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Le rôle et la place des journaux communautaires francophones en débat

Une discussion sur les relations entre les journaux communautaires et les communautés où ils sont implantés a eu lieu lors du congrès de l'Association de la presse francophone. Photo : Radio-Canada/Bienvenu Senga

Les relations qu'entretiennent les médias de langue française en situation minoritaire avec les communautés qu'ils servent ont fait l'objet de vifs débats au congrès de l'Association de la presse francophone. La rencontre s'est conclue samedi à Sudbury.

Un texte de Bienvenu Senga

Marc Despatie a été directeur général du journal Le Gaboteur de Terre-Neuve au début des années 2000. Il dit bien comprendre que « les médias ont un rôle à jouer » pour que les organisations rendent des comptes à la population.

Aujourd’hui, toutefois, sous sa casquette de directeur des communications du Collège Boréal, il a parfois l’impression que « certains médias [lui] cherchent [des] noises » par les questions qu’ils lui posent. Je pense que souvent, c’est une route facile tout simplement de me faire déparler, affirme-t-il.

Selon lui, les journaux communautaires devraient de temps en temps « jouer le rôle de courroie de transmission ».

Les organismes communautaires comptent sur les journaux communautaires pour se voir, pour être représentés. Parfois, on veut tout simplement transmettre un message.

Marc Despatie, directeur des communications du Collège Boréal

La directrice et rédactrice en chef du journal manitobain La Liberté, Sophie Gaulin, s’inscrit en faux contre cette suggestion. L’organe de presse qu’elle dirige a pris un virage et s’est notamment éloigné de la couverture médiatique systématique des évènements d’organismes francophones.

Je ne pense pas que nos vrais lecteurs attendent [que le journal soit une courroie de transmission]. Il y en a [plusieurs] qui attendent qu’on parle des vraies affaires, des défis qu’ils ont, de l’agriculture, de l’économie. On est là pour relayer cette information-là et non pas pour être un bulletin promotionnel de qui que ce soit, déclare Mme Gaulin.

La rédactrice en chef du journal manitobain La Liberté, Sophie Gaulin. Photo : Radio-Canada/Bienvenu Senga

La perception, par certaines personnes, de malice de la part des journalistes vient, selon Mme Gaulin, du fait que « les journalistes des journaux communautaires ont pendant très longtemps été très complaisants ».

Quand on est là pour le vrai monde, on va poser les questions qu’eux-mêmes se posent en tant que citoyens. On est là pour demander des comptes lorsque les gens qui nous lisent ne peuvent pas les demander.

Sophie Gaulin, directrice et rédactrice en chef du journal La Liberté

L’importance de la critique artistique

L’étroitesse des sphères au sein desquelles opèrent les journaux en milieu minoritaire a des conséquences sur la critique artistique qui, selon la poète officielle du Grand Sudbury, Chloé LaDuchesse, n’occupe pas assez de place dans ces médias.

Si elle dit comprendre que la critique « nécessite la connaissance d’un corpus » et que les maigres ressources humaines et financières dont disposent les journaux communautaires les forcent à faire des choix, elle estime qu’un autre facteur entre en jeu.

Il y a beaucoup de gens qui sont dans la mentalité “médaille de participation”. On se dit qu’une telle compagnie a monté un show, que c’est déjà assez d’efforts et qu’on ne va pas leur en mettre plus en faisant une critique négative de son travail, note-t-elle.

La poète officielle du Grand Sudbury, Chloé LaDuchesse, s'interroge sur la place accordée à la critique artistique par les journaux communautaires. Photo : Radio-Canada/Bienvenu Senga

Or, pour la poète, le manque de critique est « extrêmement nocif » pour les artistes.

La critique permet de situer une oeuvre dans son contexte et de la mettre en relation avec d’autres oeuvres, qu’elles soient d’ici, d’ailleurs ou éloignées dans le temps. C’est comme ça qu’on s’inscrit en tant que francophones dans une communauté globale.

Chloé LaDuchesse, poète officielle du Grand Sudbury

La part des journalistes

Une relation de travail saine entre les médias et les milieux où ils sont implantés présuppose aussi la compréhension des enjeux dans ces communautés par les journalistes, selon l’éditrice sudburoise, denise truax.

Étant donné le taux élevé de roulement de personnel qui caractérise plusieurs salles de nouvelles, Mme truax ne peut plus prendre cette compréhension pour acquise. Elle indique d’ailleurs avoir dû, à plusieurs reprises, répondre à des questions de fond en entrevue et « documenter les questions [de journalistes] ».

Les journalistes n’ont souvent plus l’historique, il n’y a plus de continuité au niveau des enjeux sur lesquels on vient me parler.

denise truax, codirectrice générale et directrice de l’édition des Éditions Prise de parole

L’éditrice ajoute que les problèmes de rétention du personnel ont un impact négatif sur la qualité de la couverture médiatique, ce qui entraine une méconnaissance des enjeux par le public.

L’inquiétude est partagée par Sue Duguay, vice-présidente de la Fédération de la jeunesse canadienne-française, qui, après avoir donné une entrevue, « se couche le soir avec comme première inquiétude : “est-ce que les journalistes ont bien capté ce que je voulais dire?” ».

Si des médias communautaires dénoncent de sérieux problèmes de recrutement entre autres causés par l’absence de programmes d'études en journalisme en langue française dans certaines régions du pays, Mme truax estime que « des solutions de société » doivent être élaborées en conséquence.

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