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Inclure la voix des femmes autochtones dans le féminisme mondial, le pari d'une jeune mohawk

Faire connaître la réalité des femmes autochtones, briser les clichés, être une voix dans le milieu féministe, ce sont les objectifs que s'est donnés Wáhiakatste Diome-Deer à la première édition du Parlement du féminin qui siège à Paris. Un défi pour la jeune mohawk de 23 ans qui est aussi coordonnatrice jeunesse à Femmes autochtones du Québec.

Un texte de Marie-Laure Josselin

Wáhiakatste Diome-Deer et deux autres Québécoises ont participé à la première édition de cet évènement qui se veut une réflexion sur une société plus équilibrée. Seule membre des Premières Nations de la délégation, elle voulait montrer la réalité des femmes autochtones. Une réalité qu'elle a partagée au Parlement du féminin, mais aussi avec l'Organisation internationale de la Francophonie, l'UNESCO, le Centre national d'information sur les droits des Femmes et des Familles… Un agenda chargé pour briser des clichés qui ont la vie dure.


Qu'est-ce que le Parlement du féminin et pourquoi voulais-tu y aller?

Wáhiakatste Diome-Deer : Le Parlement du féminin est un échange d’idées, de perspectives, d’expériences sous forme de discussion entre des hommes et des femmes, surtout sur l’entrepreneuriat, mais aussi sur l’entreprise sociale et la société. C’était vraiment intéressant d’entendre les perspectives internationales, multiculturelles, les différentes expériences d’éducation. S’informer sur autre chose que son domaine, écouter la perspective de femmes qui ne sont pas Autochtones est important. Cela me permet d’être un pont, un médium. Pour moi, il y a une place dans le féminisme mondial qui doit être traditionnel et qui doit être autochtone. Il y a les féminismes pour l’environnement, pour la francophonie… et dans tous ces différents domaines du féminisme, c’est essentiel d’avoir la représentation, la voix et les connaissances des femmes autochtones. Or ce n’est pas présent actuellement.

Quel a été le message principal?

W. D. D. : Le message était qu’il fallait parler des problèmes, mais aussi des opportunités des femmes dans le monde, qu’avoir de l’attention était très important. Tu ne peux rien changer si tu ne parles pas, si tu ne fais rien. C’est vraiment un mouvement avec beaucoup d’énergie, de positivisme, d’optimisme. C’était un message d’« empowerment » : avoir plus de pouvoirs.

As-tu pu parler de la réalité des jeunes femmes autochtones au Canada?

W. D. D. : Pas particulièrement pendant l’évènement, mais dans ma délégation et lors d’autres rencontres, j’ai eu la chance de partager la réalité des femmes autochtones du Québec que je rencontre, avec qui je travaille, qui sont mes amies. Je l’ai fait en espérant mieux les informer et qu’elles puissent diffuser le message à leurs familles, leurs amis et leurs collègues. Dans les rendez-vous, j’ai eu la chance de partager mon travail et mon expérience, ce sont différentes instances où je peux éduquer et entendre les expériences des autres.

Que leur as-tu dit?

W. D. D. : J’ai souligné le fait que les choses que tu lis dans les livres, qu’on t’enseigne à l’école, que tu vois dans les films ne sont pas la réalité. Les femmes m’ont dit que les seules choses qu’elles connaissaient sur les Autochtones provenaient des films! Je leur ai donc expliqué que ce n’est pas la réalité! Je les ai conscientisées sur les différences entre nos peuples autochtones au Canada : il faut toujours être sensible aux Nations, aux lieux avant de parler des peuples autochtones. Et ce sont des réalités qui sont loin des femmes que j’ai rencontrées. Je leur ai aussi parlé de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, de la Commission vérité et réconciliation. Puis, j’ai parlé de ma propre expérience, ma nation, mon travail. 

Comment réagissent les gens? Vous disent-ils que ce n’est pas l’image qu’ils ont du Canada?

W. D. D. : Oui, oui presque toujours. Presque 100 % des personnes me l’ont dit… Dans l’avion, une personne m’a dit qu’elle ne savait pas que les Mohawks existaient encore. Il pensait que le film Le Dernier des Mohicans représentait la vérité et donc qu’il n’y avait plus de Mohawk. J’étais… Oh mon dieu (rires). Mais voilà la raison pour laquelle c’est tellement important d’être une femme autochtone, mais aussi une femme autochtone internationale : pour découvrir ces personnes et mieux comprendre le climat mondial. Ainsi, je peux éduquer les autres et aider ma propre nation et les peuples autochtones. C’est quand même un choc parfois pour eux de découvrir notre existence et nos problèmes. Pour moi, être ici, c’est donner une voix aux peuples autochtones qui n’ont pas la chance de parler aux gens dans les forums internationaux. Mon but est aussi de prendre cette expérience et de revenir avec des idées pour mon travail.

Les Offices jeunesse internationaux du Québec ont recruté les trois femmes pour former la délégation québécoise.

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