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La guerre contre le marché noir depuis la légalisation du cannabis

Les magasins autorisés et la vente en ligne par le gouvernement ne suffisent pas à répondre à la demande.  Photo : CBC / Erik White
Un texte de Colin Côté-Paulette

Depuis l'annonce de la légalisation du cannabis par le gouvernement fédéral, les comptoirs illicites de marijuana ont poussé un peu partout en Ontario. Un peu plus d'une semaine après que l'ouverture des premiers magasins légaux, les autorités peinent toujours à empêcher les commerces illégaux de faire des affaires.

À Hamilton, 13 magasins vendent du cannabis sans permis.

Ce qui arrive c’est que dès qu’on fait fermer quelques magasins, d’autres ouvrent ensuite. Ça arrive régulièrement, explique le chef adjoint de la police de Hamilton, Dan Kinsella.

Situation semblable – toutes proportions gardées – à Toronto, où la Municipalité estime qu'une vingtaine de boutiques sont exploitées illégalement.

On ne peut pas simplement entrer dans un magasin et le faire fermer, souligne M. Kinsella.

La police doit notamment effectuer une enquête sur le commerce, obtenir un mandat et saisir les produits du magasin ciblé. Bref, une opération qui peut prendre plusieurs jours, les services policiers ayant également d’autres priorités.

Depuis le début de l’année, la police de Hamilton a obtenu 19 mandats nécessaires à la fermeture de boutiques illégales.

Un des magasins illégaux de cannabis ouverts à Hamilton. Photo : Radio-Canada/Colin Côté-Paulette

Ce qui encourage le corps policier, c’est qu’à un certain moment, environ 80 magasins illégaux de marijuana avaient pignon sur rue à Hamilton.

La Ville de Hamilton a été la première à saisir les bâtiments des magasins illégaux. […] Il faut toutefois que tout se tienne en cour, soutient le maire de Hamilton, Fred Eisenberger.

Si les amendes ne sont pas assez élevées, les propriétaires des comptoirs illégaux considèrent que ce sont des frais d'exploitation.

Fred Eisenberger, maire de Hamilton

À Toronto, la police demande même aux citoyens de signaler les comptoirs illégaux au 311.

Une des magasins illégaux fermés par la police de Hamilton. Photo : Radio-Canada/Colin Côté-Paulette

Une demande trop élevée pour l’offre légale

Selon plusieurs experts, le plan du gouvernement ontarien, qui consiste en ce moment à avoir 25 magasins pour toute la province ainsi que la vente en ligne sur tout le territoire, n’est tout simplement pas suffisant pour répondre à la demande.

Je pense que le gouvernement a fait une grosse erreur en limitant le nombre de magasins légaux, estime le professeur d’économie à l’Université de Waterloo, Anindya Sen.

Il croit aussi que le gouvernement ontarien n’aurait pas dû permettre aux municipalités d'interdire les magasins de cannabis sur leur territoire.

Présentement, de grands centres comme Mississauga et Oakville, par exemple, ne permettent pas l’ouverture de comptoirs de marijuana.

Dans ce contexte, ce n’est pas surprenant de voir un marché noir florissant

Anindya Sen, professeur d'économie
Une image du site web de la Société ontarienne du cannabis Photo : La Presse canadienne/Sean Kilpatrick

Caryma Sa’d, une avocate de Toronto qui travaille souvent avec des entrepreneurs qui explorent le domaine de la marijuana récréative, est du même avis.

Il semble que le marché n’est pas équilibré. Il y a beaucoup de gens qui voudraient participer à ce marché, mais il n’y a pas assez de permis, indique-t-elle.

Même son de cloche du côté de la police de Hamilton. En ce moment, on n’a aucun magasin légal à Hamilton, alors les gens n’ont aucun autre endroit ou aller, soutient M. Kinsella.

Le chef adjoint espère que ses troupes auront moins de travail lorsque des comptoirs légaux ouvriront dans la ville, bien que deux boutiques en règle aient été ouvertes relativement près, à Burlington et St. Catharines.

Pour sa part, Me Sa’d soutient qu’il est aussi injuste que des entrepreneurs qui ont travaillé à implanter des dispensaires de cannabis médicinal ne puissent pas aussi vendre de la marijuana récréative.

Elle croit même que certaines personnes ouvrent des magasins illégaux pour envoyer un message au gouvernement, un message qui pourrait toutefois les envoyer derrière les barreaux pour un maximum de 14 ans.

Améliorer l’offre légale

M. Sen pense que le gouvernement pourrait améliorer l’offre, sans avoir à ouvrir une tonne d’autres magasins légaux.

Le professeur rappelle que plusieurs sites web permettent de trouver un magasin sans permis ou simplement de se faire livrer de la drogue facilement.

Il croit que le gouvernement pourrait simplement encadrer ce genre de services, tout en améliorant les produits offerts.

Lorsque le gouvernement introduira des produits comme des aliments contenant du pot, les gens n’iront plus vers le marché noir, pense-t-il.

En attendant, les autorités ne recommandent pas d’acheter des produits dans ce type de commerce, pour des raisons de sécurité et de légalité.

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