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Des étudiants québécois prêts à payer cher pour étudier la médecine dans les Caraïbes

Les étudiants québécois, et particulièrement montréalais, qui ne réussissent pas à intégrer les facultés de médecine du pays sont de plus en plus courtisés par des universités basées dans les Caraïbes, qui ne rechignent pas à leur donner la chance dont ils rêvent, selon ce qu'a constaté Radio-Canada.

Un texte de Bahador Zabihiyan

Une session d’information de la faculté de médecine de la Ross University a eu lieu ce mois-ci au très chic hôtel Sofitel de Montréal. Au menu : des petits fours, des croissants et une présentation en anglais pour six ou sept personnes souhaitant intégrer le campus de la Dominique, un petit pays insulaire situé entre la Guadeloupe et la Martinique – à ne pas confondre avec la République dominicaine.

Les arguments du présentateur sont simples : l’admission dans les facultés de médecine au Québec est extrêmement difficile, même pour les élèves qui ont de bonnes notes. « Vous valez plus que vos résultats scolaires », fait-il valoir.

Des propos qui plaisent à Hamid Farajollahi Rad, un infirmier québécois qui rêve de devenir médecin. Un rêve impossible à réaliser s’il reste ici, même s’il a une longue expérience dans le milieu hospitalier.

J’ai beaucoup d’expérience dans l’unité des soins intensifs, avec les chirurgiens. Mais quand même […] c’est difficile de poursuivre des études de médecine au Québec et au Canada.

Hamid Farajollahi Rad, infirmier québécois

L'infirmier pense sérieusement à intégrer un établissement comme la Ross University, quitte à dépenser les 300 000 $ exigés pour suivre la formation.

Kayla Doyle, elle, n’a pas encore intégré le marché du travail, mais elle étudie en biologie pour devenir médecin. Elle dit avoir de bons résultats scolaires et elle s’implique dans la vie universitaire. Mais la jeune femme ne se fait pas d’illusions. « Ce n’est pas assez pour rentrer en médecine », reconnaît-elle.

La jeune femme a déjà fait les calculs : elle devra s’endetter si elle décide d’aller étudier dans les Caraïbes. « Il faut calculer le loyer, la nourriture, l’électricité, l’Internet... Ça va coûter très cher! » pressent-elle.

Kayla Doyle (droite) et sa mère (gauche) Photo : Radio-Canada/Bahador Zabihiyan

Kayla et Hamid ne pourront avoir accès aux prêts ou aux bourses du Québec; ils devront contracter des prêts auprès d’institutions privées.

« Il est important de noter qu’il s’agit d’une formation dont l’admission est contingentée au Québec. En conséquence, les études en médecine à l’extérieur du Québec ne sont pas admissibles à l’Aide financière aux études », explique le porte-parole du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Bryan St-Louis.

Kayla et Hamid ne pourront pas non plus revenir directement au Canada pour exercer la médecine.

« Ces personnes seront considérées comme des médecins diplômés à l’international et elles devront passer obligatoirement par la voie de la reconnaissance d’équivalence de diplôme ou celle du permis restrictif si elles souhaitent venir pratiquer la médecine au Québec », explique la porte-parole du Collège des médecins du Québec, Leslie Labranche.

De nombreuses publicités sur les campus ici

La chercheuse Valorie Crooks, de l’Université Simon Fraser, en Colombie-Britannique, estime qu’il y a de plus en plus de Canadiens qui se tournent vers ces établissements situés dans les Caraïbes. Ces facultés de médecine « extraterritoriales » ciblent spécifiquement les Canadiens, selon elle.

Dans les campus universitaires, on voit des corridors entiers tapissés d’affiches publicitaires de ces écoles.

Valorie Crooks, chercheuse à l’Université Simon Fraser

Parmi les facultés de médecine « extraterritoriales » qu’elle a répertoriées, certaines sont beaucoup plus sérieuses que d’autres.

« J’ai été dans une faculté qui était aussi petite qu’une seule chambre, dans un petit mall à Sainte-Lucie, ou encore dans un campus très grand et très développé comme celui de la Grenade, et tout ce qu’il y a entre les deux », indique Mme Crooks, qui estime que la Ross University est un établissement relativement sérieux.

Le cursus inclut deux ans en Dominique et deux ans en résidence dans un hôpital américain. L’établissement indique qu’il est affilié à l’Université de la Saskatchewan.

La plupart des Canadiens qui étudient à la Ross University viennent de la région de Toronto. Mais aujourd’hui, les responsables du recrutement de l’établissement estiment que Montréal est la ville canadienne qui a le plus grand potentiel à cause de son importante population étudiante.

« En matière de potentiel [...] quand vous regardez le nombre d’étudiants à Montréal, je pense qu’il y a beaucoup de futurs médecins », estime le vice-doyen de la Ross University, Carey James. « On a juste besoin d’avoir la possibilité de les rencontrer et les mettre dans notre processus d’admission. »

Ces cinq dernières années, 600 Canadiens, dont 20 Québécois, sont partis étudier à la Ross University. Les Canadiens représentent 10 % de la population étudiante de l’établissement. Il s'agit du contingent le plus important après celui des Américains.

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