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Danse

Kiss Bill 2: la violence ridiculisée

Lili Marin est journaliste à Radio-Canada.ca.

Mise à jour le lundi 9 février 2009 à 10 h 38

cote du film : 3.5

Une critique de Lili Marin

Contrairement aux films d'action, les chorégraphies et les pièces de théâtre ont rarement une suite. Il est aussi rare qu'un spectacle porte sur la violence au cinéma. Tel est le cas de Kiss Bill, une satire du septième art devenu machine à imprimer de l'argent, dont la seconde version arrive avec une nouvelle fin.

Remarquez, c'est ce que prétend le communiqué, auquel on doit humblement se fier, vu qu'on avait raté la première édition, présentée en décembre 2007. Impossible, en effet, de se payer un rattrapage en DVD, les arts de la scène, et la danse en particulier, étant par nature éphémères. Cependant, le souvenir de la fameuse Lettre d'amour à Tarantino, qu'avait signée Paula de Vasconcelos dix ans plus tôt, demeurait assez vif pour susciter de grandes attentes.

Kiss Bill 2 les a-t-elle comblées? Oui et non. Oui pour la direction artistique impeccable, pour l'humour cynique et pour le romantisme plus fort que tout. Non pour les enchaînements qui s'étiolent et pour le manque de clarté de la proposition chorégraphique de la deuxième moitié du spectacle.

Kiss Bill

Photo: Paul-Antoine Taillefer

Kiss Bill

Parce que cela commence assez fort, dans un décor oriental minimaliste rappelant celui du diptyque cinématographique Kill Bill, de Tarantino. Sylvie Moreau joue une productrice totalement adaptée à la société de surconsommation, qui détaille l'agenda ultrachargé de son protégé (Alexandre Goyette), un cinéaste en panne d'inspiration. Grinçant.

Puis, apparaissent des danseurs, comme si se matérialisait la rêverie dans laquelle il plonge par désintérêt pour son emploi du temps. Ces hommes en noir imitent de manière grotesque les protagonistes de ces films dont le principal moteur est le combat. La chorégraphe parvient facilement à en démonter la mécanique: au ralenti, détachés, ces mouvements deviennent ridicules.

Kiss Bill

Photo: Paul-Antoine Taillefer

Kiss Bill

À l'opposé, elle confère grâce et douceur à la figure féminine, qui s'avère une évocation pulpeuse d'Uma Thurman (la mariée des deux Kill Bill). Natalie Zoey Gauld impressionne par sa précision et sa sensibilité à fleur de peau, à laquelle les interprètes masculins ne font malheureusement pas écho de manière égale.

Cela entraîne d'ailleurs quelques décrochages. Et quand les comédiens entrent dans la danse, l'effet Match des étoiles prend malheureusement le dessus, c'est-à-dire que la vedette attire l'attention, alors que c'est elle qui maîtrise le moins la chorégraphie.

Cela dit, la poésie s'impose néanmoins lorsque cet univers froid et macho bascule dans la lumière de la forêt, bercée par la chaude voix d'Henri Salvador. Même le personnage de Sylvie Moreau (qui rappelle celui qu'elle incarnait dans le film Les aimants) laisse affleurer sa vulnérabilité.

On aurait souhaité que le discours, le geste et la musique, qui tissaient avec rigueur un motif critique dans la première partie, esquissent avec autant de cohérence la vision de l'auteure, qui prône la compassion.

Kill Bill 2e édition

  • Textes: Alexandre Goyette, Sylvie Moreau et Paula de Vasconcelos
  • Poème de l'amour: Évelyne de la Chenelière
  • Mise en scène et chorégraphies: Paula de Vasconcelos
  • Interprétation: Kleber Candido, Natalie Zoey Gauld, Alexandre Goyette, Sylvie Moreau, Laurence Ramsay, David Rancourt et Edward Toledo
  • Scénographie et costumes: Anne-Marie Veevaete et Paula de Vasconcelos
  • Lumière: Michel Beaulieu
  • À l'Usine C, jusqu'au 14 février

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