Le tournage de Shake hands with the devil s'est déroulé au Rwanda, là même où s'est produit le génocide.

Photo: Filmes Séville

Le tournage de Shake hands with the devil s'est déroulé au Rwanda, là même où s'est produit le génocide.

Pas de doute, le film est irréprochablement documenté. Parfois avec un souci pédagogique manifeste. En contrepartie, respectueux de la chronologie, on ne fait pas toujours les choix dramatiques qui s'imposent. Par contre, on a bel et bien fait un choix linguistique. L'anglais prévaut. Le français est réservé aux échanges avec les Rwandais, de même qu'aux moments d'exaspération du personnage principal.

Pivot dramatique décevant

Le film s'organise autour d'un pivot dramatique qui, au final, se révèle plutôt décevant. À plusieurs reprises on voit un Roméo Dallaire ébranlé. On entend son monologue intérieur. Celui d'un homme tourmenté. Dans ces scènes, Roy Dupuis ressemble à s'y méprendre au célèbre militaire canadien. Comme lorsqu'il a chaussé les patins de Maurice Richard, l'acteur, est particulièrement convaincant dans les scènes silencieuses. Il sait donner du poids à ses silences, qu'il teinte de colère, d'abattement, d'inquiétude, de détermination. Autour de Roy Dupuis, il faut bien le dire, le reste de la distribution se fond dans le décor.

Shake hands with the devil est un film bien conventionnel d'où rien ne ressort. Pas plus le filmage que le montage ou la mise en scène. Et pourtant, cette histoire compte plusieurs moments forts. La rencontre avec un homme qui avoue vouloir tuer Roméo Dallaire. L'image fugitive de cette femme qui glisse dans une flaque de sang puis se redresse ensanglantée. Ces corps décomposés découverts sous un petit pont de bois. Les rues jonchées de cadavres qu'il faut déplacer pour pouvoir circuler. Voilà tout le paradoxe de Shake hands with the devil. Un sujet fort, un récit sincère, un acteur talentueux, des scènes très prenantes et pourtant, rien de plus qu'un film correct.

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