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L'Ontario aura des règles différentes pour les élèves vaccinés à la rentrée

Au Québec, les autorités sont en train d'évaluer la question.

En cas d'infection dans une classe en Ontario, les élèves vaccinés n'auront pas à s'isoler à la maison comme les autres.  Photo : Fédération des enseignants de l'élémentaire de l'Ontario
Un texte de Michel Bolduc

Les élèves et les enseignants qui ont reçu leurs deux doses de vaccin pourront retourner en classe immédiatement après un test de dépistage négatif s'ils ont été en contact avec une personne infectée, tandis que les non vaccinés devront rester en quarantaine à la maison de 10 à 20 jours.

Cette politique dévoilée par le Dr Kieran Moore, médecin hygiéniste en chef de l'Ontario, suscite des réactions partagées dans le milieu de l'éducation et chez des experts.

Pour le Dr Moore, l'objectif est d'inciter les élèves à se faire vacciner, en plus d'éviter qu'ils ne manquent inutilement du temps d'enseignement en classe et leurs activités parascolaires.

L'Ontario est la province où les écoles ont été fermées le plus longtemps durant la dernière année scolaire (l'enseignement était offert en ligne durant ces fermetures).

À l'heure actuelle, un peu plus de 65,6 % des jeunes de 12 à 17 ans en Ontario ont reçu au moins une dose de vaccin et 44,5 % sont pleinement immunisés. Le Dr Moore presse les jeunes à se faire vacciner avant la rentrée.

La présidente de la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l'Ontario (FEESO), Karen Littlewood, qualifie le taux de vaccination des élèves de « préoccupant ». Elle pense toutefois que la santé publique devrait envisager d'autres mesures incitatives plus positives pour inciter plus d'élèves à se faire vacciner plutôt que d'avoir des règles différentes pour ceux qui ont eu leurs deux doses.

Je trouve ça problématique, parce que l'éducation devrait être accessible à tous les élèves de la province, peu importe leur statut de vaccination.

Karen Littlewood, présidente de la Fédération des enseignants des écoles secondaires

Selon ce que le Dr Moore a indiqué mardi, contrairement aux élèves et aux enseignants pleinement vaccinés, ceux qui n'ont pas été vaccinés ou qui n'ont reçu qu'une dose devront s'isoler à la maison et subir un test de dépistage immédiatement après avoir eu un « contact à haut risque », puis passer un autre test environ sept jours plus tard.

Si ce deuxième test s'avère négatif, ils pourront retourner en classe trois jours plus tard, pour un total de dix jours de quarantaine. Si le résultat est positif, ils devront passer dix jours de plus à la maison.

Le Dr Moore n'a pas fourni plus de détails, mais les élèves en quarantaine à la maison poursuivraient vraisemblablement leur formation en ligne entretemps, avec ou sans leur enseignant régulier.

Le Dr Kieran Moore, médecin hygiéniste en chef de l'Ontario Photo : La Presse canadienne/Chris Young

Mme Littlewood s'inquiète de l'impact sur l'apprentissage et la santé mentale des élèves. L'enseignement en personne est la meilleure forme d'éducation, dit-elle. C'est aussi la meilleure façon de répondre aux besoins socioémotifs des élèves.

Au Québec

Le ministère québécois de la Santé indique que des discussions sont en cours pour définir les protocoles scolaires en cas d’éclosion. Une mise à jour doit être publiée durant la première moitié du mois d’août.

Les experts sont divisés

Le professeur à l'Université McMaster de Hamilton Dominik Mertz, spécialiste des maladies infectieuses, voit du bon dans la nouvelle politique ontarienne. Il souligne que le risque d'infection et de transmission du virus chez les enfants qui ont eu deux doses de vaccin est beaucoup plus faible.

Selon lui, il s'agit d'une « approche fondée sur la science ».

Ça va permettre aux élèves à très faible risque (ceux qui sont pleinement vaccinés) de ne pas manquer inutilement de temps d'enseignement en classe ou d'autres activités.

Dominik Mertz, professeur en sciences de la santé

Il ajoute que durant la dernière année scolaire, s'il y avait un enfant infecté dans une classe, tous les élèves de la cohorte étaient renvoyés à la maison pour une période totalisant 14 jours à partir de la dernière exposition.

Ainsi, même pour les élèves non vaccinés ou ceux de moins de 12 ans qui ne peuvent pas se faire vacciner, la nouvelle politique signifie un temps de quarantaine à la maison potentiellement un peu plus court, note le professeur Mertz.

La Dre Anna Banerji, pédiatre et professeure à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto, est d'accord en principe avec la nouvelle politique, mais à une exception.

Le test de dépistage n'est pas infaillible. On ne devrait pas se fier uniquement à un test qui a un taux de faux résultat négatif d'environ 30 % s'il est fait tôt après l'exposition à une personne infectée. Tous ceux qui développent des symptômes devraient rester à la maison jusqu'à ce qu'ils subissent un autre test.

Anna Banerji, professeure à l'Université de Toronto

Selon elle, la province devrait aussi permettre à tout enfant de 11 ans dont la fête aura lieu avant la fin de l'année 2021 de se faire vacciner maintenant.

Le Dr Hugues Loemba, virologue et chercheur clinicien à l'Hôpital Montfort d'Ottawa, estime lui aussi qu'un seul test de dépistage ne suffit pas. Il souligne que même chez les personnes vaccinées, il existe un risque de transmission du coronavirus, surtout en cas de non-port du masque, dit-il.

Si le test n’est pas répété au moins une fois trois ou quatre jours plus tard, une personne vaccinée ayant un seul test négatif pourrait avoir été testée pendant sa période d’incubation, au moment où son test PCR ne peut pas encore détecter le virus; et ainsi elle va retourner en classe et puis provoquer une contamination ou une éclosion.

Hugues Loemba, virologue

Un casse-tête pour les écoles?

Qui gérera le statut de vaccination des élèves et du personnel des écoles? Qui fera le suivi des tests de dépistage? Le ministère de l'Éducation n'a pas fourni de détails.

La porte-parole du NPD en matière d'éducation, la députée Marit Stiles, dit que la nouvelle politique soulève des questions, alors que le gouvernement Ford n'a pas fait, selon elle, les investissements nécessaires pour assurer une rentrée sécuritaire, en améliorant la ventilation dans les écoles et en réduisant la taille des classes, notamment.

[La nouvelle politique] sème la confusion, parce qu'on ne sait même pas comment les conseils scolaires vont savoir si un enfant a été vacciné ou pas. Si on garde les élèves et les enseignants à l'écart de la classe pendant 10 à 20 jours en cas d'exposition à la COVID-19, on devrait redoubler d'effort pour prévenir ces expositions.

Marit Stiles, députée néo-démocrate

Le premier ministre Doug Ford a indiqué qu'il présenterait son plan détaillé pour la rentrée scolaire au début de la semaine prochaine, sans donner de date précise. La province n'a toujours pas précisé si le port du masque demeurerait obligatoire en classe.

En plus des vaccins, on doit garder le couvre-visage, et faire régulièrement les tests, avec une fréquence plus grande chez les non-vaccinés, selon le Dr Loemba.

Pour sa part, le Conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB), le plus gros conseil en Ontario, dit attendre les directives du ministère de l'Éducation.

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