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Les déficits de la Laurentienne remontent à 2014 au moins, selon un rapport

Selon un rapport préliminaire envoyé le 29 janvier, « l'Université Laurentienne ne peut même pas indiquer précisément depuis combien de temps elle est en situation d'insolvabilité ». Photo : Radio-Canada/Yvon Thériault
Radio-Canada avec La Presse canadienne

L’Université Laurentienne, une université du Nord de l'Ontario qui cherche à se protéger de ses créanciers, a enregistré des déficits dès 2014 au moins, selon un conseiller du gouvernement qui étudie les problèmes financiers de l'établissement.

Ces informations font partie d’un rapport provisoire obtenu par La Presse canadienne.

Alan Harrison a été nommé conseiller spécial chargé de la situation de l’Université Laurentienne par le ministre Ross Romano le 22 janvier.

Le rapport préliminaire, accompagné d’une lettre, a été envoyé au ministre provincial des Collèges et Universités le 29 janvier. M. Harrison y écrit qu'un examen des documents de l’Université Laurentienne suggère qu’elle a des problèmes financiers depuis longtemps.

Il y ajoute que l’établissement d’enseignement avait fait état de prévisions de déficit de 5,6 millions de dollars en 2020-2021 et qu’elles passeraient à 22 millions de dollars d'ici 2025-2026.

L'Université Laurentienne ne peut même pas indiquer précisément depuis combien de temps elle est en situation d'insolvabilité [ce qui] n’est pas de bon augure pour l'Université, écrit M. Harrison.

Je n'ai jamais rien vu de semblable ou d'aussi grave.

Alan Harrison

Puis, le 2 février, le président de l'Université, Robert Haché, a déclaré que l'établissement était insolvable après une décennie de difficultés financières dues à des problèmes antérieurs à la pandémie, comme le déclin de la population dans la région.

Il déclarait alors que des procédures judiciaires en vertu de la loi fédérale sur les arrangements avec les créanciers des entreprises étaient en cours, mais qu'elles n'influeraient pas sur les activités quotidiennes de l'établissement.

Dépenses croissantes

M. Harrison expliquait le 29 janvier que l'Université attribuait ces prévisions budgétaires catastrophiques à des recettes stagnantes et à des dépenses croissantes en faisant référence à des coûts excessifs de la faculté.

L'Université présentait régulièrement des budgets déficitaires à son conseil d'administration, sans que, semble-t-il, celui-ci ne donne de directives pour traiter cette question, écrit-il.

Selon le rapport de M. Harrison, l'école a utilisé une ligne de crédit et a une dette de 90 millions de dollars envers les banques.

De plus, ses déficits étaient en fait plus élevés que ce qui avait été signalé : 38 millions de dollars de contributions différées - des dettes sous forme de subventions de recherche, de dons affectés et d'autres fonds de tiers - ont été dépensés avant que les recherches et les travaux auxquels il devait servir ne soient terminés.

M. Harrison note que le conseil d'administration de l'établissement n'a pas été informé de ce passif avant la mi-décembre 2020 et a alors ordonné que les fonds soient séparés dans le budget pour régler le problème.

L'Université cherche toujours à trouver 38 millions de dollars en espèces pour couvrir les obligations restantes concernant ces fonds qui ont été précédemment dépensés de manière inappropriée, écrit M. Harrison.

Il note également que l'actuel président, qui a été engagé en 2019, a pris des mesures correctives pour régler les problèmes financiers et n'est pas responsable de la situation.

Une demande de 100 millions $

Le rapport de M. Harrison décrit les discussions qu’a eues l’Université avec la province en vue d'une aide financière et qui ont commencé à partir de la fin de l'année 2020.

Le 10 décembre, la Laurentienne a demandé à la province 100 millions de dollars, suggérant qu'elle en dépense la moitié pour financer les activités en cours et l'autre moitié pour des indemnités de licenciement et de cessation d'emploi.

Dans ces demandes, la direction de l'Université a déclaré qu'elle pouvait accepter de 30 à 40 millions de dollars, mais qu'elle devrait tout de même demander la protection des créanciers.

Le gouvernement a déclaré qu'il ne pouvait pas fournir les 100 millions de dollars de financement sans un examen indépendant par un tiers des finances de l'école.

Il a plutôt offert à l'établissement une subvention de 12 millions de dollars pour couvrir ses activités jusqu'à la fin du mois de mars.

En d'autres termes, la Laurentienne et le gouvernement provincial étaient, et sont toujours, dans une impasse, explique M. Harrison dans le rapport.

Il y exhorte le gouvernement à aider l’établissement d’enseignement à se protéger de ses créanciers et à soutenir publiquement son importance à long terme pour la province.

M. Harrison devrait déposer un rapport final dans six à huit semaines. Le gouvernement n'a pas dit si le rapport final sera rendu public.

Situation profondément préoccupante

La Laurentienne a été ouverte, transparente et coopérative avec le conseiller du gouvernement et a salué sa nomination par le ministre, a déclaré Isabelle Bourgeault-Tassé, directrice des communications de l’Université, dans un communiqué. Elle ajoute que la Laurentienne n’a pas vu le document obtenu par La Presse canadienne.

Invité à réagir au contenu du document, un porte-parole du ministre des Collèges et Universités a déclaré que la situation est profondément préoccupante et sans précédent.

Les étudiants de l'Université Laurentienne restent la priorité du gouvernement et nous nous efforçons de faire en sorte qu'ils puissent poursuivre leurs études sans interruption, a déclaré Cameron Wood dans un communiqué.

Le gouvernement a déjà déclaré qu'il envisageait d'introduire une législation pour lui permettre de mieux contrôler les budgets de toutes les universités en raison de la situation.

Jamie West, député provincial de Sudbury et membre du Nouveau Parti démocratique, affirme que le contenu du rapport préliminaire est choquant. Je pense que beaucoup de gens n'avaient tout simplement pas idée de l'état dans lequel se trouvait l’Université. C'est sorti de nulle part.

M. West ajoute que, si le gouvernement doit se pencher sur la situation de l'Université Laurentienne, il doit également examiner l'impact des réductions budgétaires de toutes les écoles postsecondaires sur le secteur.

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