Calgary 1988


Résumé : Les Jeux du blanc au pays de l'or noir

Un ancien comptoir des Rocheuses

Quatre ans après avoir côtoyé les minarets des mosquées de Sarajevo, les Jeux d'hiver changent de décor et font escale au pays de l'or noir, à Calgary, plus grande ville de l'Alberta. Grande nation de sports d'hiver, le Canada accueille enfin les Jeux.


Un siècle plus tôt, Calgary n'était qu'un comptoir des Rocheuses parmi tant d'autres. Mais le pétrole est passé par là et cette cité-champignon, surnommée « la Dallas du nord », connaît un véritable boom démographique et économique. Elle compte 700 000 habitants quand elle reçoit les 15es JO d'hiver.

Les Jeux continuent de croître : 1423 athlètes (+ 150 par rapport à Sarajevo), 16 jours de compétitions (+ 4), 46 épreuves (+ 7), 57 pays (+ 8) et 300 millions de dollars américains de droits de télévision (+ 198).

Les installations donneront satisfaction, malgré l'éloignement des sites : Nakiska pour le ski alpin et Canmore pour le ski de fond sont à une centaine de kilomètres de Calgary.

Trois jours avant la cérémonie d'ouverture (photo), il fait -25° à Calgary. Mais le chinook, vent chaud du Pacifique, franchit les Rocheuses; la température redevient positive. Ce n'est toutefois pas ce redoux qui contraindra les organisateurs à repousser la descente masculine, mais les rafales de vent, mesurées à 100 km/h.

Le triplé unique de Nykaenen

Le ski alpin couronne de grands champions : le fantasque Italien Alberto Tomba et la discrète Suissesse Vreni Schneider (photo), tous deux vainqueurs du slalom et du géant, et le Français Franck Piccard, vainqueur du premier super-G de l'histoire des JO.

Le Finlandais Matti Nykaenen réussit un triplé unique en saut à ski en gagnant le grand et le petit tremplin, ainsi que l'épreuve par équipes.

La reine de l'anneau de vitesse (le premier couvert de l'histoire des Jeux) est la Néerlandaise Yvonne van Gennip (photo), triple médaillée d'or sur 1500, 3000 et 5000 m.

En patinage artistique, l'Américain Boitano devance le Canadien Orser et gagne « la bataille des Brian », tandis que Katarina Witt sort victorieuse du duel des Carmen qui l'opposait à l'Américaine Debi Thomas. Toutes deux patinaient sur la musique de Bizet.

Mais beaucoup garderont de ces Jeux le souvenir d'un homme à terre. Toute l'Amérique pleure en effet en voyant Dan Jansen (photo) tomber dans le 500 m sur l'anneau de vitesse, quelques heures après avoir appris que sa soeur venait de mourir de la leucémie.


D'autres se rappelleront le plâtrier anglais Eddie Edwards, qui, lui, prête à sourire. À chaque saut, en effet, la foule se demande s'il ne va pas se désintégrer à l'arrivée tant son style est pitoyable. De même, les bobeurs jamaïcains suscitent la sympathie, eux qui n'avaient jamais vu de neige de leur vie et qui ont financé leur expédition en vendant des t-shirts. Leur aventure donnera lieu à un film, Cool Runnings.


Exploit : Tomba la Bomba explose à Calgary

Quatre slaloms gagnés sur cinq, trois géants sur cinq : une bombe explose sur le cirque blanc en cet hiver olympique. Quasi-inconnu en début de saison, l'Italien Alberto Tomba se trouve propulsé sur le devant de la scène. Pour ses résultats exceptionnels, bien sûr, mais aussi en raison de son comportement de star. Dans cet univers peuplé en majorité de montagnards rudes, de « taiseux », l'exubérant Italien, bientôt surnommé « Tomba la Bomba », détone et détonne. Pendant des années, les frasques du Bolognais feront le régal des gazettes.

En quelques mois, il est devenu un personnage adulé, surmédiatisé. Cet adepte des sorties nocturnes, amateur de spaghettis a tout pour être le héros des Jeux. Le 25 février, il assomme ses adversaires en gagnant la première manche du slalom géant (photo) avec 1 seconde 14 d'avance sur le deuxième, l'Autrichien Hubert Strolz.

En attendant le départ de la seconde, il se dirige vers une cabine téléphonique et appelle sa famille. Il ne lâche rien sur le second tracé et laisse Strolz à 1 seconde 04. Première médaille d'or.

Pour 6 centièmes

Deux jours plus tard, Tomba est au départ du slalom (photo). La première manche ne se passe pas très bien pour lui : il est troisième à 63 centièmes du leader, l'Allemand Frank Woerndl. Tomba le fanfaron doute. Pourra-t-il reprendre plus d'une demi-seconde au champion du monde en titre?


Comble de malchance pour lui, le second parcours est piqueté par un Allemand, qui, bien entendu, ne multiplie pas les difficultés, afin de limiter les écarts et de préserver les chances de victoire de son compatriote.

