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Une page Instagram de dénonciations anonymes voit le jour à Regina

Il y a trois jours, les administrateurs ont fermé temporairement la messagerie, le temps de lire les témoignages en attente qui s'étaient rapidement multipliés. Photo : AFP/Getty Images/Chandan Khanna
Un texte de Aimée Lemieux

Sur Instagram, la page Victims Voices Regina qui permet les dénonciations anonymes d'agressions ou de harcèlement compte 169 publications et plus de 4700 abonnés en date de mercredi, un peu plus d’une semaine après sa création. 

Les dénonciations d’agressions présumées sont anonymes. Les agresseurs allégués, eux, sont toutefois nommés explicitement dans la plupart des cas.

Les administrateurs de la page, qui sont eux aussi anonymes, affirment qu'ils sont deux anciennes victimes.

Ils disent vouloir fournir une plateforme pour les voix qui sont souvent réduites au silence dans les cas de harcèlement, d’abus et d’agressions sexuelles, peut-on lire dans l'une des publications.

Il y a trois jours, les administrateurs ont fermé temporairement la messagerie, le temps de lire les témoignages en attente qui s'étaient rapidement multipliés. Elle semble être à nouveau accessible depuis.

La police de Regina est au courant

Dans une déclaration envoyée à Radio-Canada, la police de Regina dit être au courant de l’existence de cette page Instagram.

Sa porte-parole, Elizabeth Popowich, note que toute allégation de crime est prise au sérieux.

Mais les dénonciations faites de façon anonyme ne contiennent pas assez d’information pour que la police puisse agir, selon elle.

Même s’il s’agit d’un processus difficile, le corps policier encourage les victimes à dénoncer leur agresseur, dit-elle.

Il est nécessaire de faire un rapport afin d’ouvrir une enquête. Non seulement nous enquêterons sur l'allégation, mais nous aiderons également les victimes à parler à des personnes qualifiées qui peuvent les aider à obtenir le soutien dont elles ont besoin.

Elizabeth Popowich, porte-parole de la police de Regina

La page Victims Voices Regina et les dénonciations qu’elle contient peuvent-elles aider le corps policier dans son travail et ses enquêtes en cours? C’est possible, mais peu probable, indique Elizabeth Popowich, puisque l’identité de la victime alléguée doit absolument être connue.

L’importance d'avoir un espace sécurisé

Selon Ashley Kilback, la responsable des communications de l’organisme Services de lutte contre les agressions sexuelles de la Saskatchewan (SASS), les victimes se tournent vers les réseaux sociaux plutôt que vers la police parce qu’il s’agit d’un espace sécurisé.

Les victimes peuvent rester anonymes, trouver une validation à travers les histoires d’autres victimes et être crues.

Ashley Kilback, responsable des communications du SASS

Les victimes de violences sexuelles sont souvent blâmées pour ce qui leur est arrivé, sans compter qu'on leur fait ressentir de la peur, de la honte et de la culpabilité, explique Ashley Kilback.

Elle dit par ailleurs que les obstacles présents dans le système judiciaire, comme le sexisme et le manque de sensibilité, dissuadent les victimes de porter plainte.

Obtenir justice autrement

Louise Langevin, professeure titulaire à la faculté de droit de l’Université Laval, comprend le besoin pour les victimes alléguées de prendre la parole sur les réseaux sociaux.

[...] les agressions sexuelles sont encore taboues [...]. Ça a un effet thérapeutique, celui d’être capable de dénoncer.

Louise Langevin, professeure titulaire à la faculté de droit de l'Université Laval

Elle estime par ailleurs que les réseaux sociaux sont une autre façon de se faire justice

Si les femmes victimes d’agression sexuelle ne peuvent pas obtenir justice parce que le système est trop rigide, inflexible, incapable de les entendre et de les écouter, et bien elles contournent le système et elles trouvent un autre forum, souligne la professeure titulaire.

Louise Langevin est d’avis que le système de justice pénale est là pour les victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale, mais admet que celui-ci doit s’adapter.

Il faut que ces femmes-là se sentent entendues et qu’elles obtiennent justice parce que ce n’est pas le cas présentement au Canada en matière d’agression sexuelle, laisse-t-elle tomber.

Avec les informations de Karel Houde-Hébert et Grégory Wilson

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