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Plainte du Parti québécois contre le professeur Attaran qui accuse le Québec de racisme

Le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon a envoyé une lettre de plainte à l'Université d'Ottawa. Photo : Radio-Canada/Sylvain Roy Roussel
Un texte de Benjamin Vachet

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul Saint-Pierre Plamondon a envoyé une lettre de plainte à l’Université d’Ottawa contre le professeur Amir Attaran, qui a accusé le Québec de racisme à de nombreuses reprises sur son compte Twitter.

Dans une lettre envoyée vendredi matin au recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, et dont ICI Ottawa-Gatineau a obtenu copie, M. Saint-Pierre Plamondon dénonce l’inaction de l’Université après les propos du professeur à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, Amir Attaran, visant le Québec.

Ces déclarations, qui exacerbent les préjugés et la haine envers les Québécois, durent maintenant depuis plusieurs mois. (...) Il est surprenant que votre université ferme les yeux sur de tels propos stigmatisants et dénigrants envers les Québécois alors qu’elle a fait de la lutte à l’intolérance et au racisme une priorité qui frôle parfois le zèle au cours de la dernière année, écrit-il.

En entrevue, le chef du PQ explique que sa démarche vise à faire agir l’Université d’Ottawa.

Il ne fait aucun doute que ce professeur représente l’Université quand il s’exprime publiquement. Ça a un impact sur la réputation de l’Université. Dans un cas similaire, en 2018, le Cégep du Vieux Montréal avait émis des sanctions contre un professeur qui avait tenu des propos homophobes sur son compte personnel. C’est une preuve, parmi d’autres, qu’un employeur peut et doit agir quand un de ses employés nuit à sa crédibilité et à sa réputation.

On est devant un professeur qui a la responsabilité d’éduquer nos jeunes.

Paul Saint-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

M. Saint-Pierre Plamondon demande à l’Université d’Ottawa de condamner publiquement les propos du professeur et de présenter des excuses aux Québécois pour ses propos dénigrants. Il demande également d’intervenir auprès de M. Attaran pour qu’il cesse ces comportements et d’appliquer des sanctions proportionnelles aux propos tenus.

L’Université a ses propres procédures, je mets entre ses mains la responsabilité de comment [elle va agir], mais on veut quelque chose de plus fort que ce qu’a fait l’Université qui, jusqu’à date, s’en lave les mains au prétexte qu’il s’agit de la liberté d’expression, alors qu’on est dans un cas de diffamation, dit-il, sans préciser quelles sanctions il souhaiterait voir appliquer.

Le professeur Attaran maintient ses propos

M. Attaran s’en est pris à plusieurs reprises au Québec, ces derniers mois, sur son compte Twitter personnel, accusant la province de racisme, notamment son système de santé.

Amir Attaran, professeur à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa Photo : Radio-Canada

En entrevue avec ICI Ottawa-Gatineau, vendredi, il réitère ses propos et juge ironique l’intervention du PQ.

On parle d’un parti séparatiste qui, il n’y a pas si longtemps, se battait pour qu’une professeure blanche francophone d’université puisse user de son droit à la liberté académique sans aucune limite. Mais pour un professeur anglophone de couleur, ils veulent que cette personne soit punie? Quelle bande d’hypocrites! Je trouve ça comique!

C’était inacceptable quand les Américains ont choisi Donald Trump qui est un suprémaciste blanc, et c’est inacceptable quand les gens du Québec choisissent François Legault qui est lui aussi un suprémaciste blanc.

Amir Attaran, professeur à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa

Le professeur nie attaquer le Québec dans son ensemble, mais critique le refus du gouvernement et de la classe politique québécoise, à l’exception de Québec solidaire, de reconnaître le racisme systémique dans la province.

Je n’attaque pas volontairement une population. Ce que je dis, c’est que le Québec a un problème de racisme systémique. On ne peut pas le nier. (...) Ai-je dit que c’est un gouvernement suprémaciste blanc? Oui, absolument. Mais ça ne veut pas dire que tous les Québécois sont racistes. Ce serait stupide. Il y a beaucoup de gens merveilleux et qui ne sont pas racistes [au Québec]. Mais votre classe politique est absolument suprémaciste blanche.

Condamnation unanime de l’opposition, silence du gouvernement

M. Saint-Pierre Plamondon n’est pas le seul élu à s’être prononcé contre les propos de M. Attaran.

Sur Twitter, le ministre de la Famille et ministre responsable de la région de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, avait déjà dénoncé ces propos. Jeudi, la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, lui a emboîté le pas, en point de presse.

C’est des propos qui sont très dérangeants et qui sont condamnables. Les parlementaires peuvent se prononcer et dire ce qu’ils pensent par rapport à ça, surtout quand ça vise le Québec et tout ce Québec bashing dont on n’a certainement pas besoin.

Le député de Laurier-Dorion et porte-parole de Québec solidaire en matière d’immigration, de diversité et d’inclusion, Andrés Fontecilla, est tout aussi remonté.

Ce sont des propos inacceptables. Ils doivent être dénoncés. (...) Oui, il y a du racisme au Québec et nous [Québec solidaire] sommes les premiers à inciter et critiquer le gouvernement pour son refus de reconnaître le racisme systémique ici. (...) Mais le Québec n’est pas plus raciste qu’un autre peuple, dit-il, encourageant l’Université à exprimer clairement son désaccord et à se dissocier des propos de M. Attaran.

Il y a un dicton qui dit que tout ce qui est excessif est insignifiant, c'est le cas des propos de M. Attaran.

Andrés Fontecilla, député de Québec solidaire

M. Fontecilla réfute également les accusations de M. Attaran contre le gouvernement Legault.

Le refus du gouvernement de reconnaître le racisme systémique est surtout une position politique et électoraliste.

L'Université s'en tient à sa déclaration écrite

L’Université d’Ottawa a refusé de réagir à la lettre de M. Saint-Pierre Plamondon, expliquant s’en tenir à la déclaration écrite qu’elle a fait parvenir à ICI Ottawa-Gatineau, mercredi. Elle y indiquait que ce professeur ne s’exprime pas au nom de l’Université d’Ottawa. D’ailleurs, il n’a jamais prétendu le faire.

Sur Twitter, en revanche, la doyenne de la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa, section de droit civil, Marie-Ève Sylvestre, n’a pas hésité à réagir et à se dissocier des propos de M. Attaran, les jugeant incendiaires et offensants.

La balle est dans le camp de l’Université. Je vais leur laisser le temps de réfléchir à cette situation-là, dit M. Saint-Pierre Plamondon, précisant que sa démarche n’est pas personnelle, alors que M. Attaran l’a pris à partie récemment sur Twitter.

Avec les informations de Rémi Authier

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