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Le gouvernement incité à augmenter les frais de garde d’enfants des plus riches

La province prévoit une refonte de son système de services de garde d'enfant, une révision qui se basera en partie sur un rapport commandé à la firme KPMG.  Photo : Gracieuseté du centre d'apprentissage Seven Oaks

Un rapport indépendant publié lundi propose au gouvernement manitobain une révision profonde du système de financement des services de garde, dont les frais imputés aux parents sont gelés depuis 2013.

Ce rapport de la firme KPMG, qui était attendu du milieu de la garde d’enfants depuis 2019, recommande à la province d’augmenter les frais de garde d'enfants des familles les mieux nanties, ce qui permettrait au gouvernement de donner davantage de subventions aux ménages à plus faibles revenus.

Ce nouveau modèle implique en contrepartie une réduction majeure des subventions de fonctionnement octroyées aux fournisseurs de services de garde agréés.

Il propose également la création de plus de centres à but lucratif ainsi que de places en soirée et durant les fins de semaine.

Le rapport suggère que ce nouveau système rendrait les services de garde accessibles à plus de familles en adaptant le marché à leurs besoins.

Dans un communiqué émis lundi soir, la ministre des Familles Rochelle Squires affirme que le gouvernement est déterminé à moderniser et à améliorer le système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants pour qu’il protège les familles en répondant davantage à leurs besoins diversifiés et en offrant plus de choix et de flexibilité aux parents.

Le communiqué ajoute que le rapport de KPMG constitue l’une des multiples sources d’information qui seront utilisées pour l’élaboration d’un meilleur système [de garde] pour le Manitoba.

Des frais gelés pour trois ans encore

Un porte-parole du gouvernement ne s’est pas prononcé quant au nombre de recommandations du rapport qui seront adoptées. Le mois dernier, la province s’est engagée à geler les frais des parents pour trois ans dans une volonté de soulager le fardeau financier causé par la pandémie.

Selon Susan Prentice, une défenseuse de longue date des services de garde d’enfant, le rapport de KPMG n’atteint pas sa cible. La firme recommande une redistribution des fonds existants, mais ne propose pas de nouveaux revenus pour un secteur qui doit composer avec un sous-financement, déplore celle qui est professeure de sociologie à l’Université du Manitoba. Elle rappelle que les subventions de fonctionnement sont gelées depuis 2016.

C’est comme essayer de prendre la même petite tarte et de la couper, illustre-t-elle. Cela va ouvrir la tarte du financement aux entreprises à but lucratif.

Susan Prentice est critique du rapport préparé par la firme KPMG. Photo : CBC / Jaison Empson

À l’heure actuelle, les parents paient 20,80 dollars par jour pour une place dans un service de garde agréé. La firme propose d’indexer ces frais sur le revenu familial.

Par exemple, un ménage ayant un revenu annuel brut de 51 641 dollars à 70 610 dollars ne consacrerait pas plus de 2,5 pour cent de son revenu brut en frais de garde, si le coût maximum d’une place était fixé à 30 dollars par jour. Les familles gagnant plus de 105 916 dollars annuellement devraient quant à elle accorder 10 pour cent de leur revenu brut aux frais de garde d’enfant.

Une proportion de 78 pour cent, soit 116,9 millions de dollars, du financement total de la province, serait ainsi consacrée à des subventions aux familles, contre 15 pour cent, soit 22,6 millions de dollars, à l’heure actuelle, indique le rapport.

Les auteurs du rapport soutiennent que ce modèle, qu’ils disent davantage orienté vers les parents, permettrait à plus de familles d’être admissibles à l’aide gouvernementale et lèverait les freins au travail des ménages à faible et moyen revenus.

Or, Susan Prentice croit qu’un système public ne peut se baser sur un tel modèle de financement.

Il y a plus de 150 ans, nous avons décrété que si nous voulions une éducation publique pour tous les enfants, le gouvernement devait jouer un rôle actif tant en matière de direction, de planification et de développement qu’en tant que fournisseur. Et il y a 50 ans, nous avons imaginé quelque chose d’équivalent pour le système de santé, fait-elle valoir.

Une logique de libre marché

Susan Prentice s’inquiète aussi de constater que le rapport donne à la province un rôle de superviseur du marché de la garde d’enfants.

En ce moment, nous avons un libre marché de la garde d’enfant, et c’est la raison pour laquelle nous avons si peu de services, si peu d’accessibilité, pour laquelle [les services de garde] sont si inabordables à tellement de familles et le personnel de la jeune enfance, si pauvrement payé, signale-t-elle.

Les auteurs de l’étude soutiennent que le nouveau modèle de financement inciterait les fournisseurs à créer des options de garde plus diversifiées et leur permettrait de trouver des moyens d’améliorer la qualité de leurs services, ce qui inclut de meilleurs salaires pour attirer et retenir du personnel qualifié.

De son côté, le chef du NPD, Wab Kinew, dit craindre que le gouvernement prépare le terrain pour un système de garde d’enfant qui sera géré comme une entreprise. Nous devrions avoir un gouvernement qui promeut un système de garde universel, accessible et abordable, mais je ne vois rien dans ce rapport qui va dans cette direction, affirme-t-il.

Selon le rapport de KPMG, ce modèle tournerait 1000 familles vers de nouvelles places en garderies privées, ce qui libérerait le même nombre de places chez les fournisseurs à but non lucratif pour les familles à faible et moyen revenus.

Avec les informations de Ian Froese

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