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Fonction publique : du racisme anti-Noir « persistant et inébranlable », selon un rapport

Les employés noirs de la fonction publique de l'Ontario travaillent dans une « culture de la peur » de leurs gestionnaires, selon le rapport. Photo : Getty Images/iStock

Le chef de la fonction publique de l'Ontario a présenté ses excuses aux employés pour le racisme anti-Noir systémique au sein de l'organisation. Ces excuses suivent la conclusion d'une étude interne qui a révélé que la discrimination et le harcèlement au sein de l'organisation sont « persistants et inébranlables ».

L'enquête de 175 pages menée par Employment Matters Consulting détaille comment les employés noirs de la fonction publique de l'Ontario travaillent dans une culture de la peur de leurs gestionnaires et collègues blancs, qui ne subissent que peu ou pas de conséquences en cas de mauvais comportement.

Les expériences et les problèmes relatés dans les rapports sont profondément préoccupants, a déclaré le secrétaire du Conseil des ministres de l’Ontario Steven Davidson dans un courriel au personnel, obtenu par CBC News, peu après que le rapport ait été mis à sa disposition jeudi. Le rapport n'a pas été rendu public.

Le courriel était également signé par les sous-ministres de l'Ontario, qui relèvent de M. Davidson.

Nous nous excusons pour le préjudice causé aux employés noirs par la prévalence et la gravité du racisme anti-Noir en milieu de travail, a-t-il écrit. M. Davidson a également présenté ses excuses pour les discriminations subies par les employés en raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur origine ethnique.

La société de conseil a été engagée par le groupe de travail antiraciste de la province en 2019 pour s'attaquer au harcèlement et à la discrimination au sein de la fonction publique, qui comprend environ 60 000 fonctionnaires qui travaillent pour les ministères, les agences et les sociétés de la Couronne de l'Ontario.

Les consultants ont organisé des entrevues, des groupes de discussion et accepté les commentaires écrits de 215 employés noirs.

Il existe un écart important entre ce que la fonction publique prétend valoriser - l'équité, la diversité et l'inclusion - et les réalités de ses employés noirs, selon le rapport.

Nous avons entendu des employés noirs exprimer leur sentiment d'impuissance face à ce que beaucoup décrivent comme l'indifférence des Blancs.

Émotion et angoisse

Nous avons été étonnés par les histoires que nous avons entendues et par l'émotion et l'angoisse qui les accompagnaient, indique le rapport. Nous nous sommes demandés si nous n'étions pas en train d'assister à un syndrome de stress post-traumatique.

Selon le rapport, la direction de la fonction publique, y compris M. Davidson, a constamment omis de réagir à la discrimination au travail pendant près d'une décennie. 

Les consultants ont signalé des cas de harcèlement et de discrimination flagrants, ainsi que de racisme systémique.

Par exemple, les membres blancs d'une équipe de direction d'un bureau ont tenu des réunions secrètes qui excluaient les cadres noirs, selon le rapport. Dans un autre bureau, des employés noirs des services correctionnels ont déclaré avoir été délibérément enfermés dans une zone sécurisée par des collègues pendant plusieurs minutes. 

Les employés noirs ont également fait état d'obstacles au développement de leur carrière, comme le fait de se voir refuser des promotions au profit de candidats moins qualifiés. Ils ont dit avoir des difficultés à obtenir des heures à plein temps ou un emploi permanent. 

Alors que leurs collègues blancs étaient autorisés à travailler à domicile ou à avoir des semaines de travail comprimées, les employés noirs se voyaient refuser ces opportunités, selon l'étude.

Les cadres noirs ont rapporté que leurs subordonnés blancs refusaient de reconnaître leur autorité et prenaient des mesures délibérées pour les saper, ou allaient chercher du soutien auprès d'un cadre supérieur.

Pas pris au sérieux

La moitié des plaintes déposées par des employés noirs ont été rejetées, et seulement 12 % ont conduit à ce que la personne visée par la plainte soit tenue responsable, selon l'étude.

L'Association of Law Officers of the Crown [association des officiers de Justice de la Couronne, traduction libre], qui représente les avocats de la province, a déclaré dans un communiqué que nombre de ses membres avaient participé à l'examen.

Les rapports reflètent fidèlement les expériences de bon nombre de nos membres qui continuent de faire face au racisme et à la discrimination en milieu de travail, indique la déclaration.

Ces excuses doivent maintenant être suivies d'une action immédiate et de mesures significatives, selon la déclaration de l’association.

Tanya Sinclair, fondatrice de Black HR Professionals of Canada [Professionnels en ressources humaines noirs du Canada, traduction libre], est d'accord.

Je pense que les excuses publiques sont un merveilleux premier pas, mais c'est, à mon avis, un premier pas néanmoins qui ne fait que signaler qu'il y a plus à faire, a-t-elle déclaré à CBC News.

Il faut aussi qu'il y ait du soutien et qu'il y ait de l'action.

Ce n'est pas la première fois que des employés noirs réclament des mesures.

En 2019, les employées Hentrose Nelson et Jean-Marie Dixon ont déposé une poursuite de 26 millions de dollars contre la fonction publique et le ministère du Procureur général, alléguant qu'elles ont été victimes de discrimination pendant des années parce qu'elles sont des femmes noires.

L'avocat de Mme Nelson, Ranjan Agarwall, a déclaré par courriel à CBC News que l'affaire avait alors été rejetée par la Cour d'appel de l'Ontario, qui a déclaré qu'elle n'avait pas compétence en la matière. Mme Nelson demande l'autorisation d'interjeter appel devant la Cour suprême.

En juin dernier, 45 avocats travaillant pour la division du droit civil de la fonction publique ont envoyé une lettre à M. Davidson et au procureur général pour demander que des mesures immédiates soient prises pour lutter contre le racisme systémique, notamment des commentaires dégradants de la part de collègues, de clients et de juges à l'égard des avocats racialisés.

Le bureau du cabinet a déclaré dans un courriel adressé à CBC News que la fonction publique s'était engagée à prendre des mesures concrètes pour créer un milieu de travail inclusif. Ses sous-ministres, qui supervisent les opérations quotidiennes de chaque ministère, rendront compte chaque année de leurs plans d'action contre le racisme.

L'examen a recommandé que la direction de la fonction publique signe une promesse d'engagement pour éliminer le racisme anti-Noir, effectuer des vérifications externes aléatoires et établir un moyen pour les dénonciateurs de signaler les gestionnaires qui harcèlent ou discriminent le personnel.

La fonction publique devait également travailler avec la Commission ontarienne des droits de la personne, qui a fait des efforts dans le passé pour aider à résoudre ces problèmes sans succès, selon l'examen.

Rien ne prouve que la fonction publique a fait des efforts raisonnables pour s'acquitter de ses obligations légales afin de s'assurer que son milieu de travail est exempt de discrimination et de harcèlement, peut-on lire dans le rapport.

Avec les informations de CBC News

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