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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

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Mise à jour le vendredi 9 novembre 2007 à 17 h 41
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Jeu vidéo

Passion: directeur de la création

Un texte de Claude Couillard

Patrice Désilets, directeur de la création à Ubisoft Montréal

Photo: Luc Lavigne

Patrice Désilets, directeur de la création à Ubisoft Montréal

Si Patrice Désilets était réalisateur de films, il serait sans doute aussi connu mondialement que son compatriote Denys Arcand.

Le Montréalais de 33 ans exerce un métier de l'ombre, un métier palpitant et influent, celui de directeur de la création de jeux vidéo à Ubisoft Montréal.

Il a notamment conçu le troisième volet du jeu Tom Clancy's rainbow six, dont la série complète s'est vendue à 16 millions d'exemplaires.

ll a aussi signé Prince of Persia: sands of time, autre succès du géant français Ubisoft. Le jeu vidéo s'est écoulé à lui seul à plus de 3 millions d'exemplaires.

En 2004, ce logiciel d'action et d'aventures a raflé une flopée d'Oscars du jeu vidéo, dont:

  • 8 prix de l'Academy of Interactive Arts and Sciences
  • 2 Game Developers Choice Awards
  • l'Imagina Games Award du meilleur chef de projet

Quand Denys Arcand gagnait ses prix avec Les invasions barbares, ma mère me disait: "On ne parle jamais de vous et, pourtant, vous remportez des prix dans le monde entier". — Patrice Désilets, directeur de la création à Ubisoft Montréal

Signe de sa notoriété, le globe-trotter est régulièrement invité à prononcer des conférences. En août dernier, il s'est adressé à 5000 personnes de l'industrie réunies à Seattle aux États-Unis.

Image tirée du jeu vidéo Assassin's creed (détail)

Photo: © 2007 Ubisoft Entertainment

Image tirée du jeu vidéo Assassin's creed (détail)

La bulle du départ

Son tout dernier bébé, Assassin's creed, est révélateur de l'ampleur et de l'importance de son travail.

Patrice Désilets a consacré plus de trois ans et demi à imaginer le jeu vidéo le plus important réalisé à ce jour par Ubisoft. Il sort le 15 novembre dans le monde entier et deux jours avant aux États-Unis.

La première année s'avère cruciale. C'est à lui que revient le rôle - et le défi - de trouver le concept, la vision du jeu, que des millions d'adeptes seront un jour invités à adopter.

« Tu entres dans une bulle, explique-t-il. Tu n'es plus là. » Tel l'auteur ou le scénariste, ses idées émergent, meurent et s'entrechoquent à tout moment, le jour, le soir, le week-end, même la nuit.

Pour Assassin's creed, Patrice Désilets a eu un flash. « Je suis parti d'un jeu où le personnage principal était un prince », précise-t-il.

Je pense qu'on a écrit cinq ou six histoires différentes pour le jeu Assassin's creed. — Patrice Désilets
Le jeu <i>Assassin's creed</i> se déroule au 12e siècle, au Moyen-Orient (détail).

Photo: © 2007 Ubisoft Entertainment

Le jeu Assassin's creed se déroule au 12e siècle, au Moyen-Orient (détail).

150 amis

Au cours du processus de création, Patrice Désilets passe beaucoup de temps en séances de remue-méninges et en réunions. Ses idées sont décortiquées, testées, acceptées, rejetées, enrichies.

Il travaille alors avec divers collègues spécialistes:

  • le directeur artistique chargé de l'animation du jeu vidéo
  • le directeur artistique chargé des décors et de la modélisation
  • les directeurs techniques chargés de programmer et de réaliser le jeu
  • les scénaristes, les concepteurs de jeu, etc.

« À chaque étape, je valide, affirme-t-il. La technologie nous permet de faire des choses, et d'autres fois non. Il faut s'ajuster énormément. »

Le Montréalais se rend aussi en France à diverses étapes-clés du développement du jeu, appelées dans le jargon stage gates. « Je vais à Paris, au siège mondial d'Ubisoft, et je présente le jeu pendant 4 ou 5 heures », dit-il.

Au plus fort du projet, 150 collègues ont travaillé sur Assassin's creed. Ils représentent toute la gamme des métiers du jeu vidéo: modeleurs, textureurs, animateurs, concepteurs sonores, musiciens, ingénieurs, programmeurs, etc.

Patrice Désilets et son nouveau jeu vidéo, <i>Assassins's creed</i>

Photo: Luc Lavigne

Patrice Désilets et son nouveau jeu vidéo, Assassins's creed

Métier de gars

Patrice Désilets se prédestinait à cet univers. « Le jeu vidéo a mon âge, relate-t-il. Le premier a été commercialisé en 1974, année de ma naissance. »

À 5 ans, il aiguise déjà ses réflexes de gamer (adepte de jeux vidéo) sur l'ordinateur Apple 2 de son père mathématicien.

Après des études universitaires en cinéma et en littérature, il arrive chez Ubisoft le 2 juillet 1997, jour même de l'ouverture des bureaux du groupe français à Montréal.

De concepteur de jeu (game designer) à ses débuts, il devient vite directeur de la création.

Si les métiers d'animateur 3D, de modeleur, de concepteur et réalisateur de niveaux de jeux s'apprennent à l'école, ce n'est pas le cas du sien. « C'est la vie qui t'amène là », souligne Patrice Désilets. Son candidat doit démontrer des qualités de meneur, faire montre de vision et d'idées.

Fait intéressant, les quelque 10 directeurs de la création que compte Ubisoft Montréal sont tous des hommes.

Ubisoft Montréal emploie près de 1700 personnes.

Photo: Luc Lavigne

Ubisoft Montréal emploie près de 1700 personnes.

Ils partagent sensiblement le même profil: la jeune trentaine, employés de la compagnie française depuis des années, études ou intérêts dans des domaines liés à la création.

Patrice et ses collègues font partie de la première génération, celle qui a contribué à définir ce poste, aujourd'hui bien établi. « C'est un côté vraiment, vraiment cool du métier, confie-t-il. C'est nous qui créons l'histoire en même temps qu'on la fait. On n'a pas à se battre contre l'histoire. »

Des concurrents tentent souvent de le recruter, mais il reste fidèle au poste.

« Je ne vois pas pourquoi j'irais ailleurs, dit-il. Il y a une bonne ambiance ici. Mes patrons me respectent. Je leur ai toujours dit: "je ne suis pas ici pour la notoriété, pour l'argent. Je veux avoir le sentiment personnel que je peux tripper sur le plan créatif". Je me dis: "t'as eu le guts de réaliser le jeu Assassin's creed et ils t'ont laissé faire". »

La liberté de créer

« Je le sais la chance que j'ai de faire des projets qui coûtent des millions de dollars, sans avoir à me soucier comment l'argent va entrer, affirme le directeur de la création à Ubisoft. »

Son travail l'amène souvent à sillonner la planète. Cet automne, il a multiplié les entrevues en Europe pour promouvoir Assassin's creed. « Récemment, j'étais en Australie pour présenter le jeu, qui sera utilisé dans le monde entier par des millions de personnes », se réjouit-il.

Ubisoft

site officiel

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