.  
Adaptation pour Internet : DANIELLE BEAUDOIN

Émission du 31 octobre

LE COMBAT POUR SAUVER GUINDONVILLE

Au mois de juillet dernier, à Val-David, un groupe de manifestants occupe un terrain exproprié par la municipalité pour construire un stationnement. Les locataires de sept maisonnettes situées sur ce terrain ont été expulsés. Guindonville est soudain devenu le symbole de la lutte pour le logement social au Québec. Zone libre a accompagné les résidents de Guindonville.

Journaliste : Geneviève Rossier
Réalisateur : Johanne Bonneau

 

En décembre 2002, la municipalité de Val-David expropriait un terrain appartenant à Yvon Guindon. Sur le terrain convoité, on construira un stationnement et un chalet d'accueil pour le parc régional Dufresne. Du coup, les sept maisonnettes situées à Guindonville seront démolies, et les locataires expulsés.

Les habitants de Guindonville ont la mort dans l'âme. Ils ne peuvent pas contester l'expropriation. Mais en mai 2003, ils tenteront quand même de reporter de six mois l'expulsion. Ils veulent faire valoir qu'ils ont besoin d'un peu de temps pour s'organiser et se trouver un autre endroit pour vivre. Un avocat de l'aide juridique les représentera devant la Cour supérieure du Québec. Le 2 juin, le juge rend son verdict : les demandes des locataires sont toutes rejetées. Les habitants de Guindonville devront donc déménager le 1er juillet.

Les habitants de Guindonville

Jean Bureau vit à Guindonville depuis 17 ans. Il cultive des fraises et rénove des vélos : « J'entends les oiseaux dans le fond. C'est un endroit que je vais beaucoup regretter. Des places comme ici, il n'y en a pas. […] C'est un château que j'ai ici. On a la paix; ça n'a pas de prix ça. On est près de tout. Pour un coin tranquille, c'est tranquille. » Il finira par habiter juste en face de Guindonville.

Jean-Pierre Charce est le premier à quitter Guindonville. Il a trouvé une petite maison pas chère. C'est lui qui a lancé la contestation l'hiver dernier, notamment avec des lettres aux journaux et des pétitions. Il a reçu l'appui de quelques artistes comme Richard Desjardins. Jean-Pierre : « C'est clair qu'ils ne veulent pas des pauvres. […] C'est la "tremblantisation" de la région qui s'en vient. […] Tant que les gens n'auront pas trouvé un logement, tant qu'ils ne seront pas relogés, je me sentirai mal par rapport à ça. Je ferai tout pour trouver une solution. »

Chloé est la fille de Jean-Pierre. Elle a un petit garçon, Benjamin. Elle a 22 ans. Elle a passé toute son enfance à Guindonville. Elle se définit comme une « Guindonvilloise pur sang ». Mais maintenant, elle se cherche un logement ailleurs : « Tout ce qui est abordable se loue comme des petits pains. À Val-David, c'est assez restreint. À Sainte-Agathe, c'est un peu moins cher mais ce n'est pas la même qualité de vie non plus. » Elle trouvera finalement un chalet.

Il y a aussi Bob et Kathy. Ils font visiter leur maisonnette à l'équipe de Zone libre. Ils payent 200 $ par mois pour y vivre. Bob : « On a un mode de vie très simple, le plus simple possible. Les autres aussi; tous les gens ici se contentent de peu.[…] Quand j'étais monteur de ligne, je pensais que je ne pouvais pas vivre avec moins de 70 000 $ par année. Aujourd'hui, nous vivons avec 6000 $ à deux. »

Roland Boursier habite en haut de la colline. Sa compagne, Marie Bacart, est en fauteuil roulant. Elle fait de l'arthrite rhumatoïde et elle souffre d'une perte sévère de la musculature. Eux aussi se cherchent un logement. Ils trouveront à la fin de l'été une maison mobile.

Celui qu'on a exproprié

Yvon Guindon, 87 ans, est le propriétaire de Guindonville. Il a bâti les maisons, il y a une quarantaine d'années. Par la suite, il n'a pas entretenu les maisons mais ils les a louées à prix modique.

Puisque l'expropriation s'est faite dans les règles, l'avocat des Guindon leur a dit que toute contestation serait inutile.

Les intentions de la Ville

Été comme hiver, de nombreuses personnes utilisent le parc Dufresne. Son territoire couvre deux municipalités : Val-Morin et Val-David. Les pistes de ski de fond passent en réalité sur des terrains privés. Les municipalités n'en possèdent qu'une infime partie. Pour l'accueil des touristes, Val-David avait pourtant d'autres solutions que Guindonville. Le directeur général de Val-David, André Desjardins, a signé l'étude des trois sites envisagés pour l'aire d'accueil. Les autres sites sont jugés trop coûteux. Pourtant, Jean-Pierre Carignan avait un terrain à offrir à la Ville, presque au même prix que celui des Guindon. En achetant ce terrain pour 260 000 $, la Ville aurait mis la main sur un site qui borde le parc. Ce à quoi André Desjardins répond qu'il n'a pas retenu cette option parce qu'il y avait un marécage entre le terrain et le parc. Pourtant, un petit pont aurait réglé la question, de dire Jean-Pierre Carignan.

