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Québec va de l'avant avec l'abolition des agences régionales de santé

Le gouvernement Couillard proposera aujourd'hui à l'Assemblée nationale un projet de loi modifiant l'organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux, notamment par l'abolition des agences régionales.

Actuellement, il existe 15 agences de la santé et des services sociaux ainsi que trois organisations régionales situées dans les régions septentrionales : le Centre régional de santé et de services sociaux de la Baie-James, la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik ainsi que le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James. L'économie réalisée par cette restructuration s'élèverait à 220 millions de dollars par année.

Un point de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, et de la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique, Lucie Charlebois, est prévu à 14 h.

Outre l'abolition des agences régionales, le gouvernement entend passer de 182 structures à une trentaine. Les 182 structures sont des établissements publics qui se déclinent comme suit :

  • 94 centres de la santé et des services sociaux;
  • 68 centres hospitaliers et centres de soins de longue durée;
  • 16 centres jeunesse;
  • 4 établissements situés dans les régions nordiques, assumant toutes les missions.

Faire sauter un palier administratif

David Levine, ex-directeur de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, mentionne que l'idée derrière cette vaste restructuration est de regrouper les centres de santé. M. Levine donne à titre d'exemple la région de Laval, dotée d'une population de 450 000 personnes et pour lesquelles il y a actuellement un centre de santé et une agence. Une fois la restructuration effectuée, « ce n'est pas nécessaire d'avoir l'agence [et] à ce moment-là, le centre de santé relève directement du gouvernement », explique-t-il.

Si on tombe à 30 centres de santé à travers le Québec, et [qu']on en a regroupé 4 ou 5 dans une région, pour un directeur général pour l'ensemble des établissements, ça ne prend pas une agence, c'est évident. Dès lors, on passe de trois paliers à deux paliers.

David Levine, ex-directeur de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal

L'ex-directeur de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal évalue qu'environ un millier d'employés des agences seront intégrés au sein du ministère ou des centres de santé. Ce millier d'employés représente 100 millions de dollars pour le ministère de la Santé, d'après les estimations de David Levine. Dans ce contexte, selon lui, il n'est pas réaliste d'envisager des économies de 220 millions de dollars.

Pour David Levine, la restructuration peut être une bonne chose à la condition de véritablement développer une vision d'intégration des soins afin que le patient soit dans un « continuum de soins ».

Toutefois, M. Levine craint que les directeurs généraux ne deviennent des technocrates, des fonctionnaires : « Le danger parce qu'on devient gros, on devient impersonnel et le directeur général est loin des patients », dit-il.

La réforme suscite des appréhensions

Par voie de communiqué, l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) a fait part de ses appréhensions sur le projet de loi qui sera déposé sous peu. Tout en ne s'opposant pas au regroupement d'établissements, l'AQESSS souhaite notamment que lesdits établissements bénéficient « d'un large degré d'autonomie ».

« L'AQESSS rappelle que toute transformation du système de santé doit impérativement s'accompagner de gains tangibles pour l'usager et le patient. Ces gains touchent notamment à un meilleur accès aux services de première ligne et à une continuité accrue entre les services de première et de deuxième ligne, afin d'améliorer le parcours de l'usager et l'intégration des services et des soins, de même qu'à la qualité et à la sécurité des soins et des services offerts. »

Selon Diane Lavallée, directrice générale de l'AQESSS, il ne suffit pas d'effectuer un « brassage des structures » pour améliorer le réseau de la santé.

L'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux regroupe 125 membres, soit les 92 centres de santé et de services sociaux (CSSS), les centres hospitaliers universitaires, les centres hospitaliers affiliés, les instituts universitaires et des établissements et CHSLD à vocation unique.

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