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La logique historique est la même

Mise à jour le vendredi 26 juin 2009 à 15 h 44

Un texte de Richard Raymond

Bertrand Dicale, la couverture de ses deux derniers livres

Photo: Luc Lavigne

Bertrand Dicale, la couverture de ses deux derniers livres

C'est le champion toute catégorie de la culture populaire. Bertrand Dicale en parle avec fougue et passion. En entrevue avec Radio-Canada.ca, ce colosse d'environ 1 m 90, né d'une mère auvergnate et d'un père guadeloupéen, se montre aussi disert sur Serge Gainsbourg que sur Louis de Funès. Deux icônes des années 60.

Au premier, Bertrand Dicale a consacré 10 leçons à la demande de la Cité de la musique, à Paris, en 2008. Fayard/Chorus ont regroupé dans un livre ces leçons sur l'auteur compositeur de Je t'aime... moi non plus. Le second a fait l'objet d'un biographie en règle, Louise de Funès, Grimaces et gloire.

Avant eux, il avait croisé le destin de Juliette Gréco, expliqué la chanson française aux nuls et écrit l'histoire du Printemps de Bourges.

De l'importance de la culture populaire

La culture populaire, pour Bertrand Dicale, c'est important.

La culture populaire, c'est l'autoportrait des sociétés.

— Bertrand Dicale

Il fait de la culture savante une exception, une culture qui nous arrache à notre quotidien, qui est censée nous dépasser et nous faire nous dépasser. Les Variations Goldberg, de Bach, en sont un bon exemple. Si cette musique est plus sublime que notre vie, la culture populaire, au contraire, est à notre niveau, selon le journaliste.

Mais le travail sur les icônes de la culture populaire force le chercheur à se pencher sur la société.

La carrière de De Funès ne peut pas être comprise si on ignore un fait tout simple: c'est qu'entre le premier film et le dernier film que tourne De Funès, le cinéma français a perdu la moitié de ses spectateurs. Au profit de la télévision.

— Bertrand Dicale

Bertrand Dicale

Bertrand Dicale

Cette grave crise du cinéma des années 60 équivaut à la crise actuelle de l'industrie du disque.

Les producteurs continuent de gagner gros, mais les cinémas de quartier ferment un à un parce que les habitudes des Français changent.

Cette crise dans l'économie du cinéma trouve ses pendants dans les autres secteurs de la société française.

Et c'est justement cette société en crise, dit le journaliste, qui permet à Louis de Funès de devenir une vedette.

Le comique de De Funès, c'est un comique du mâle en crise.

— Bertrand Dicale

Les grandes vacances, L'homme-orchestre, Sur un arbre perché et Oscar, notamment, montrent un père de famille confronté aux folies et aux désirs de liberté de ses enfants, précise Bertrand Dicale. Même chose pour l'autorité. La mise en cause de toutes parts de ses modèles crée le succès de la série Les gendarmes.

L'un monte, l'autre stagne

Si les années 60 consacrent le comédien d'ascendance espagnole qui s'inscrit dans le courant, elles ignorent, pour ainsi dire, l'auteur-compositeur-interprète d'ascendance russe, Serge Gainsbourg, le marginal.

Une bonne partie de l'oeuvre de Gainsbourg, qui aujourd'hui semble incarner toute la quintessence des années 60, dans les années 60, c'est marginal. Ce n'est pas assez dans le ton de l'époque pour s'intégrer à l'époque. Aujourd'hui, ça finit par représenter l'époque.

— Bertrand Dicale

L'exemple de La javanaise permet de comprendre ce paradoxe. Bien que l'oeuvre soit aujourd'hui « considérée comme une des plus grandes chansons d'amour de l'histoire de la chanson française », Bertrand Dicale n'hésite pas à la qualifier de bide des années 60. Il dit avoir passé une semaine, à raison de huit heures par jour, à la Bibliothèque nationale de France, à chercher une mention de ce titre dans la presse française. Rien.

Pourtant, ajoute le journaliste, cette chanson contribue, au même titre de que nombreuses autres, à faire du chanteur un génie.

Quand il meurt, il n'est qu'un chanteur extrêmement populaire, ce n'est pas encore un génie. Aujourd'hui, c'est un génie. Comment se fait-il que, depuis sa mort, Gainsbourg soit devenu un génie? C'est ça qui m'a intéressé dans Gainsbourg en 10 leçons.

— Bertrand Dicale

Le génie reconnu aujourd'hui à Gainsbourg n'est-il qu'un leurre? Car, comme le souligne Bertrand Dicale, on reconnaît du génie à l'auteur, et surtout au compositeur, parce qu'il a abordé tous les genres. De la chanson rive-gauche, il passe au jazz, avec des incursions dans la bossa nova, la world music, la variété populaire, le yéyé, la pop, la grande chanson classique, le reggae et le funk.

Si Gainsbourg a fait tout ça, c'est que, régulièrement, ces nouvelles pistes étaient des impasses. Cette trajectoire est une trajectoire dans laquelle il épouse successivement des genres différents, c'était une trajectoire d'échec.

— Bertrand Dicale

Pourquoi l'époque de Gainsbourg dont il était si près par les thèmes et les musiques qu'il a expérimentées est-elle passée à côté de l'artiste? Bertrand Dicale n'a pas de réponse.

Il a la modestie d'admettre que, pour lui, c'est un mystère.

Il est à noter que Louis de Funès, Grimaces et gloire ne sera pas en vente sur le marché québécois avant l'automne.

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