Cette étude d'André Desjardins dit qu'en choisissant Guindonville, Val-David se débarrasserait d'un bidonville. André Desjardins : « C'est écrit, c'est écrit; on ne peut pas le renier. […] C'était à l'époque un rapport interne et puis on l'a diffusé. On ne l'a pas modifié. »

Le 8 juin, lors de la séance du Conseil de ville, on s'inquiète des débordements qui pourraient survenir lors de la démolition de Guindonville. Il est décidé que si les locataires ne veulent pas quitter leurs maisons, on prendra « les moyens légaux nécessaires. »

La résistance

Le premier juillet, des travailleurs viennent débrancher le câble et couper l'eau. Devant l'imminence de l'action policière, les contestataires décident d'occuper les arbres. De tous les locataires officiels de Guindonville, les deux seules qui restent pour résister sont Chloé et Kathy. On peut venir les évincer n'importe quand. Le 4 juillet, le huissier vient demander aux locataires de partir.

Kathy s'est enchaînée au toit de sa maison et Julie, qui s'est jointe aux contestataires, s'est attachée à un arbre. Le lendemain, les médias arrivent finalement. Pour l'instant, la police n'intervient pas. Le dimanche matin, les médias ont déserté. La Sûreté du Québec prend tout le monde par surprise. Les manifestants sont dispersés et la démolition commence. Seules restent Kathy sur le toit de la maison et Julie, attachée à un arbre. Les policiers finissent par déloger les deux jeunes femmes. En tout, neuf personnes sont arrêtées. Le lendemain, même si les maisons sont détruites, le FRAPRU - Front d'action populaire en réaménagement urbain - vient manifester avec des gens de tout le Québec. Guindonville, avec ses sept maisonnettes, est devenue l'emblème de la cause du logement social au Québec.

Un promoteur immobilier achète petit à petit…le parc Dufresne

Pendant que la controverse fait rage à propos de Guindonville, le promoteur immobilier Sylvain Cousineau révèle à Zone libre qu'il a réussi en catimini à acheter les trois-quarts du parc Dufresne. Il veut construire des maisons dans le parc, à proximité des pistes de ski. Mais les municipalités de Val-David et de Val-Morin ont décidé de l'exproprier.

Ces deux municipalités on tenu un référendum sur la question le 2 novembre. Dans les deux cas, les citoyens leur donnent le feu vert pour des emprunts qui serviront notamment à acheter les terrains de Sylvain Cousineau.

 


POUR VISIONNER
LE REPORTAGE

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie


POUR EN SAVOIR PLUS

Changements à la mairie de Val David
Résultats des élections municipales du 2 novembre 2003.

« Parc Dufresne: c'est OUI »
Une nouvelle de Radio-Canada Montréal.

« Les expropriés de Guindonville »
Un reportage de Chantal Lavigne, diffusé à Dimanche Magazine le 29 juin 2003. La journaliste a rencontré les résidents de Guindonville.

Guindonville.ca
Site d'appui aux habitants de Guindonville.

« Le parc régional Dufresne
Val-David/Val-Morin »

Communiqué de la Municipalité de Val-David - 26 août 2003. Val-David y annonce son intention d'acheter des terrains du promoteur Sylvain Cousineau pour « assurer l'intégrité du parc Dufresne ». Format PDF.

« Le FRAPRU appuie les locataires de Guindonville »
Prise de position du FRAPRU - Front d'action populaire en réaménagement urbain. Organisme qui lutte en faveur du droit au logement.

Régie du logement du Québec
Pour tout savoir sur les droits et obligations des locataires et propriétaires.




VOUS AVEZ MANQUÉ UNE ÉMISSION?

Toutes les émissions de la saison régulière sont archivées pour vous permettre de consulter le reportage que vous auriez manqué ou aimeriez revoir. Veuillez toutefois noter que les reportages achetés ne peuvent être archivés en format vidéo en raison des droits d'auteurs, mais ils sont disponibles en format texte.

Consultez la rubrique Reportages récents.


L'émission Zone Libre est diffusée sur les ondes de Radio-Canada le vendredi à 21 h.

Elle sera présentée en rediffusion dans le cadre de l'émission Place publique, le jeudi à 12 h 30, et sera alors enrichie par des commentaires et des discussions en direct. En outre, on répondra à des questions des téléspectateurs soulevées par l'émission.

L'émission est aussi rediffusée intégralement sur les ondes de RDI le dimanche à 20 h et le lundi à 1 h.