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Théâtre

Roche, papier, couteau...: la fin de l'innocence

Josée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada.

Mise à jour le lundi 12 novembre 2007 à 12 h 13

Aucun
cote du film : 3

Une critique de Josée Bilodeau

Quatre jeunes exilés échouent dans un village imaginaire du Grand Nord, quelque part entre Atvitam et Ternam, après avoir été enfermés tout un mois dans un conteneur. La seconde pièce de Marilyn Perreault porte une histoire étrange et rude, dérangeante, où le travail sur la langue finit malheureusement par prendre trop de place.

D'autres apatrides

L'auteure avait écrit en 2003 Les apatrides, une pièce qui avait valu au Théâtre I.N.K deux Masques, dont celui de la révélation. Avec Roche, papier, couteau..., Perreault signe une autre histoire d'apatrides aux personnages forts, beaucoup plus sombre cette fois, qui trouve des échos dans une actualité faite d'incompréhensibles explosions de violence chez des jeunes: Colombine, Dawson, Virginia Tech...

Dans un village perdu de « 500 armes » où on se réchauffe à la « vodel » et où on trompe l'ennui avec des sacs de colle, ces quatre « vieux jeunes » de 12 à 17 ans, exilés d'une métropole de Brusquie, sont pris en charge par Mielke, la seule à parler « brusque » dans ce paysage rocheux balayé par les vents hostiles. Au fil des leçons données par Mielke, nous est révélé l'inconcevable secret de ces jeunes en fuite.

Le déséquilibre

Roche, papier, couteau

Photo: Mathieu Rivard

Du plancher incliné de la scène qui force les comédiens à bouger différemment, jusqu'à la langue inventée, un français à la syntaxe étrangement tordue, aux images parfois lourdes, Roche, papier, couteau... exprime le déséquilibre. Le déséquilibre intérieur des personnages, du monde d'où ils viennent, de celui où ils échouent. Le déséquilibre des forces, des sentiments, des chances.

L'auteure aime bien tordre la langue et créer des images inattendues qui nous attrapent au détour d'une réplique. Mais quelque chose semble forcé cette fois dans cette langue juste à eux, qui n'est ni jolie ni toujours efficace. La langue détourne souvent l'attention et demande aux acteurs une gymnastique difficile à soutenir. La distribution compte pourtant de bons éléments, dont Catherine-Amélie Côté, prenante dans ce rôle d'éclopée, et Ève Gadouas, dont la froide distance laisse deviner des drames enfouis.

Le décor exigu de cabane créé par Vaho Hotton, les riches éclairages de Martin Gagné, les éclatants costumes conçus par Sarah Balleux et l'efficace environnement sonore de Martin Marier soutiennent parfaitement la mise en scène équilibriste de Marc Dumesnil, où les déplacements des corps sont finement organisés et où les images fortes abondent. Tous ces éléments agencés de façon organique contribuent à l'atmosphère oppressante qui traverse la pièce, jusqu'à la finale, un peu maladroite, où une clé de trop nous est donnée.

Marilyn Perreault affirme que sa pièce n'est pas calquée sur les réalités du Grand Nord, mais on ne peut s'empêcher de penser aux problèmes que rencontrent certaines de ces communautés isolées, à commencer par la détresse des jeunes, incapables de se projeter dans l'avenir, et la toxicomanie, fléau très répandu.

Roche, papier, couteau...
Texte: Marilyn Perreault
Mise en scène: Marc Dumesnil
Avec Éloi ArchamBaudoin, Catherine-Amélie Côté, David-Alexandre Després, Ève Gadouas et Annie Ranger
Une production du Théâtre I.N.K.
Salle Jean-Claude Germain
du 6 au 24 novembre

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