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Les femmes ne seront pas silencieuses en 2018

Une marche sur le féminisme inclusif a eu lieu aux États-Unis en 2017. Photo : La Presse canadienne/Lake Fong

De la marche des femmes, qui a rassemblé des milliers de personnes en janvier 2017, à la campagne #moiaussi dénonçant des comportements déplacés et le harcèlement sexuel, les femmes ont fait parler des questions qui les touchent en 2017. Qu'en sera-t-il en 2018?

Un texte de Marie-Lise Mormina

Selon des experts, ces mouvements ne relèvent pas d’une tendance éphémère, mais d’un véritable changement de culture. L’année 2018 devrait elle aussi mettre le féminisme à l’avant-plan de l'actualité.

Un affrontement de valeurs

Le contexte social et politique se polarise, explique la directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes à Université du Québec à Montréal (IREF), Rachel Chagnon. Avec la montée du nationalisme et du populisme partout dans le monde, notamment aux États-Unis, les valeurs politiques de droite se heurtent aux valeurs plus progressistes d’une partie de la jeunesse.

Heather Milne, professeure à l'Université de Winnipeg, abonde dans le même sens et pointe du doigt, en particulier, la hausse des discours méprisants à l'égard des femmes. « Nous avons vu au courant des dernières années une hausse des discours misogynes, surtout en ligne », dit-elle.

Résultat? « Les jeunes femmes se tournent vers le féminisme parce qu’elles réalisent qu’il y a encore des inégalités et de la discrimination », explique Rachel Chagnon.

Les femmes de tous les horizons sont concernées par cette montée des valeurs plus traditionnelles. Le féminisme, qui autrefois était plus revendiqué par des femmes de la classe dominante, s’ouvre aujourd'hui à toutes les femmes, dit la chercheure.

À Whitehorse, 200 personnes ont bravé des températures glaciales pour manifester. Photo : Élaine Michaud

Dans ce contexte, des modèles féminins forts encouragent aussi les jeunes hommes à concevoir les batailles féministes comme étant légitimes.

On a une jeunesse assez conscientisée, qui semble vouloir s'outiller pour mieux comprendre ce qui se passe et à mieux y répondre.

Rachel Chagnon, directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes à Université du Québec à Montréal

Le fruit de plusieurs générations de travail

La génération montante, ou génération du millénaire, a grandi avec des modèles féminins forts. Est-ce le fruit de la lutte des vagues féministes précédentes?

Peut-être bien, pense Rachel Chagnon. L'engagement renouvelé des mouvements féministes, après une période plus difficile dans les années 1990 et 2000, porte ses fruits. Le discours qu'elles ont maintenu, même à contre-courant, a un effet, affirme la spécialiste.

Le travail des médias sociaux

Les femmes ont aussi trouvé leur voie sur les médias sociaux. Comme pour d’autres phénomènes ou tendances sociales, les médias sociaux peuvent avoir pour effet de briser l’isolement et de permettre un lieu de rassemblement qui dépasse les frontières.

Le mot-clic #moiaussi a rapidement grimpé dans le palmarès des mots-clics les plus populaires dans Twitter le lundi 16 octobre 2017. Photo : Radio-Canada

Beaucoup de gens peuvent échanger des idées virtuellement, sans devoir se rencontrer en personne dans un local, dit la directrice de l'IREF.

Cela crée un sentiment de collégialité, qui a notamment permis des dénonciations sexuelles dans les médias sociaux, comme dans le cas de Gilbert Rozon, dit-elle.

C'est un appel par une page Facebook qui a tout commencé. C'est une femme [...] qui a envoyé un message crypté sur Facebook [...] et elle a vu juste, car une dizaine de personnes l'ont contactée.

Rachel Chagnon, directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes à Université du Québec à Montréal

Que nous réserve 2018?

La marche des femmes de janvier 2017 avait atteint des sommets, notamment aux États-Unis, en rassemblant des milliers de personnes.

Cette année promet également, selon l’organisation canadienne Woman’s March. Des marches sont prévues un peu partout au Canada le 20 janvier prochain. À Winnipeg, les organisatrices promettent un rendez-vous plus ambitieux que la marche de l’an dernier.

Les participants à la « Marche des femmes » contre Trump se sont réunis au centre commercial Place Portage. Photo : Radio-Canada/Samuel Rancourt

La 62e session de la Commission de la condition de la femme aura lieu au siège des Nations unies à New York en mars, et des Manitobaines y seront pour défendre les questions touchant la province. Il sera question, entre autres, de l’autonomie des femmes et des filles en milieu rural.

L'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées se poursuit en 2018 et s'arrêtera notamment dans les régions de Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest, et de Rankin Inlet, au Nunavut. L'Enquête comporte un enjeu féministe qui fait généralement l'objet d'un consensus auprès des gens, estime Rachel Chagnon.

La question des femmes autochtones au Canada, on a vu plusieurs tangentes du féminisme, parfois très contradictoire, s'unir à cette cause-là.

Rachel Chagnon, directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes à Université du Québec à Montréal

À Winnipeg, des initiatives citoyennes

L’éveil des consciences passe aussi par des initiatives de particuliers et de citoyens.

Le salon de soins esthétique Alise Frederic Salon and Spa, à Winnipeg, en est un bon exemple. Depuis le début 2018, le salon propose des coupes de cheveux égalitaires.

Il n'a jamais semblé juste de mettre des étiquettes sur un service chronométré et de faire payer quelqu'un d'autre uniquement en raison de son sexe ou de son âge. Nous sommes en 2018 et il est temps pour l'égalité.

Extrait de la page Facebook, Alise Frederic Salon and Spa

Les prix des coupes de cheveux ne sont plus basés sur le sexe ou sur l’âge, mais plutôt sur le temps nécessaire pour une coupe.

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