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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

+ d'arts et spectacles

Mise à jour le jeudi 4 octobre 2007 à 15 h 08
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Josée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada.

Laine sans mouton

Au pays de la vraie fausse laine

cote du film : 3.5

Une critique de Josée Bilodeau

Laine sans mouton est une fable politique délicieusement absurde qui interroge le rapport des individus aux institutions, l'illusoire pouvoir du citoyen dans l'organisation sociale. Les quatre personnages principaux habitent Woolkaaptown, dont l'industrie première, la laine, connaît une crise majeure. En cette journée d'élections, chacun d'eux tentera à sa façon d'avoir un réel impact sur la société et sur la politique.

Dans le programme de la pièce, on parle d'un « nivellement par le haut ». C'est précisément ça, le théâtre de Jean-François Caron, un regard corrosif et pétillant, qui ne tombe jamais dans la facilité. Le fait de donner cette fois dans la comédie n'y change rien. Même dans le registre de la farce, l'auteur interroge le monde de façon critique. Le texte, truffé de références de différents horizons culturels (littérature, théâtre, télévision...) est un vrai plaisir, exigeant et fin, du mordant sans l'amertume.

La faute à Fidel

Laine sans mouton

Photo: Julie Artacho

Laine sans mouton

Dans un chassé-croisé quasi cinématographique, on suit les personnages:

  • une citoyenne révolutionnaire (formée à Cuba) qui, ayant perdu le goût de s'indigner avec les autres devant la télévision, décide d'agir en kidnappant le gouverneur;
  • un travesti (primé par erreur en tant que meilleure actrice par l'Académie du théâtre) inaugurant en grande pompe son nouveau théâtre;
  • un jeune électeur cherchant à vérifier l'intégrité des dirigeants avant son premier vote;
  • une Première Dame prête à tout pour redorer l'image du pays, même à orchestrer une tempête de neige artificielle en plein été.

Ces personnages sont savoureux. À eux quatre, ils arrivent à animer une ville. Les comédiens réussissent à nous faire oublier qu'ils sont (presque) toujours seuls en scène, que ce soit Marie-Josée Forget dans un impressionnant faux dialogue téléphonique ou dans une conversation insolite avec une voiture volée, ou encore Jean Turcotte, sur la corde raide dans la scène du spectacle d'inauguration du théâtre tandis que son personnage n'a pas préparé de spectacle. Et Chantal Baril, en Première Dame maniant le mensonge électoral comme elle respire, fait preuve d'un sens de la comédie remarquable.

Les concepteurs

Martin Desgagné signe une mise en scène efficace qui rend de façon limpide l'organisation de ce petit monde bavard. Le rythme particulier qu'exige une telle pièce, soutenu avec des ruptures, est la plupart du temps bien rendu et gagnera encore en précision au fil des représentations.

Pour la cohésion de cet univers farfelu, Desgagné a fait appel à une équipe de créateurs talentueux. Le décor sobre et bien pensé de Simon Guilbault se transforme au besoin sous les superbes éclairages d'Erwan Bernard (responsables de la neige qui tombe inlassablement, c'est très réussi). Les beaux costumes d'Hélène Soucis ajoutent une touche de fantaisie tout à fait dans le ton. On sort ragaillardi de cette pièce au sujet grinçant, l'air de Guantamera en tête, cette chanson dont on nous rappelle en passant les origines révolutionnaires.

Laine sans mouton, de Jean-François Caron

Mise en scène Martin Desgagné
Avec Alexandre Mérineau, Marie-Josée Forget, Chantal Baril et Jean Turcotte
Une coproduction du Théâtre Officiel del Farfadet et de Urbi et Orbi
Au Prospero, du 1er au 20 octobre

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