N'ayant rien à perdre, Tomba se déchaîne (photo). Il ne réussit que le deuxième temps derrière Ingemar Stenmark, qui donne la leçon. Mais le Suédois était onzième après la première manche. Il finira cinquième. Woerndl, lui, est battu. Pour 6 centièmes de seconde, l'or lui échappe.


Tomba entre dans l'histoire des Jeux en devenant le quatrième à réussir le doublé slalom et géant aux mêmes JO, après l'Autrichien Toni Sailer (en 1956), le Français Jean-Claude Killy (1968) et le Suédois Ingemar Stenmark (1980).

Prenant conscience de la portée de son exploit, Tomba le matamore, l'extraverti, craque soudain (photo) et pleure sur l'épaule de son entraîneur. Il se consolera rapidement. Papa ne lui a-t-il pas promis une Ferrari s'il revenait de Calgary avec une médaille d'or?



Fiche : 15es JO d'hiver

Dates : 13 - 28 février
Nations : 57 (dont le Guatemala et la Jamaïque)
Sports : 10
Sports de démonstration : 3 (ski acrobatique, patinage de vitesse courte piste, curling + 4 épreuves de ski pour handicapés : 2 d'alpin, 2 de fond)
Épreuves : 46
Mascottes : Hidy et Howdy, un couple d'ours
Autres villes candidates : Falun (Suède), Cortina d'Ampezzo (Italie)
Participants : 1423 (1110 hommes et 313 femmes)
Participants canadiens : 117
Médailles distribuées : 138
Palmarès canadien : 5 médailles : 1 d'argent en patinage artistique (simple hommes) avec Brian Orser, 1 d'argent en patinage artistique (simple femmes) avec Elizabeth Manley, 2 de bronze en ski alpin (slalom super géant et descente femmes) avec Karen Percy, 1 en patinage artistique (danse sur glace) avec Tracy Wilson et Robert McCall
Ouverture des Jeux proclamée par Jeanne Sauvé, gouverneure générale du Canada
Serment olympique prêté par le fondeur Pierre Harvey
Flamme olympique allumée par Robin Perry, un enfant de 12 ans, qui reçoit la flamme de Rick Hansen, qui se déplace sur fauteuil roulant
Président du CIO : Juan Antonio Samaranch (Espagne)


Fait : Le drame de Dan Jansen

Pour ceux qui y participent, les Jeux sont une fête. Mais pour certains, ils peuvent rester pour toujours un souvenir douloureux. Ainsi, Dan Jansen n'oubliera jamais Calgary (photo). Le voudrait-il d'ailleurs qu'il ne le pourrait pas. Décrite des milliers de fois par la presse, son histoire est l'une des plus connues du sport américain.

Quand Dan Jansen arrive à Calgary, ce solide patineur de 22 ans, benjamin d'une famille de neuf enfants, est l'un des favoris du 500 et du 1000 m. Il vient de gagner les Championnats du monde de sprint une semaine avant les Jeux.

Il est venu aux Jeux alors que sa soeur de 27 ans, Jane, qui lutte contre la leucémie depuis un an, est au plus mal. Au début de sa maladie, Dan a envisagé d'abandonner le patinage pour rester près d'elle, mais sa soeur, qui avait même projeté de venir l'encourager à Calgary, l'en a dissuadé.

Dan est déterminé à réussir une grande performance. Pour sa soeur d'abord. Pour toute la famille aussi, une famille qui baigne dans le patinage de vitesse.

Les Jansen habitent tout près de la patinoire de West Allis dans la banlieue de Milwaukee. Enfant, Dan y a usé ses premières paires de patins. Son frère Mike patine aussi pour les États-Unis.

Dimanche, 6 heures du matin, le téléphone sonne. On lui passe Jane. « Elle était encore en vie, elle m'entendait, mais elle ne pouvait plus me parler, raconte-t-il. Je lui ai parlé. J'étais heureux. J'ai rappelé quelques heures plus tard. On m'a dit que c'était fini. »

Prostré

Partir immédiatement pour le Wisconsin, il ne l'envisage pas réellement. « Depuis sa maladie, elle m'avait fait promettre de faire les Jeux quoi qu'il arrive. J'étais décidé à donner le meilleur de moi-même. »

C'est donc au nom de Jane, mais totalement bouleversé, qu'il aborde le 500 m, en fin d'après-midi. Son corps est sur la piste, son esprit dans le Wisconsin. Il commet un faux départ. Le second est le bon, mais, au premier virage, c'est la chute. Courant à la corde, son patin extérieur dérape, Dan Jansen part en glissade sur le côté gauche et entraîne le Japonais Yasushi Kuroiwa dans sa chute. Il se relève, blême, incrédule. Les larmes aux yeux, il regagne son banc au centre de la piste. Longtemps, il reste prostré, le visage dans les mains, agité de sanglots.

