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Le sport amateur, parent pauvre de la reprise en temps de pandémie en Atlantique

Les fonds d'aide sont minuscules comparés au reste du pays et des organisations s'inquiètent des effets à long terme.

Les sports amateurs ont été négligés pendant la pandémie dans les provinces de l'Atlantique. Photo : Radio-Canada/François Le Blanc
Un texte de François Le Blanc

La pandémie a forcé l'arrêt complet des sports amateurs au printemps. Les athlètes sont restés au vestiaire le temps que la tempête se calme. Mais, cette pause a mis en lumière des inégalités avec le reste du pays et des carences dans le financement du sport dans les provinces de l'Atlantique.

Dans la région, l'aide pour braver la pandémie vient directement du gouvernement fédéral. Les provinces ne font que redistribuer l'argent.

En mai dernier, Ottawa a annoncé un Fonds d'urgences d'aide de 72 millions de dollars pour les sports amateurs. Voici la répartition par province en Atlantique :

  • Nouveau-Brunswick : 2,7 millions
  • Île-du-Prince-Édouard : 2,35 millions
  • Terre-Neuve-et-Labrador : 2,35 millions
  • Nouvelle-Écosse : 1,58 million

À titre comparatif, le gouvernement du Québec a reçu 3,88 millions de dollars de ce fonds. Mais, il a ajouté une aide de 70 millionsde dollars, dont 22 millions de dollars dans les activités physiques et récréatives.

Ces chiffres renversent le monde du sport du Nouveau-Brunswick.

Charles Babineau oeuvre dans le monde du sports néo-brunswickois depuis fort longtemps. Photo : Radio-Canada

C'est difficile. Je pense qu'on vit dans deux mondes. Le Québec a vraiment beaucoup de ressources, lance Charles Babineau, membre de l'organisme Sports Nouveau-Brunswick.

Au ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture du Nouveau-Brunswick, qui est responsable des dossiers touchant le sport, on nous répond, dans un courriel, que pour le moment, le gouvernement provincial n'a pas l'intention de contribuer à ce fonds. Les bureaux de la Direction régionale des sports et des loisirs ont adapté les critères de financement existants pour aider les associations locales et régionales à maintenir la stabilité opérationnelle.

Pourtant, les besoins sont criants et l'aide serait appréciée.

On a très peu de fonds et on a moins de ressources également. L'encadrement des athlètes se fait moins bien. Donc, on souffre un petit peu de ce côté-là.

Charles Babineau, Sports N.-B.
Les gymnases des écoles sont fermés aux organisations extérieures. Photo : Radio-Canada/Denis Mazerolle

Tous nos sports intérieurs : basket, volleyball, tous les sports de raquettes, ils n'ont pas eu d'endroits pour pratiquer. Ç'a été très très difficile pour eux, ajoute M. Babineau.

Déménager pour survivre

À ces exemples, on pourrait ajouter celui du club de judo Otoshi, de Dieppe. L'organisme pouvait utiliser la palestre de l'école Mathieu-Martin.

Le judo est en croissance dans la région.

Mais, 18 mois plus tard, l'accès à Mathieu-Martin est interdit en raison des mesures de sécurité sanitaires. Otoshi a déménagé ses tatamis dans l'ancienne église Notre-Dame-de-Lorette, dans le secteur de Lakeburn, à Dieppe. Malgré son cachet historique, l'endroit est moins grand. Et il faut accueillir moins d'athlètes en raison des mesures de distances physiques.

Stéphane Bérubé, lors des championnats de l'est canadien à Edmundston en 2018. Le senseï, originaire du nord-ouest du N.-B., a amené sa passion dans le sud-est. Il a été aussi entraîneur de l'équipe provinciale aux Jeux du Canada, en 2019. Photo : Radio-Canada/François Le Blanc

Bien... ç'a changé vraiment drastiquement notre club, explique Stéphane Bérubé, directeur technique. Tout d'abord, financièrement car notre club est à but non lucratif. Donc, on n'avait pas les moyens de financer un dojo en privé.

Le nouveau dojo du Club Otoshi: un local a été aménagé dans une église désacralisée. Habituellement, on accueille de 40 à 45 jeunes pour les cours. Maintenant, la limite est de 18 judokas.  Photo : Club de judo Otoshi

Donc, c'est un défi, avec l'horaire, d'essayer d'accommoder tout notre effectif, de continuer le recrutement, tel qu'on le faisait. Fait que, ç'a eu un impact considérablement significatif.

Stéphane Bérubé

Comme un club ne se gère pas seulement avec des vœux pieux, une demande d'aide financière sera bientôt déposée auprès de la province. Le club a tenu ses séances automnales gratuitement pour compenser celles qui ont été annulées au printemps.

Pour Stéphane Bérubé, il est cependant très important de continuer malgré les embûches. Le judo est un sport aux bases fragiles dans le Sud-est.

On a vraiment peur pour notre club. On a peur que d'attendre pour 6, 7 ou 8 mois, ou même un an, on aurait tout perdu ce qu'on avait bâti, lance M. Bérubé.

Le judo n'est pas le seul sport dans cet état d'esprit. D'autres clubs, d'autres sports, dans des régions rurales, n'ont pas présenté de programmation, par manque de moyens.

Plusieurs organismes ont préparé un plan pour recommencer leurs activités. Photo : Radio-Canada

On aimerait que les élus de l'Atlantique comprennent l'importance du sport. Au Québec, des associations et des fédérations sont passés à l'attaque pour le retour des activités organisées. Au Nouveau-Brunswick, des voix s'élèvent mais sont peu entendues par le gouvernement Higgs.

On sait que le sport, l'activité physique, est très bénéfique. Puis, je pense que, peut-être que la Santé publique, a eu de la difficulté à réaliser ça. Sur le plan mental et d'autres aspects.

Charles Babineau, Sports N.-B.

Des sports, comme le golf et le vélo de montagne ont connu une croissance phénoménale lors de la première phase de déconfinement. Mais, tous n'ont pas eu cette chance en raison des protocoles demandés par la Santé publique.

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