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Le cannabis et les jeunes : les leçons du Colorado

Dans le groupe d'âge des 18 à 25 ans, les Canadiens comptent parmi les plus grands consommateurs de cannabis du monde. Photo : Radio-Canada/Simon Charland

Quelles conséquences la légalisation du cannabis récréatif aura-t-elle sur les jeunes Canadiens? À quelques mois de la date fixée par le gouvernement de Justin Trudeau, la Société canadienne de pédiatrie s'est penchée sur l'expérience du Colorado, où le cannabis est légal depuis 2014.

Un texte de Catherine Poisson

Le Dr Richard Bélanger est clair : hormis ceux qui en font un usage médical, personne ne devrait consommer du cannabis.

Dans un document publié au printemps dernier, il expose les risques que la légalisation du cannabis présente pour les jeunes et émet des recommandations au gouvernement canadien.

On y apprend qu'en 2014, les cas d'ingestion involontaire de cannabis par des enfants de moins de neuf ans ont augmenté de 34 % dans l'État américain du Colorado. Dans certains cas, ces intoxications ont entraîné des symptômes de surdose et des enfants sont tombés dans le coma.

Comestibles : l'hésitation du Canada inquiète les médecins

À l'origine de ces intoxications : les bonbons, biscuits et boissons contenant du cannabis.

Des jeunes peuvent s'intoxiquer sans le vouloir en pensant prendre un produit qui ne contient pas de cannabis.

Dr Richard Bélanger, Société canadienne de pédiatrie

Au Canada, ces produits dits comestibles ne seront pas légalisés en même temps que le cannabis séché. Leur encadrement n'est donc pas prévu dans le projet de loi actuel.

« C’est un élément important qui n’est pas défini et ça nous inquiète », souligne le Dr Bélanger.

Des « comestibles » au cannabis en vente à Denver, au Colorado Photo : La Presse canadienne/Ed Andrieski

Le gouvernement fédéral a voulu se donner du temps pour légiférer sur ces produits, après avoir constaté le nombre important de surdoses accidentelles survenues au Colorado.

La présidente du groupe de travail qui avait été mis sur pied pour guider la légalisation de la marijuana, Anne McLellan, prévient toutefois que trop attendre pourrait permettre au crime organisé de « combler le vide ».

Le Colorado ajuste le tir

Les intoxications involontaires sont maintenant plus rares, assure Ali Maffey, du département de Santé publique du Colorado. Elle attribue cette baisse au resserrement des politiques concernant la mise en vente des produits comestibles.

Au Colorado, les produits au cannabis ne peuvent plus :

  • Avoir la forme d'un fruit, d'un animal ou d'un personnage;
  • Être le dérivé d'un produit déjà existant;
  • Porter l'appellation « bonbon ».

Par ailleurs, chaque produit doit maintenant :

  • Être emballé individuellement, dans un emballage résistant que les enfants ne peuvent ouvrir;
  • Porter un logo bien visible indiquant la teneur en tétrahydrocannabinol (THC) du produit.

Des campagnes à grand déploiement pour sensibiliser le public à l'usage responsable du cannabis ont également contribué à une diminution des intoxications, ajoute celle qui a piloté le programme d'éducation sur la marijuana au Colorado.

Elle explique que l'État a voulu utiliser les revenus issus des ventes du cannabis pour financer les campagnes de sensibilisation à ce sujet. Il a donc fallu attendre un an après la légalisation pour les mettre sur pied.

Le côté sombre de la science

Mme Maffey insiste sur l'importance de s'appuyer sur la science pour définir les lois entourant le cannabis. Or, il y a actuellement un grand manque de données de qualité sur le sujet, dit-elle.

N'importe qui peut effectuer une recherche sur les effets du cannabis et découvrir que ça tue tout le monde ou que ça sauve des vies! Les études ne sont pas toujours crédibles.

Ali Maffey, responsable du programme d’éducation sur la marijuana au département de Santé publique du Colorado

Dans ce contexte, le Colorado s'est inspiré de sa loi concernant l'alcool. L'État a ainsi défini l'âge minimum légal pour consommer du cannabis à 21 ans. Pourtant, sur ce point au moins, la recherche est unanime : le cerveau se développe jusqu'à l'âge de 25 ans.

« Bon nombre de nos lois ne reflètent pas la recherche sur le cerveau », admet Mme Maffey.

Au Canada, le projet de loi du gouvernement fédéral prévoit un âge minimal de 18 ans pour acheter du cannabis.

Sortir les jeunes du marché noir

L'une des recommandations du Dr Bélanger consiste à surveiller de façon constante l'évolution de la consommation du cannabis après la légalisation, afin d'être en mesure de s'ajuster à tout changement de comportement.

Le pédiatre souligne cependant que les Canadiens de 18 à 25 ans sont parmi les plus grands consommateurs de cannabis au monde.

Le Canada fait déjà face à toutes les conséquences négatives de santé en lien avec le cannabis chez les jeunes.

Dr Richard Bélanger, Société canadienne de pédiatrie

Remplacer une substance illégale par un produit légal dont la qualité serait contrôlée pourrait donc avoir un impact positif sur ces jeunes, croit-il.

De plus, les profits issus de la vente du cannabis à usage récréatif pourraient être investis dans des ressources qui contribueront à réduire les problèmes.

« Orienter ces profits vers la prévention, les interventions en santé mentale, la recherche, la surveillance... ça devient une occasion qu’il ne faut surtout pas manquer », soutient le Dr Bélanger.

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