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Mise à jour le lundi 7 novembre 2005 à 11 h 28
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Josée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada.

Théâtre

Antoine et Cléopâtre

Une critique de Josee Bilodeau

Le TNM ouvre sa saison avec Antoine et Cléopâtre, un Shakespeare musical signé Lewis Furey. Le résultat fait penser à ce qui serait arrivé si le grand dramaturge avait écrit pour Disney.

Écrite en 1606, Antoine et Cléopâtre est une des grandes tragédies de Shakespeare. Sur fond de guerre se déploie la fatale histoire d'amour de Cléopâtre, reine d'Égypte, et d'Antoine, qui règne sur l'Orient depuis la mort de Jules César. Derrière cette tragédie se profile l'éternelle dualité entre l'Orient et l'Occident. Antoine et Cléopâtre est considéré comme l'un des plus beaux poèmes d'amour du monde.

Shakespeare, version Disney
Amateur de comédies musicales et fasciné par l'oeuvre de Shakespeare, Lewis Furey a fait une relecture musicale d'Antoine et Cléopâtre. Sa version nous entraîne loin des tensions insoutenables du drame shakespearien, à des lieux du lyrisme qui ferait croire à cette flamboyante histoire d'amour. Les prouesses vocales expriment la déchirure, et les mouvements de danse, très stylisés, symbolisent les remous intérieurs. On croirait assister à une version pour enfant de ce grand drame, aussi jolie par moments que celle qu'a faite Disney de La belle et la bête.

Pourtant, si certaines trouvailles musicales sont intéressantes, il y manque de grands airs, de ceux qui font le succès des grandes comédies musicales et qui restent en tête une fois le rideau tombé.

La langue de Shakespeare
Il manque aussi à cette version l'ivresse du langage de Shakespeare. Furey a composé d'après le texte original, en anglais. Il a donc fallu adapter le texte français pour qu'il se plie à la musique. Il y a perdu beaucoup de sa force. De plus, si le comique est au coeur des oeuvres de Shakespeare, même les plus sombres, tenant parfois dans un même mouvement que l'exaltation, il surgit ici à des moments parfois inopportuns, comme à la mort d'Antoine.

Le jeu, la musique et la danse
Il s'agit d'un spectacle à grand déploiement, agréable à regarder et joli à entendre, un peu trop hétéroclite, cependant, à plusieurs points de vue. On se retrouve devant un patchwork d'époques, passé et futur confondus. De la même façon, les interprètes ont été choisis selon des critères différents. Certains ont une voix, d'autres, un corps et d'autres encore ont une présence. Appartenant à cette dernière catégorie, Sylvie Moreau incarne une Cléopâtre bien plantée et forte (même affublée de souliers impossibles), contrairement à Jean Maheux, dont l'interprétation repose sur sa voix, magnifique, certes, mais ce décalage empêche de croire à leur si grand amour. On dirait, par moments, que les acteurs ne jouent pas tous dans le même spectacle.

Antoine et Cléopâtre. Livret et musique Lewis Furey d'après Shakespeare. Adaptation française Jean-Michel Déprats. Mise en scène Lewis Furey. Chorégraphies Claude Godin. Direction musicale Stéphane Aubin. Avec Sylvie Moreau, Jean Maheux, Renaud Paradis et plusieurs autres.

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Josée Bilodeau est chroniqueuse à Radio-Canada.