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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

+ d'arts et spectacles

Mise à jour le vendredi 20 octobre 2006 à 9 h 15
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Nouvelle danse

Paul-André Fortier contre les éléments

Un texte de Lili Marin

Paul-André Fortier

Photo: Martin Doucet

Celui qui fut considéré comme le chef de file des agents provocateurs de la scène artistique montréalaise, avec des chorégraphies comme Parlez-moi donc du cul de mon enfance, parvient à bousculer une convention de plus dans l'univers pourtant très évolutif de la danse.

Exit la scène douillette, le plancher résilient, la température contrôlée, les éclairages étudiés et le public captif qui a payé sa place: Paul-André Fortier présente sa dernière création, Solo 30X30 dehors.

Certes, ce projet partage avec le Théâtre de Verdure du parc Lafontaine l'objectif louable de rendre la danse contemporaine accessible à un plus large public. Il va, cependant, plus loin. « L'idée est de présenter de la danse de qualité dans un endroit inattendu, explique le chorégraphe. J'aurais pu choisir l'esplanade de la Place des Arts, devant le Musée d'art contemporain, mais les gens, à la limite, auraient été complètement indifférents. »

En s'installant deux coins de rue plus loin, à l'angle de Sainte-Catherine et de Clark, non seulement s'expose-t-il au regard ahuri des passants (et aux éléments), mais il les force à voir la ville autrement. « Je suis persuadé que beaucoup de gens ne remarquent même pas les 1 % devant les édifices. Je me pose comme un 1 % vivant. » Composée principalement de lignes, la chorégraphie donne l'impression qu'elle est liée à l'architecture du lieu. « C'est comme si cet homme qui danse prenait la mesure de son environnement. »

Paul-André Fortier

Photo: Denis Lavoie

Lorsqu'il a entrepris cette folle épopée, à la fin de l'hiver dernier, Paul-André Fortier a littéralement dansé contre vents et à marées à Newcastle, en Angleterre. Il se produisait sur le spectaculaire pont du Millénaire enjambant le fleuve Tyne.

À Nancy, en France, le temps a peut-être été plus clément, mais il n'avait pas prévu que le soleil couchant l'éblouirait. Ni que des spectateurs lui diraient que son spectacle, offert entre un stationnement, une voie ferrée et une prison, leur permettait de respirer et de prendre un peu de repos dans la grisaille.

Son pèlerinage l'a également mené à Ottawa et à Yamaguchi, au Japon, où il a notamment dû s'inspirer d'un concert improvisé de corbeaux.

Le désir de durer

Solo 30X30 revêt un caractère exceptionnel également en raison du nombre de représentations au même endroit. Contrairement à ce qui se passe habituellement lors d'une tournée, le danseur a le temps de rencontrer des gens dans chaque ville. Certains spectateurs en profitent pour revenir plusieurs fois, vu que c'est gratuit.

Ne pas se laisser une journée de répit est une façon de lancer un défi au corps. « Il s'agit d'aller au bout d'une certaine démesure. C'est aussi un grand moment de réflexion, qui comporte un aspect méditatif », confie Paul-André Fortier.

Pour celui qui est venu à la danse sur le tard, c'est-à-dire dans la vingtaine, il n'est donc pas question de prouver qu'il est encore capable de bien bouger à 58 ans. Bien qu'il éprouve une petite fierté à déstabiliser le public, qui serait moins surpris devant un jeune interprète, il trouve que sa grande victoire est plutôt de réussir à garder l'attention de ceux qui, plantés debout, le voient s'exécuter.

Solo 30X30, de Paul-André Fortier, du 20 octobre au 18 novembre 2006 à 12 h 15, à l'angle des rues Clark et Sainte-Catherine.
Pour les douillets, Solo 1X60, dans le confort de la Cinquième Salle de la Place des Arts, du 13 au 16 décembre 2006.