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Théâtre

Louise Marleau canaille et raffinée

Lili Marin est journaliste à Radio-Canada.ca.

Mise à jour le mardi 20 janvier 2009 à 12 h 28

cote du film : 3.5

Une critique de Lili Marin

Affiche de La femme française et les étoiles

Photo: Robert Étcheverry

Affiche de La femme française et les étoiles

Une grande actrice, un mime et une centaine de billets doux embrasent la scène de l'Espace libre, converti en boudoir des années folles. Ce spectacle unique, joliment intitulé La femme française et les étoiles, s'avère à peu près à la hauteur des attentes provoquées par son affiche.

Comme sur la photo, Louise Marleau s'impose, altière, et le désir pour le corps masculin se trouve au coeur du propos. À la fois surréaliste et féministe avant l'heure, le texte du poète Louis Aragon dégage un parfum délicieusement suranné, mais pourtant pas dépassé.

Billets sulfureux

Après la mort tragique de son amant, une femme relit les lettres qu'elle lui a adressées de sa main tremblante - nous sommes encore à l'époque de la plume. Cependant, si le mode d'écriture est traditionnel et la langue précieuse, le fond demeure étonnamment moderne, bien qu'une révolution sexuelle soit survenue depuis que ces mots sulfureux ont été couchés sur papier.

C'est que la femme prend les devants et ose énoncer des audaces qu'habituellement seuls les hommes se permettent, comme suivre un inconnu ou vouloir tout savoir de ses incartades avec d'autres. Malgré son côté canaille, elle tient la vulgarité en horreur. Et si le mime qui parasite l'espace scénique illustre parfois de manière assez graphique ce dont il est question, jamais La femme française et les étoiles ne bascule dans la grossièreté.

Louise Marleau et Pau Bachero

Photo: Robert Etcheverry

Louise Marleau et Pau Bachero

L'esprit incarné par le Catalan Pau Bachero ajoute de la légèreté et de l'humour au spectacle. Avec ses fesses rebondies, il lui procure une matérialité, tout en le complétant avec poésie. Pas forcément collé aux répliques de Louise Marleau, il s'intègre avec bonheur dans cet univers cousu d'ellipses. Il aide d'ailleurs la machine à atteindre sa vitesse de croisière, après un démarrage un peu lent.

Beauté des formules

Le décor, avec une toile de fond digne de Magritte, et la trame sonore, avec des bruits de gare, puis du Piaf sur un phonographe, comblent les creux dans l'histoire. Quelques images se détachent de l'ensemble comme des tableaux. Ainsi, Louise Marleau alanguie rappelle prodigieusement La femme au canapé, de Van Dongen (à qui le Musée des beaux-arts de Montréal consacrera une exposition au cours des prochains mois).

Outre la beauté des formules, qui usent du subjonctif imparfait avec coquetterie (« que le désir ne fusse trop vif », « que je me défendisse », etc.), on retiendra l'étrange chimie entre cette femme en pleine possession de ses moyens et cet homme coquin dans le silence.

La femme française et les étoiles

  • Texte: Louis Aragon
  • Mimographie et maîtrise d'oeuvre: Jean Asselin et Marie Lefebvre
  • Interprétation: Louise Marleau et Pau Bachero
  • Scénographie et régie: Geoffrey Levine
  • Costumes et accessoires: Sharon Scott
  • Vidéo: Eddie Rodgers


  • À l'Espace libre, jusqu'au 7 février

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