Quatre jours plus tard, il court le 1000 m. Il l'avait aussi promis à Jane. Nouvelle chute. Il rentre aussitôt dans le Wisconsin à bord d'un avion spécial mis à sa disposition par une société d'aviation commanditaire du comité olympique américain.

Le samedi, il assiste aux obsèques de sa soeur.


Aux Jeux de Lillehammer, en 1994, lors de sa huitième et dernière course olympique, Dan Jansen monte pour la première fois sur un podium olympique. Sur la plus haute marche. Alors que les dernières notes de l'hymne américain flottent encore dans l'anneau olympique, il adresse un geste vers le ciel. Vers Jane.


Anecdotes

Rodéo

Ville du pétrole, Calgary est aussi celle du stampede, sorte de gigantesque rodéo qui réunit plus d'un million de personnes chaque année en juillet. C'est pourquoi le toit de la patinoire olympique, le Saddledome, antre des Flames, a une forme incurvée rappelant une selle de cheval.


Menace

La Fédération internationale de hockey sur glace brandit la menace du boycottage devant l'allongement de la durée des Jeux, de 12 à 16 jours. Plusieurs pays (URSS, Suède, RFA et Tchécoslovaquie notamment) veulent récupérer rapidement leurs joueurs pour leurs championnats respectifs. La question se réglera par le versement de dédommagements.

Doublé

L'Allemand de l'Est Frank-Peter Roetsch réussit le premier doublé (10 km - 20 km) en biathlon aux Jeux olympiques. Un exploit inégalé.

Dopage

Un hockeyeur polonais, Jaroslav Morawiecki, est reconnu positif lors d'un contrôle antidopage qui a permis de détecter la présence de stéroïdes anabolisants dans ses urines. Le contrôle avait été pratiqué après le match Pologne-France (6-2). Il est exclu et son équipe perd les 2 points de la victoire.

Pilule

Pour la première fois, la pilule contraceptive est autorisée aux Jeux. Jusqu'ici, la commission médicale du CIO avait refusé, car la pilule contient de la norphistérone, substance interdite produisant les mêmes effets que certains stéroïdes anabolisants. En cas de contrôle positif, la commission se réserve le droit de trancher au cas par cas.

Indiens

Les Indiens Lubicon appellent au boycottage des JO de Calgary pour protester contre la destruction de leurs terrains de chasse ancestraux par les compagnies pétrolières. De 1979 à 1982, quelque 400 forages ont été pratiqués sur ce territoire.

Drame

Le jour du slalom géant masculin, deux skieurs se percutent violemment. L'un deux, un chirurgien autrichien, tombe sous les chenilles d'un engin servant à damer les pistes. Il meurt sur le coup, sous les yeux des Suisses Pirmin Zurbriggen et Martin Hangl, qui ont tout vu depuis le télésiège où ils avaient pris place.

Disqualifications

Au slalom géant, les Canadiens sont disqualifiés, car ils portent des tenues qui n'ont pas été soumises à l'inspection de sécurité obligatoire. Même motif, même punition pour les skieurs de la Bolivie, du Liban, du Maroc et de Taïwan.

Peur!

Le Mexicain Alvaro Martinez a été tellement distancé dans le 50 km de ski de fond que les organisateurs, ne le voyant pas arriver, alors que les autres concurrents avaient franchi la ligne d'arrivée depuis longtemps, ont envoyé des gens à sa recherche, de peur qu'il se soit perdu.


Repères

Retour

Le combiné fait son retour au programme de ski alpin des JO après 40 ans d'absence.

Corée

La Corée du Nord est présente à Calgary. Elle boycottera en revanche les Jeux d'été organisés par Séoul quelques mois plus tard.

Chinook

Le chinook, vent chaud venu du Pacifique, synonyme de redoux sur les Rocheuses, veut dire « vent du diable » en langue indienne. Il est aussi surnommé « l'haleine chaude des Rocheuses ».

Début

C'est à Calgary que le 5000 m féminin fait son apparition au programme des épreuves de patinage de vitesse.

Nouveauté

Une épreuve par équipes est disputée pour la première fois aux Jeux en combiné nordique et en saut à ski.

Première

Pour la première fois aux Jeux, des courses de ski de fond sont disputées en style libre, officialisant ainsi le « pas du patineur » lancé à Sarajevo par un patineur finlandais.

Le tableau des médailles

Position Pays Or Ar Br Total
1 URSS 11 9 9 29
2 RDA 9 10 6 25
3 Suisse 5 5 5 15
4 Finlande 4 1 2 7
5 Suède 4 0 2 6
6 Autriche 3 5 2 10
7 Pays-Bas 3 2 2 7
8 RFA 2 4 2 8
9 Etats-Unis 2 1 3 6
10 Italie 2 1 2 5
11 France 1 0 1 2
12 Norvège 0 3 2 5
13 Canada 0 2 3 5
14 Yougoslavie 0 2 1 3
15 République tchèque 0 1 2 3
16 Japon 0 0 1 1
16 Liechtenstein 0 0 1 1

 

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