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Démythifier l'absinthe : la mission d'un Granbyen, un verre à la fois

Vincent Van Gogh, Toulouse Lautrec, Charles Baudelaire... De nombreux artistes ont donné une réputation peu enviable à l'absinthe au fil du temps. Réputé pour ses vertus hallucinatoires, cet alcool fort de 50 à 70 degrés est pourtant bien plus accessible qu'on ne le pense. Un jeune distillateur de Granby démythifie l'absinthe... en la produisant lui-même de A à Z.

Un texte de Marion Bérubé

Surnommée « fée verte » dans la culture populaire, l’absinthe évoque bien des préjugés lorsque son nom est mentionné. « Ouch! », s’exclame une étudiante à l'idée. « Ce n’est plus légal? », se questionne une autre.

C’est le genre de questions auxquelles Jean-Philippe Doyon est habitué de répondre. « Non ça ne fait pas halluciner, ce n’est pas toxique non plus, explique le jeune homme de 27 ans. Éduquer la population est un travail de tous les jours. »

Le distillateur a délaissé le monde de la musique pour sauter à pieds joints dans celui de la distillation. Après une formation dans une quinzaine de distilleries en Europe, il revient au Québec avec les rudiments de la distillation en tête. « Je voulais connaître les origines du produit pour pouvoir faire quelque chose d’authentique », confie-t-il.

Jean-Philippe Doyon a fait construire cet alambic sur mesure aux États-Unis pour pouvoir distiller sa propre absinthe. Photo : Radio-Canada

Aujourd’hui, la microdistillerie du jeune homme est l’une des deux seules à vendre de l’absinthe produite entièrement dans la Belle Province.

Dans les coulisses de la fabrication

En entrant dans la distillerie, une odeur saute toute de suite aux narines : l’anis étoilé. C’est l’une des plantes impliquées dans la distillation de l’absinthe. « Je suis tellement habitué à l’odeur que je ne la remarque même plus! » rit Jean-Philippe Doyon.

L’ingrédient vedette est toutefois une autre plante qui pousse non loin de la distillerie : la grande absinthe. Distillée avec une dizaine d'autres ingrédients, dont l'anis étoilé et la mélisse, elle donne une boisson au goût amer similaire au pastis, son cousin.

La grande absinthe est la plante de base pour distiller l'alcool fort. Photo : Radio-Canada

« Dans le cas de l'absinthe verte, on va faire infuser d'autres plantes, pour extraire la chlorophylle, pour obtenir la couleur naturelle des plantes, la fameuse couleur verte » ajoute Jean-Philippe Doyon.

Démystifier l’absinthe

L'alcool vert a bel et bien été banni pendant plus de 70 ans en France et en Suisse. L'une des causes : la thuyone, une molécule présente dans l'absinthe. « La thuyone à haute dose peut vraiment dérégler les sens, donc on peut observer des phénomènes d'hallucinations chez les consommateurs », indique l'historienne Catherine Ferland. Santé Canada limite désormais le taux de la molécule dans l’absinthe pour rendre la boisson réglementaire à la consommation.

Jean-Philippe Doyon fabrique sa propre absinthe dans sa microdistillerie située en plein coeur du quartier industriel de Granby. Photo : Radio-Canada

Jumelée à une campagne de démonisation du breuvage, la réputation de l'absinthe en a pris un coup au 19e siècle. « On disait que cette consommation d'absinthe débridée qu'on observait en France pouvait à la fois nuire aux buveurs et à la société dans son ensemble », ajoute l'historienne Catherine Ferland.

Jean-Philippe Doyon initie maintenant les curieux au rituel bien particulier de dégustation de l'alcool vert pour conquérir des fidèles. Après des années d'essais, il lève aujourd'hui son verre (d'absinthe!) au succès tant espéré.

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